Quitter son pays natal par désir de bouger, de changer de mode de vie, d’apprendre une nouvelle langue ou pour suivre son amoureux.euse sont autant de raisons qui peuvent motiver les gens à s’expatrier.  J’ai eu le plaisir de discuter de tout ça avec quatre expatrié.e.s du Québec.

Par Marie-Claude Giroux, journaliste collaboratrice

Nom : Stacy Ann Murray
Occupation : Entrepreneure d’une agence prospère depuis 5 ans
Ville d’adoption : San Juan del Sur, Nicaragua

Nom : Catherine P. Allard
Occupation : Travaille comme assistante sociale
Ville d’adoption : Paris, France

Nom : Joanie Desrochers
Occupation : En processus de création d’une entreprise d’apiculture
Ville d’adoption : Armidale, Australie

Nom : Dave Courcy
Occupation : Homme d’affaires
Ville d’adoption : Bermudes

Impact Campus : Quelle est la date de votre expatriation?
Stacy Ann Murray : La date où je me suis expatriée est très facile à retenir, le 11 septembre 2021. Ma mère me disait que je ne pouvais pas prendre l’avion à cette date (rires)!
Catherine P. Allard : J’ai connu mon mari en 1996 dans le restaurant où je travaillais. Lui, il est Français et il avait immigré au Québec. Il ne se plaisait pas tant que ça au Québec, donc, l’envie de partir a toujours été présente. Il est retourné en France et j’ai trouvé un emploi pour pouvoir le rejoindre. Finalement, il est revenu au Québec, car j’ai dû quitter la France, parce que je n’ai pas réussi à changer mon visa de touriste pour celui d’immigré. Nous nous sommes donc suivis mutuellement par amour. Nous sommes restés 10 ans au Québec. En 2004, enceinte du deuxième enfant, mon conjoint m’informe qu’il aurait une proposition pour aller travailler à New York. J’ai dit oui sans hésiter. Une semaine avant de partir, l’offre de travail à New York ne fonctionnait plus, le restaurant avait été vendu. Cette occasion manquée nous a remis dans la tête le désir de bouger. Ainsi, en juillet 2006, nous nous installions à Paris. Ça fait donc 16 ans que je suis ici.
Joanie Desrochers : La première fois que je suis allée en Australie c’était en 2012 ou 2013 avec un visa vacances-travail. J’ai rencontré mon copain à ce moment. Je suis revenue au Québec avec lui. À l’époque, après 30 ans, tu ne pouvais plus prendre un visa vacances-travail, alors j’ai pris un visa de touriste qui me permettait d’aller en Australie trois mois. J’ai donc fait quelques allers-retours Québec-Australie. Maintenant, je suis  résidente permanente depuis 2016 et en attente de ma citoyenneté.
Dave Courcy : En 2007, après avoir obtenu mon titre de comptable agréé, je suis parti vivre aux Bermudes. Donc ça fait maintenant 15 ans que j’y suis.

I.C. : Quelles ont été vos motivations pour partir à l’étranger?
S.A.M : Mon conjoint et moi avons souvent réfléchi à l’idée. Nous avions envie de changer d’endroit, de changer d’air depuis longtemps. Quelques années avant d’avoir nos enfants, nous avions essayé d’aller vivre à St-Martin dans les Caraïbes, mais le mode de vie là-bas ne convenait pas à notre projet de fonder une famille. Disons que c’est un endroit de party pas mal (rires)! Dans les derniers mois avant de partir, nous avons discuté avec un couple d’ami.es qui avait pris la décision de s’expatrier au Nicaragua, car mon amie avait trouvé un emploi comme professeure dans la meilleure école privée. Alors, notre envie de partir, les restrictions gouvernementales reliées à la COVID qui nous démoralisaient et la merveilleuse opportunité que mon amie enseigne à ma fille ont fait en sorte que nous avons pris des billets d’avion aller simple! 

C.P.A. : Nous avons choisi Paris pour deux raisons. Premièrement, parce que mon conjoint et moi savions depuis le début de notre relation que nous voulions bouger. Deuxièmement, parce qu’il était important pour nous de se rapprocher des parents de mon mari. Mes parents étant plus mobiles, plus jeunes et plus en forme, la décision était plus facile à prendre. De mon côté, j’ai toujours su que la France m’intéresserait, car en 1988, mon père avait été approché pour gérer la construction des hôtels Euro Disney. J’avais 15 ans et je me disais que ça serait super d’y aller, car j’allais faire mon école hôtelière en France.

