Le développement personnel et le coaching sont deux disciplines très présentes dans notre société. De la librairie, aux conférences jusqu’à Instagram, certaines personnes livrent leurs expériences et leurs conseils pour améliorer la vie des autres. Apprendre à gérer son stress, devenir riche ou réussir sa vie de couple, tout y passe, et ce, depuis plusieurs siècles. Mais pourquoi décider de lire ce genre de choses ? Qui sont les auteurs légitimes pour faire changer les pratiques des lecteurs et comment faire la part des choses ? Deux auteurs, un lecteur et un universitaire nous ont donné leurs points de vue.

Par Lucie Bédet, journaliste multimédia

Sid Ahmed Simerabet étudie en administration des affaires à l’Université Laval. Depuis cinq mois, il s’intéresse au développement personnel. « J’étais dans une librairie et par hasard, un livre m’a intéressé. C’était une période de ma vie où je me posais des questions et j’ai vu le titre (La puissance de la persuasion de Napoléon Hill). Je l’ai acheté. »

Sid Ahmed Simerabet, développement personnel

Photo par Lucie Bédet

Pourquoi lire du développement personnel ?

Selon Sid, le développement personnel apprend à penser différemment :

« Progressivement, ça change notre façon de voir les choses : je ne prends plus les refus de la même façon. D’un échec, je vois une leçon, une future opportunité. »

Le développement personnel serait ainsi non pas une méthode pour réussir sa vie mais bien un outil pour atteindre ses objectifs.

David Bernard est coach, il est également conférencier et auteur de cinq livres de développement personnel. Parmi eux, « Ralentir pour réussir », « L’Amour SEXSHIP : l’art de l’intelligence sexuelle » et « Créer un impact ». Il s’intéresse à plusieurs domaines de la vie personnelle. « Je ne prétends pas posséder la science infuse et apporter la vérité. J’essaie simplement de suggérer des manières assez diverses pour qu’ils se rapprochent de leur propre vérité. »

Jean-Louis Drolet. Photo par Lucie Bédet

Jean-Louis Drolet
Photo par Lucie Bédet

Jean-Louis Drolet le rejoint dans cette explication. Ce psychologue et professeur associé au département des fondements et pratiques en éducation à l’Université Laval est également l’auteur d’un livre intitulé « La route du sens : L’art de s’épanouir dans un monde incertain ». Il se réjouit de recevoir des témoignages de ses lecteurs : « Des gens m’ont dit qu’ils avaient trouvé des réponses dans mon livre, des réponses à leurs questionnements qui duraient parfois depuis plusieurs années ». Il essaie de donner de réels conseils pour avancer : « Si je lis un livre qui dit simplement « apprenez à avoir confiance en vous », ça ne m’apporte rien. Mais si on me dit : « Vous n’avez pas confiance probablement parce que telle chose et telle chose interfèrent. Il faut questionner ceci, travailler cela », là, ça devient utile. On doit travailler les mécanismes qui
permettent le changement, donner les outils. ».

« Si je n’ai pas d’idée de comment faire quelque chose et que quelqu’un me propose un chemin, alors je vais emprunter ce chemin. Je ne me sens pas forcément influencé, je vois plus ça comme une façon de faire, comme un prof qui me dirait comment faire un calcul compliqué. »
Sid Ahmed Simerabet

Nicolas Marquis a étudié le phénomène du développement personnel. Ce docteur en sociologie considère que les promesses des auteurs apportent du pouvoir d’action aux individus mais qu’elles sont souvent asociologiques : «Les auteurs de développement personnel défendent une idée de ce qu’est une vie bonne, une vie réussie. Si je devais résumer cette idée, ce n’est pas avoir beaucoup de fric mais c’est une vie dans laquelle vous ne vous fermez aucune porte, une vie où vous répondez présent par rapport à la responsabilité d’être vous-même. » Or, cela signifie que si l’on vit une vie que l’on n’a pas complètement choisie, on est en partie coupable. « Il tend à faire oublier qu’on est pas tous égaux selon l’endroit où on est né, les capitaux inégaux et les contextes moins favorables. »

Selon Nicolas Marquis, les deux messages du coaching sont simples : « Il n’y a aucune situation dans laquelle vous êtes coincé et vous avez en vous plus que ce vous pensez. »

Un besoin de guide spirituel

Certains lecteurs sont juste curieux, d’autres vont chercher dans ces livres des mentors ou des guides spirituels. Pour Sid, c’est presque normal : « Le secret pour le développement personnel, c’est de ne pas se dissiper. Tu choisis un auteur, un coach. Si tu suis cinquante façons de faire, tu n’y arriveras pas. Il faut choisir une façon de faire et la suivre à fond. »

Nicolas Marquis affirme qu’avec cette méthode, les lecteurs accordent parfois une confiance excessive à certains auteurs, qui deviennent des sortes de gourous. « Ce qui ressort des lettres des lecteurs quand ils disent qu’un auteur a changé leur vie, c’est une forme de transcendance. Ils se sentent compris, ils ont l’impression que le livre a été écrit pour eux car les auteurs arrivent à mettre des mots sur leurs maux. »

David Bernard. Photo courtoisie.

