16 novembre 2001. J’avais sept ans. Entre ma mère et mon père, dans le stationnement du cinéma, je leur tenais la main, tout content d’aller voir le nouveau film à l’affiche. Le cinéma a toujours été pour moi une expérience extraordinaire, un moment unique, une sensation impossible à estomper malgré les nombreux films que j’ai pu visionner dans les salles obscures. En revanche, en ce 16 novembre 2001, je n’allais pas voir n’importe quel long-métrage : j’allais voir Harry Potter à l’école des sorciers.

William Pépin, chef de pupitre aux arts

Depuis, vingt années sont passées et je ne peux nier l’évidence : Harry Potter a façonné mon imaginaire, mon regard sur la culture et une partie de ma sensibilité, et ce, sans compter le premier tome de la saga, qui est le premier roman que j’ai lu de ma vie. Pour l’occasion du vingtième anniversaire de la sortie du premier film et par conséquent d’une saga cinématographique qui a profondément marqué toute une génération, j’ai jugé pertinent, mais surtout amusant, d’établir un classement non exhaustif des huit films. J’en profiterai pour livrer sans complaisance mes impressions sur chacun d’eux, non sans laisser transparaître tout mon amour pour cet univers qui me fait toujours autant rêver.

8-Harry Potter et l’Ordre du Phénix
Évidemment, nous n’aurons pas le même classement. Le Harry Potter que j’aime le moins sera peut-être votre préféré et vice-versa. Que voulez-vous : pour moi, l’Ordre du Phénix est synonyme d’ennui, de problèmes de rythme et d’une saga qui prend pour la première fois un coup de plomb dans l’aile. Comment justifier que le film ayant l’une des plus courtes durées de la saga adapte le livre le plus volumineux ? Lorsqu’il est question d’adaptation, la notion de sacrifice est certes essentielle. En revanche, il y a une différence entre faire des choix différents pour servir une adaptation et rendre cette adaptation anémique de tout ce qui constitue la richesse du cinquième tome.

La saga accueille à la barre de la réalisation son quatrième et dernier réalisateur : David Yates. Il faut comprendre que j’ai énormément de problèmes avec les choix esthétiques de ce dernier. Le premier de ces choix concerne son traitement de la magie. Oui, il adopte une approche intéressante sur papier, mais qui nuit grandement à ce qui constitue la sève de la saga, soit le merveilleux décomplexé. En effet, le réalisateur traite la magie de manière réaliste : il ne la montre que très peu et incruste, ou plutôt encastre, l’univers magique de J.K. Rowling dans notre univers froid de moldus. Je le répète : cette idée n’est pas inintéressante sur papier, sachant d’ailleurs que l’autrice elle-même applique ce procédé dans les derniers tomes. Le problème, c’est la manière avec laquelle Yates l’exécute qui donne la désagréable impression qu’il renie son sujet tout en nuisant à la cohérence de la saga qui jusque-là, pétillait (malgré son imagerie déjà très sombre). Oui, il y a des sorts, oui il y a des combats de magicien.nes, oui il y a une certaine ambiance magico-festive qui fait rêver, mais tout semble si… terne. Je m’excuse à l’avance pour les amateurs et amatrices du réalisateur, mais je n’y peux rien : pour moi, la saga cinématographique est morte avec lui (je rappelle qu’il s’agit ici d’un hommage sans complaisance).

7-Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé
Ici, la photographie de Bruno Delbonnel, qui a notamment travaillé sur Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, est ce qui donne au film le souffle nécessaire pour assumer son univers de plus en plus sinistre. David Yates est toujours à la réalisation et je m’en désole : son traitement réaliste de la magie est ce qui, à mon sens, aura le plus nui à la saga cinématographique. Alors que les quatre premiers films allaient crescendo dans la surenchère, Yates a pris le contrepied de ses prédécesseurs pour nous offrir une sobriété malvenue. 