D.C. : J’ai toujours voyagé à l’étranger. Dès le secondaire, j’avais le désir de quitter mon pays. Je ne parlais pas un mot anglais, j’ai donc décidé d’étudier à l’Université Bishop. J’ai aussi étudié à l’Université de Floride centrale (University of Central Florida).

 

I.C. : Où avez-vous pris vos informations pour choisir votre pays d’adoption?
S.A.M. : Nos ressources ont surtout été des ami.e.s, des groupes Facebook. Je n’ai pas eu d’informations ou de conseils auprès du gouvernement. D’ailleurs, j’ai su que j’aurais pu prendre une année sabbatique de l’assurance-maladie lorsque j’étais au Québec, mais cette information ne m’est pas arrivée du gouvernement, mais de mes contacts. Malheureusement, je devais faire les démarches avant de partir. Les groupes Facebook sont des bonnes ressources, mais ils acceptent seulement les personnes qui sont sérieuses dans leurs démarches. Je me suis abonnée à des pages Facebook d’entreprises de San Juan del Sur, village du Nicaragua où nous voulions nous établir. Je voulais tâter le pouls de ce village. Il faut faire ses recherches plus à l’interne et ne pas juste se fier à ce que le site du gouvernement du Canada écrit. L’ambassade canadienne du Nicaragua a été une bonne ressource aussi. Il ne faut surtout pas se gêner pour poser des questions.

J.D. : Je voulais trouver une place sécuritaire et l’Australie est un pays du Commonwealth comme le Canada. Je savais aussi qu’il y avait de l’emploi.

D.C. : J’ai effectué des recherches avec des firmes de recrutement en ligne pour voir où étaient les meilleures places où aller. Je suis tombé sur les Bermudes sans savoir c’était où. Je suis parti un mois après ma première entrevue.

 

I.C. : Comment vos proches ont réagi face à votre décision de partir?

S.A.M. : Pas mal tout le monde était contre notre décision (rires)! D’abord, parce que notre entreprise fonctionnait très bien au Québec et aussi parce que le choix du pays ne faisait pas l’unanimité. Au final, nous avons pris la décision pour nous et notre famille. La fin de semaine, quand je vois mon fils jouer dans le sable avec ses camions, ça me rend heureuse. C’est la vie que je veux pour mes enfants. Je comprends parfaitement comment mes proches peuvent se sentir, c’est comme un deuil de ne plus nous voir autant. Cependant, ma mère est venue nous voir au Nicaragua et elle a compris que je le faisais pour notre famille, pour son bien-être.

C.P.A. : Nous nous sommes simplement écoutés. Nous avions envie de nous rapprocher d’une ville et nous avons choisi Paris. Mes parents viennent nous voir, mais ils passent leur hiver en Floride. L’envie de partir du pays est donc un peu héréditaire.  

J.D. : Ma famille m’a toujours appuyée dans mon expatriation. Elle ne m’a jamais dit que je devrais revenir même si elle s’ennuie. Je n’ai pas eu de pression face à ça. 

D.C. : Mes ami.e.s proches et ma famille étaient très heureux pour moi.

 

I.C : Avez-vous trouvé un travail là-bas?

S.A.M. : Mon entreprise a continué d’exister, mais il y a des services que nous ne pouvons plus offrir. Nous nous sommes adaptés. Nous sommes des entrepreneurs et même ma fille a cette fibre en elle.

C.P.A. : Je suis diplômée en gestion hôtelière à l’ITHQ et j’ai travaillé 15 ans dans ce domaine. Lorsque je suis arrivée en France, j’ai travaillé 3 ans dans un hôtel, mais je ne suis pas tombée dans une belle entreprise. Paris c’est différent du Québec, le domaine de la restauration est assez difficile et parfois inhumain. Comme je m’étais attachée à cette ville et à la facilité de tout faire à pied, je n’ai jamais eu envie de retourner au Québec malgré cette expérience malsaine. De plus, l’employeur et le salarié signent des contrats nommés ruptures conventionnelles qui permettent de conclure une entente lors de la cessation d’emploi. Avec cette entente signée, tu as le droit au chômage. Je suis donc allée au centre de chômage pour faire un bilan de compétences. Ce bilan m’a permis de réorienter ma carrière pour devenir assistante sociale.  

D.C. : J’avais un travail avant de partir. J’ai été chanceux de trouver mon premier emploi avant la crise financière. Le timing est toujours très important lorsqu’on désire faire quelque chose.

 

I.C. : Quels sont les côtés positifs de cette nouvelle vie?

S.A.M. : Les restrictions en lien avec la COVID sont moins imposantes ici qu’au Québec. Je te confirme que les hôpitaux sont vides ! Le système des soins de santé est gratuit. La vue, la chaleur, l’école exceptionnelle, les plages, la communauté sont tous des points positifs.

