Dans le cadre de ce numéro sur la langue, j’ai décidé de m’entretenir avec Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti Québécois, qui, au moment d’écrire ces lignes, venait de déposer un projet de loi concernant la langue française – le projet de loi 591. Nous avons discuté d’une possible réforme/refonte de la charte de langue française qui serait éventuellement proposée par Simon Jolin-Barette et de la situation actuelle du français au Québec.

Par William Lapierre, chef de pupitre société

Le Parti Québécois plaide depuis de nombreuses années pour la modification de la loi 101. Lors de son dernier passage au pouvoir, le Parti indépendantiste, alors minoritaire, avait proposé d’éventuels changements à la loi 101 dans le but de la renforcir. Les libéraux et les caquistes s’étaient alors opposés à ces possibles changements.

Le vent a tourné, et, depuis plusieurs mois maintenant, les rumeurs courent sur la possibilité que Simon Jolin-Barette, ministre responsable de la langue française (une de ses nombreuses tâches), proposerait de nombreux changements à la loi 101 qui renforceraient certains aspects et colmateraient certaines brèches de la charte de la langue française.

« Ce qu’on demande depuis l’arrivée de la CAQ au pouvoir, c’est de modifier la charte de la langue française pour la renforcer », m’explique d’entrée de jeu, Pascal Bérubé. Il ajoute que la promotion, la qualité, l’amour et la protection de la langue sont primordiales puisqu’elle est en perte de vitesse depuis quelques temps. « Il faut s’adapter aux nouvelles réalités et la rendre intéressante [la langue], surtout pour la jeunesse québécoise ».

D’après lui, il y a encore énormément de travail à faire pour rattraper le retard que la langue française a pris au Québec lors des dernières années.

« Il nous tarde que le gouvernement en place agisse », lance le député de Matane-Matapédia. C’est pourquoi il a lui-même déposé le projet de loi 591 en février dernier. Ce projet de loi intitulé : loi modifiant la Charte de la langue française afin de préciser dans quelles circonstances un employeur peut exiger pour l’accès à un emploi ou à un poste la connaissance d’une langue autre que la langue officielle, interdirait aux employeurs d’exiger la connaissance de l’anglais pour un emploi dont ce n’est pas réellement nécessaire. « L’idée c’est que la non-connaissance de l’anglais ne soit pas un objet de discriminations à l’égard de quelqu’un qui postule un emploi. Il y a des gens qui ne parlent pas anglais et si c’est une discrimination dans leur propre nation, on a un gros problème. C’est une question de fierté nationale », explique M. Bérubé. De plus, il y aurait évidemment du cas par cas, puisque de nombreux emplois demandent effectivement une connaissance de l’emploi, mais la loi s’attaquerait surtout aux employeurs qui le demande sans raisons valides. L’employeur devrait prouver que la connaissance de l’anglais est nécessaire pour effectuer ce travail.

« Au Parti Québécois, on encourage la connaissance de toutes les langues, mais l’État québécois n’a qu’une seule langue officielle ‒ le français. Et la langue de travail doit être le français. »
‒ Pascal Bérubé, chef intérimaire Parti Québécois

« On avait compris en aout 2019 que le projet [la réforme de la loi 101] allait être mis de l’avant, mais a finalement été retardé. Quand ils seront prêts, nous le serons aussi avec nos propositions », relate Pascal Bérubé. Il ajoute du même souffle que « le gouvernement caquiste, qui se réclame nationaliste, aura un bon test avec le dossier de la langue et il se trouve qu’il s’agit d’une de nos spécialités. On est bien prêt à l’influencer positivement ».

Selon le chef intérimaire du Parti Québécois, la CAQ devra reconnaitre un certain nombre de phénomènes nuisibles à l’épanouissement du français.

  1. Le français est menacé à Montréal, mais pas seulement à Montréal, à Laval et sur la Rive-Sud aussi.
  2. L’utilisation du français est marginalisée, notamment dans le domaine du travail des entreprises de moins de 50 employés.
  3. La qualité de la langue dans les écoles est à améliorer.
  4. Un plus grand rayonnement de la langue et du même coup de notre propre culture.

« La représentation qu’on se fait du français influence notre rapport avec la langue. Il faut démontrer que le français est une grande langue dans le domaine des sciences, de la littérature, de la cuisine, c’est une langue de l’olympisme. Il ne faut pas avoir honte de parler français. C’est une richesse », lance fièrement Pascal Bérubé.

« Le nombre de locuteurs va exploser dans les prochaines années. Il n’y a jamais eu autant de gens pour qui le français est une deuxième langue. »
‒ Pascal Bérubé

M. Bérubé termine l’entretien en rappelant qu’il faut demeurer vigilant et sur nos gardes et ce même si l’on n’habite pas Montréal ou ses alentours. « Ce n’est pas parce qu’ailleurs au Québec c’est moins pire qu’à Montréal et ses alentours qu’on ne doit pas se méfier. » Sur les réseaux sociaux qui prennent une grande partie de nos vies, la langue anglaise est souvent très populaire. Sa longue histoire l’a prouvé à plus d’une occasion, en Amérique du Nord, la langue française sera toujours minoritaire et fragilisée. Il est impossible de s’assoir sur nos lauriers.