Contrairement aux choix désastreux qu’il a faits pour adapter le film précédent, je considère ici ses idées d’adaptation comme étant beaucoup plus pertinentes. Yates enlève tout le pan de livre où Dumbledore et Harry enquêtent sur le passé de Voldemort et se concentre sur le développement psychologique de ses personnages, ce qui n’est pas une mauvaise chose : avec le Prince de Sang-Mêlé, il met la table pour le climax à venir, il installe convenablement les enjeux qui guetteront Harry dans la suite. Je salue également la deuxième et dernière participation du compositeur Nicholas Hooper à la musique, qui signe ici certains des thèmes les plus touchants des huit films.

6-Harry Potter et les Reliques de la Mort : Partie 1
Sans doute le moins Harry des Harry, ce septième et avant-dernier film, toujours réalisé par vous-savez-qui, est la première moitié d’un tout prometteur. Ça y’est, Harry a dix-sept ans, il est à présent considéré comme majeur dans le monde des sorciers — même s’il ne peut toujours pas se saouler avec Hagrid à la Korrigane —, Dumbledore est mort, Voldemort est plus fort que jamais, la tension monte sans cesse dans un univers de plus en plus glauque. Alors que tout semble niqué pour de bon, Yates réussit ici son coup le plus profitable à toute la saga : l’atmosphère est pesante, la menace s’échappe de chaque image et Harry est l’ennemi public numéro un. Le temps manque et il le sait, il n’a pas d’issues. Avec l’aide de Ron et d’Hermione, il devra détruire les derniers horcruxes dans une quête désespérée, aussi désespérée que les comparaisons boiteuses entre le règne de Voldemort et le régime nazi. Que voulez-vous, même la saga Harry Potter ne peut pas toujours faire dans la finesse.

5-Harry Potter et les Reliques de la Mort : Partie 2
J’ai un problème avec ce film. En fait, mon problème avec ce film est double : à la base, je n’aime pas comment J.K. Rowling a conclu la saga et, aussi précipité cette fin soit elle, j’ai l’impression que David Yates l’a bâclé davantage (vous l’aurez compris : j’ai quelques soucis avec ce réalisateur). 

Comprenez-moi bien : le film est bien rythmé (et le plus court de toute la saga, 2 h 10), l’émotion est au rendez-vous et la musique d’Alexandre Desplat est l’une des plus marquantes de toute la série. Ce qui cloche, à mon sens, c’est que les dernières scènes ne prennent pas le temps de se poser. Pas le temps pour l’émotion, pas le temps pour les adieux, il faut faire vite : Rusard doit passer chez Canadian Tire acheter une balayeuse pour nettoyer les cendres de Voldemort ; Hagrid doit finir sa clope sur le portique de la Grande Salle avant d’aller en date avec madame Maxime au Chaudron Baveur ; McGonagall, pour décompresser, s’est loué un Airbnb à Granby et son avion décolle dans deux heures. Je sors de ce climax avec un désagréable arrière-goût : tout ça pour ça ? Et ne me parlez pas de la photographie : quoi de plus immonde que de filmer Poudlard de la même teinte que l’échangeur Turcot ?

4-Harry Potter et la Chambre des Secrets
Bon, maintenant que David Yates est derrière nous, le vrai hommage à la saga peut commencer. Chris Colombus revient pour une deuxième fois derrière la caméra et signe une suite que j’aime appeler « la-suite-typique-qui-n’apporte-pas-grand-chose-à-l’univers-mais-qu’on-aime-bien-quand-même ». Il faut dire que ce n’est pas complètement de sa faute : le livre n’est pas le plus marquant des sept. Néanmoins, le petit William de huit ans que j’étais se souvient très bien de l’ambiance terrible qui hantait la tuyauterie de Poudlard : le Basilic, Aragog, Hagrid qu’on expédie à Azkaban sans aucune forme de procès (pauvre homme), l’héritier de Serpentard… Le film titille l’imaginaire, c’est indéniable.