David Bernard
Photo courtoisie.

David Bernard a eu des dizaines de mentors : « des amis, des auteurs, parfois une personne en conférence, parfois un professeur, un formateur, parfois une personne que j’admirais ». Pour lui, avoir un mentor est définitivement une bonne chose :« Si tu peux profiter de l’expérience et de la sagesse de quelqu’un d’autre pour
devenir toi une version de toi qui est plus authentique, qui va briller davantage, qui va être plus présent. Pourquoi s’en priver ? »

La légitimité des auteurs

Le développement personnel témoigne d’un changement social, dans lequel l’autonomie individuelle est précieuse. On tient à notre individualité comme à la prunelle de nos yeux, alors le fait que quelqu’un nous dise quoi faire, qu’on soit soumis aux conseils des autres est assez particulier. C’est pourquoi pour choisir un mentor nécessite d’avoir confiance en la personne.

Sid Ahmed Simerabet, quelques semaines après l’achat de « La puissance de la persuasion », a arrêté sa lecture : « J’ai voulu me renseigner sur l’auteur parce que je me suis posé la question : « Qui est-il ? Quelle légitimité a-t-il pour me dire comment faire ma vie ? ». C’était un homme qui avait interviewé, dans les années 40, beaucoup d’hommes d’affaires. Il a fait sa carrière sur les gens qui sont devenus milliardaires et il voyait ce qu’ils avaient en commun. De là, j’ai acheté un deuxième livre de lui : « Réfléchissez et devenez riches ». »

En découvrant les travaux de Napoléon Hill, Sid a accepté sa légitimité. Mais cela ne lui a pas suffi, il voulait s’assurer que la méthode de l’auteur fonctionnait réellement. « Je suis entré en contact avec un coach sportif que j’aime beaucoup et qui a réussi. Après avoir parlé de musculation, je lui ai demandé s’il lisait, il m’a répondu que oui, particulièrement du développement personnel, les livres de Napoléon Hill. »

Nicolas Marquis. Photo courtoisie par Marie-Aude Brijssinck.

Nicolas Marquis.
Photo courtoisie : Marie-Aude Brijssinck.

Mais quelle légitimité revendiquent les auteurs ? « Leur point commun, c’est leur type d’expertise : ils vont tous parler d’expérience. Le coach, l’auteur type, c’est celui qui a compris un truc. Les gens acceptent de suivre leurs conseils, car leurs expériences personnelles comptent, développe Nicolas Marquis. L’auteur est passé par une série d’épreuves et ne se présente pas comme étant meilleur, mais comme quelqu’un de plus loin sur le chemin. Il se présente comme un éclaireur et prouve que les lecteurs aussi peuvent y arriver ».

Faire la part des choses

Comme dans n’importe quel milieu, le monde du coaching contient son lot d’arnaques. Des auteurs qui n’ont aucune expérience, ça arrive. Il y a aussi ceux qui ont l’expérience mais qui ne savent pas transmettre. « C’est frustrant pour un auteur qui a le sentiment d’avoir écrit quelque chose de profond de voir certains livres superficiels être populaires », confie Jean-Louis Drolet.

David Bernard tient à rappeler que les lecteurs sont intelligents : « Il ne faut pas les voir comme des moutons qui suivent aveuglément n’importe qui. Je pense qu’un lecteur a assez de jugement pour se faire sa propre idée, sa propre position et sa perspective sur un sujet. »

Sid Ahmed Simerabet a eu cette phase de réflexion et jusqu’à présent, il continue de suivre les méthodes. Il n’a jamais été en désaccord total sur les conseils à appliquer : « Tous les principes, j’essaie de les appliquer. La plupart sont des choses que nos parents nous disaient enfant ou l’équivalent des morales de fables. » Il évalue personnellement les situations et agit s’il estime que ça lui sera bénéfique. « C’est connu qu’on devrait s’entourer des gens qui nous tirent vers le haut… Alors oui, j’ai des amis avec qui j’ai pris quelques distances car je faisais la fête tout le temps, et à force de lire, j’ai réalisé que ça me faisait perdre mon temps. » Désormais, sa vie productive lui plaît davantage : il s’attelle au sport, aux études et même à l’apprentissage de la guitare sans pour autant oublier de s’amuser.

Mais peut-on dire que tous les lecteurs de coaching sont autonomes et responsables ? Il est impossible de répondre fermement à cette question. Nicolas Marquis nuance ainsi :

« Tous les lecteurs ne gobent pas tout, c’est sûr, mais il faut se rendre compte que les gens lisent des bouquins de développement personnel parce qu’ils sont en attente d’une solution, d’une efficacité. Dans cette situation, ils ont tendance à être bien plus charitables dans le support en lequel ils mettent de l’espoir. Ils s’ouvrent à l’ouvrage et ouvrent leur vie à la révision par des auteurs. » Ils seraient donc plus influençables et prêts à modifier des éléments dans leurs vies. Et heureusement, le plus souvent, les effets se veulent bénéfiques.