Pour moi, ça a commencé alors que j’étais dans la mi-vingtaine. Les tempes, le dessus de la tête, le front; je me souviens plus trop quelle zone de mon capillaire a décidé de se pousser – ou d’arrêter de pousser – en premier, mais je savais que ça se passait. 

Par François R. Pouliot, journaliste collaborateur

Malgré tout, je continuais à me semi-coiffer. Je savais qu’il y avait pas mal moins de surface à couvrir, je le voyais dans le miroir et je le sentais entre mes doigts, mais l’habitude était toujours là. Sitôt la trentaine entamée, la game a changé : j’ai décidé de troquer les ciseaux pour le clipper, et j’ai accepté que la petite pâte coiffante qui sent si bon et qui sculpte si bien le cheveu ne devienne qu’un vague souvenir de jeunesse.

Moins t’as de cheveux, et plus tu réalises que la calvitie – le tiers des hommes âgés de 30 ans et la moitié de ceux qui ont 50 ans en font, by the way – ne se vit pas de la même manière pour tout le monde et, sans tomber dans les clichés, plus tu remarques certaines similitudes avec les fameuses cinq étapes du deuil. 

Si, pour ma part, je l’ai eu soft et j’ai pu sauter quelques phases, force est d’admettre que le déni, la colère, le marchandage, la dépression et, finalement, l’acceptation sont des étapes bien présentes chez certains contemporains calvitiens.

En premier lieu, tu vis une certaine forme de déni. Selon mes observations et mon expérience, à moins d’une chute de cheveux vraiment soudaine, cette phase se vit plus souvent qu’autrement de manière inconsciente. C’est peut-être ce qui explique que plusieurs hommes semblent, capillairement parlant, y passer la majeure partie de leur vie. Ce type de déni, qui frôle le je-m’en-foutisme, est, à mon sens, on ne peut plus admirable.

Je dis admirable, car ça évite peut-être à certains de passer à la deuxième étape : la colère. C’est la phase où tu blâmes la chaleur du séchoir, les coups de soleil, la casquette, la tuque, les produits chimiques de la-petite-pâte-coiffante-qui-sent-si-bon, ton alimentation, ton hydratation, le chlore de la piscine. Bref, tu veux trouver des coupables, c’est naturel… aussi naturel que la calvitie. C’est ce qu’il y a de plus fâchant, je pense : savoir que la chute des cheveux est 100 % normale et que les causes sont 100 % naturelles.

Une fois que t’es un peu moins fru vient l’étape du marchandage, de la négociation. Une étape que je n’ai pas vécue, mais qui fait néanmoins vivre une industrie toute entière. Une industrie qui vient répondre aux besoins d’une clientèle désireuse de se distancier un peu de la réalité de leur situation. Une clientèle satisfaite, et c’est tant mieux. Réalistes à s’y méprendre, les perruques pour hommes se raffinent de plus en plus, tout comme la greffe de cheveux. Avec la micropigmentation capillaire, c’est directement le crâne que tu peux te faire tatouer de petits points donnant l’illusion de cheveux très courts. Sans oublier les comprimés que tu avales et qui viennent apparemment jouer dans tes niveaux hormonaux pour régler le « problème »…

Avec tout ça, pas étonnant que l’étape juste après soit la dépression. OK, oui, l’utilisation du terme « dépression » est un peu exagérée, voire caricaturale, ici… N’empêche qu’à ce stade-ci, t’as essayé le déni, tu t’es possiblement laissé emporter par la colère, et la négociation n’a rien donné, alors tu sens que tu perds le contrôle. Mais, pour bien des gens, ce sentiment, il dure rien qu’un temps, une fraction de seconde. Et ce sentiment, il vient mettre la table pour la cinquième et dernière étape…

L’acceptation. En te résignant à vivre avec la calvitie, à l’accueillir pleinement, tu vas reprendre le contrôle. Tu vas accepter que ton crâne brille, en totalité ou en partie. C’est superficiel, mais c’est ça. Tu vas accepter de porter une casquette l’été et une tuque l’hiver. Si tu te rases, tu vas trouver que, des fois, sous le bon éclairage, t’as des airs de The Rock et t’haïras pas ça. Tu vas aussi trouver des bosses et des grains de beauté qui t’étaient jusqu’à maintenant inconnus. Enfin, un coup le choc initial passé, chaque fois que tu vas te regarder dans le miroir, je te le dis, tu vas te trouver plus beau que la fois d’avant.