Cette année, sur la scène théâtrale de Québec, il y en a eu pour tous les goûts. Le public a eu droit à des projets engagés et audacieux, à l’instar du retentissant Manifeste de la Jeune-Fille d’Olivier Choinière, ou encore de La fille qui s’promène avec une hache à Premier Acte. Par ailleurs, des classiques comme Antigone de Sophocle ou encore Le vrai monde ? de Michel Tremblay ont été revisités, démontrant la capacité de telles oeuvres à traverser le temps.

Les membres des Treize ont eu envie de vous partager leurs coups de coeur théâtraux.

Choix de Clara Mercier : Sauver des vies de Pascale Renaud-Hébert, présentée à la Bordée

Force est d’admettre que cette pièce traitant de la maladie, qui aurait facilement pu tomber dans du lourd ou du cliché, est mon coup de coeur de la saison théâtrale 2018-2019. On ne sombre pas, mais l’on découvre et on se laisse émouvoir par la fatalité de la maladie vue sous deux angles différents : la soumission et la résistance. Je fus impressionnée par l’originalité d’un décor réaliste où l’action se déroule dans trois lieux différents, où l’on y voit visuellement se croiser les vies partageant la même aire de jeu. L’écriture et la mise en scène de Pascale Renaud-Hébert m’ont émue et m’ont rendu l’écoute, le rire et la larme faciles.

Choix de Maude Rodrigue : Blackbird de David Harrower, présentée à Premier Acte

Parmi les belles surprises que comprenait la saison 2018-2019 de Premier Acte, Blackbird m’a ravie. La mise en scène sobre d’Olivier Lépine – qui a également signé celle d’Embargo – a laissé toute la place au texte de David Harrower. Dans un face-à-face d’une rare intensité, Réjean Vallée (énergique, désarmant de sincérité) et Gabrielle Ferron (à la barre de la compagnie Apex, dont il nous tarde de connaître les prochains projets) ont livré le récit d’une relation amoureuse nouée entre une jeune fille de 12 ans et un homme d’une quarantaine d’années, le tabou d’entre les tabous. À la fois éblouissant et troublant.

Choix de Béatrice St-Pierre : Félicité d’Olivier Choinière, présentée par les Treize au Théâtre de Poche

Texte déstabilisant, mise en scène ambitieuse, rapport au temps et à l’espace déconcertant, intégration de projections qui modifient le rapport à l’intrigue : Félicité fait partie intégrante de ces productions contemporaines qui osent briser les barrières entre les univers théâtral et numérique. Michel Bertrand a réussi avec brio à guider les spectateurs au coeur du texte tumultueux d’Olivier Choinière avec une distribution solide et épatante. Cette première expérience de théâtre intermédiatique m’a fait perdre mes repères pour me faire glisser, presque malgré moi, dans cette prestation à la fois clinique et spirituelle, où les comédien.ne.s, à la manière de marionnettes, se vouent corps et âme à l’adoration de leur divinité : Céline Dion.

Choix d’Olivier Charbonneau : Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco, présentée par les Treize à l’Auberge internationale

Travailler sur un texte aussi connu que Le Roi se meurt est un énorme défi. Un texte aussi riche et complexe n’est pas simple à aborder et la question de la pertinence de notre adaptation et de la vision que nous avons de l’oeuvre est toujours présente. Cependant, plus fort que ces doutes et ces appréhensions est le plaisir de s’approprier le texte et de lui donner vie. Le talent d’auteur d’Eugène Ionesco est indéniablement mis de l’avant dans cette pièce chargée de sens, de métaphores et d’allégories. L’auteur réussit à donner vie à des personnages à la fois simples dans leurs motivations, mais complexes dans leurs réactions face au drame de la mort. Bref, ce texte est extrêmement riche, complexe et superbement écrit, et il donne une grande place à la vision de la metteure en scène Clara Mercier.