J.D. : La nature en Australie est merveilleuse. On entend les oiseaux et on peut faire un jardin toute l’année. La culture ressemble beaucoup à celle du Québec; les gens sont familiers et aiment faire le party (rires)! Il y aussi beaucoup de touristes, ce qui fait que nous ne restons jamais seul.e.s. Le camping est facile. Tous les parcs ont des barbecues avec des bonbonnes de propane dont tu peux te servir gratuitement. Les haltes routières sont parfois munies de douches et tu peux y camper. J’ai voyagé vraiment cheap avec une tente, car les auberges et les hôtels coûtent cher en Australie. Il y a beaucoup d’emplois aussi.

C.P.A : Je fais tout à pied! Le mode de vie français me plaît beaucoup. 

D.C. : Ils sont trop nombreux pour les nommer tous, mais les plus importants sont ma rencontre avec ma femme et la naissance de notre enfant qui a maintenant 6 ans.

 

I.C. : Et les côtés négatifs?

S.A.M. : Je me débrouille très bien en espagnol, mais je ne saisis pas tout ce qu’on me dit. Cependant, les gens sont tellement compréhensifs ici que nous finissons par nous comprendre.

C.P.A.: Ne pas avoir été présente physiquement pour ma mère quand elle a perdu ses frères et ses sœurs. Cependant, nous pouvons nous permettre de faire des allers-retours s’il arrive quoique ce soit.

J.D. : Si tu n’aimes pas la chaleur l’été, ne vient pas en Australie (rires)! Ça coûte quand même assez cher (hôtels, attractions, vols pour s’y rendre, etc.), aussi.

D.C. : Ils sont aussi trop nombreux, mais le plus important c’est que je ne peux pas élever mon fils dans la culture québécoise près de ma mère.

 

I.C. : Est-ce que vous avez envie de revenir au Québec un jour?

S.A.M. : Ouf! C’est une question difficile à répondre. Il y a des jours où plus jamais je ne reviendrais au Québec et il y a des jours où je prendrais mes valises et j’y retournerais. J’ai passé 42 ans au Québec, donc oui, il y a de la nostalgie, sauf l’hiver avec la neige (rires). Il y a des moments où tout va mal et je retournerais au Québec, mais en même temps, ces mêmes moments arrivaient au Québec et je voulais partir ailleurs. Nous restons humains même si nous sommes expatrié.e.s.

C.P.A. : Nous aimerions partager notre retraite entre la France et le Québec. C’est un idéal pour nous depuis le début de notre aventure. Nous espérons que nos enfants pourront s’inspirer de nous pour réaliser leurs rêves à leur tour.

J.D. : Si c’était à refaire, je ne le referais pas. Je resterais au Québec. Je m’ennuie vraiment du Québec, je trouve ça dur. J’aime l’Australie, c’est un super de beau pays, mais je ne me sens jamais à la maison comme je me sens quand je suis au Québec. Je suis proche de ma famille au Québec et avec la COVID, c’est compliqué. Ma famille n’a pas encore vu mon garçon. Mon amoureux ne veut pas retourner au Québec pour l’instant, mais peut-être d’ici 5 ans. Je me suis adaptée à l’Australie, j’ai ma routine ici, mais j’ai toujours le Québec en tête. Normalement, je retournerais quelques temps au Québec, mais avec la COVID, ça fait deux ans que je ne suis pas rentrée. À Noël et aux anniversaires, c’est plus difficile.

D.C. : Je ne veux pas retourner au Québec de façon permanente. Je pense revenir à la retraite, mais avec un pied à terre dans un autre pays.

 

I.C. : Avez-vous des conseils pour les personnes qui hésitent à s’expatrier?

C.P.A. : Il ne faut pas avoir peur de partir. J’ai tout vendu et je me suis dit que le matériel reste du matériel. Je retournerais m’acheter des meubles si je devais revenir. Il ne faut pas rester pour les autres, nous devons nous choisir. Prenez un billet ouvert d’un an s’il le faut!

D.C. : Le plus difficile c’est de prendre la décision de partir. Une fois qu’elle est prise et que tu as déterminé ton but, le reste n’est qu’une question de temps et il ne faut pas abandonner.

Ces inspirants.e.s expatrié.e.s m’ont fait comprendre à quel point il est important de se choisir dans ce genre de décision. Que cette nouvelle vie ait débuté il y a 6 mois ou 16 ans, la nostalgie de la famille et de son pays natal sera toujours présente. Malgré cela, ces personnes ont eu le courage de partir explorer un autre pays. De ce courage naît une capacité d’adaptation qui permet de se créer un nouveau chez-soi.