3-Harry Potter et la Coupe de feu
Je mentionnais plus haut l’idée de surenchère absente chez David Yates. La Coupe de feu est le contre-exemple en la matière : avec ce film, la saga a atteint des sommets qui ne seront jamais plus égalés. De l’image, chaque grain suinte l’aventure et la hardiesse d’une réalisation menée d’une main de maître. Ce maître en question, Mike Newell, apporte à la saga un souffle nécessaire, mais qui, hélas, quittera aux mains de Yates l’ampleur nécessaire pour terminer l’histoire d’Harry Potter. La Coupe de feu fait aussi place à un nouveau compositeur, Patrick Doyle, qui renouvelle les thèmes de John Williams avec une force mettant à l’honneur les cuivres et les percussions, sous fond de valse féerique. La direction artistique du long-métrage est à la hauteur de l’histoire qu’elle propose : un tournoi de magie qui rassemble toutes les écoles de sorcelleries d’Europe, sous fond de complot voldemoresque. Quand je pense à ce film, je pense à l’expression de ce qu’est la magie dans sa forme la plus pure. C’est grandiose.

© Warner Bros

2-Harry Potter à l’école des sorciers
Mal aimé — à ma grande incompréhension — par certain.es, considéré trop juvénile par d’autres, je vois difficilement comment la saga cinématographique telle qu’on la connaît aujourd’hui aurait pu être ce qu’elle est sans Harry Potter à l’école des sorciers. Après tout, on doit à ce film la majorité de ce qui constituera la direction artistique de toute la saga : il fallait bien quelqu’un pour rendre à l’écran le Poudlard tel qu’on le conçoit aujourd’hui, c’est-à-dire avec ses nombreuses tours gothiques en contreplongées, face au Lac Noir, illuminé par les lanternes des bateaux transportant les premières années à la cérémonie du Choixpeau magique. Il fallait bien un génie musical comme John Williams pour composer les thèmes que vous connaissez toutes et tous et qui feront toute la saveur de la saga. Il fallait bien quelqu’un pour sélectionner judicieusement ces dizaines d’acteur.trice.s qui incarnent ces personnages que l’on aime tant, et ce, pendant huit films. L’école des sorciers, c’est est aussi la promesse d’aventures, d’un monde encore à découvrir, où rien n’est encore joué. C’est le film de l’enfance, qui m’amène aux racines de ce qui constitue mon imaginaire, à la douce nostalgie des portes de décembre, des vacances et du rêve. C’est peut-être ce que j’aime le plus de ce film : l’époque où tout était si simple.

1-Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban
J’ai longtemps hésité à le mettre en première position. En fait, dans mon cœur, La Coupe de feu, l’école des sorciers et le prisonnier d’Azkaban constituent en quelque sorte une trinité indétrônable, un tout presque parfait. Si j’ai finalement décidé à mettre celui-ci en tête, c’est pour ce qu’il représente à mes yeux en matière de valeur créative. Alors que le premier film établissait la direction artistique globale de la saga, le troisième opus la renouvelle tout en respectant l’homogénéité de la série. Le travail qu’a fait Alfonso Cuarón prouve bien une chose : le cinéma est un art collectif, un art où l’on peut imposer sa vision malgré l’ampleur d’un projet et toute la pression que cela peut impliquer. Harry Potter, c’est une autrice, mais ce sont aussi des centaines d’individus talentueux qui ont su mener une vision à terme. Qu’on aime David Yates ou pas, qu’on adule les choix esthétiques de Chris Colombus ou que l’on demeure indifférent à la musique de Nicholas Hooper, l’ensemble des talents constitués façonne cet univers si marquant. A posteriori, je crois qu’il aurait été encore plus pertinent que chaque film possède son propre réalisateur (ou sa propre réalisatrice [!!!]), afin de libérer davantage ces expressions créatives. Dans vingt ans, lorsque je serai milliardaire et que j’achèterai la Warner pour produire les remakes, je saurai quoi faire. Mais d’ici là, je réécouterai en boucle ces films qui m’ont tant marqué.

Illustrations : William Pépin |  Crédits photo : Warner Bros. Picture