À Québec, 260 camps sont certifiés par l’Association des camps du Québec (ACQ). On peut compter 93 camps de vacances et 138 camps de jour, dont 41 se spécialisent dans la clientèle à besoins particuliers, sans compter les camps familiaux, les services de classe nature, etc. Moi-même, je suis impliquée dans cet univers depuis cinq ans déjà. Dans les dernières années, plusieurs problématiques ont assiégé les camps de vacances et des mesures sont prises chaque année.

Par Léonie Faucher, rédactrice en chef

J’ai pu m’essayer à plusieurs postes : monitrice, spécialiste, coordonnatrice, gestionnaire et, cette année, cheffe de camp. Je travaille pour l’organisme à but non lucratif Cité-Joie (qui se spécialise dans l’accueil de vacanciers entre 4 et 80 ans vivant avec des déficiences intellectuelles et/ou physiques) et pour le camp le Saisonnier (spécialisé dans l’accueil d’enfants de 3 à 15 ans).

Hélène Gaucher, directrice des opérations à Cité-Joie, mentionne que le camp  existe depuis 1962. « C’est une base de plein air située en pleine nature et un camp de vacances pour les personnes ayant des limitations physiques ou intellectuelles. Ça permet de donner un répit aux familles qui en ont grandement besoin. Cité-Joie a un bon référencement au niveau sécurité : les parents ou responsables ont confiance et nous laissent leurs enfants ou usagers pour une fin de semaine, cinq ou dix jours. »

La pénurie de main d’œuvre résonne

Les camps ne se sauvent pas de la fameuse pénurie de main d’œuvre qui touche de nombreux secteurs. Selon le rapport sur le marché du travail et de l’emploi d’Emploi Québec qui étudie la période de 2015-2024, il n’y a pas de grande pénurie de main d’œuvre généralisée à prévoir dans les dix prochaines années. Cependant, la pénurie est, et sera, centralisée dans certains secteurs. Sans surprise, de 2020 à 2024, c’est le secteur des services qui devrait souffrir le plus du manque de main-d’œuvre.

Depuis plusieurs années, l’appel criant de personnel cause des fermetures de camps, notamment le camp de Canawish de la Rivière Ouelle en 2018. Plus de 200 personnes vivant avec des handicaps se sont retrouvées sans vacances. Le camp Cité-Joie a recueilli plusieurs d’entre eux en soutien, mais manquant également de maind’œuvre, a dû refuser plusieurs vacanciers.

Sylvain Thiboutot, vice-président du Camp Canawish, mentionne que pour ce qui aurait été leur 45e saison, le problème n’était pas financier : « On ne faisait pas beaucoup d’argent, mais on arrivait quand même à équilibrer nos budgets, c’est pas du tout une question financière, c’est une question de rareté de main-d’œuvre qualifiée et compétente. »

À Cité-Joie, 60 postes étudiants sont ouverts chaque été. En 2018, l’équipe comptait environ 30 employés. Ç’a été très difficile de tenir toute la saison avec seulement la moitié des effectifs. Pour soulager, Cité-Joie a fait appel à des retraités pour s’occuper de postes techniques, tels la buanderie et l’aide au groupe, quelques jours par semaine. En 2019, l’équipe s’agrandissait  : elle comptait 36 employés. Pour avoir des moniteurs supplémentaires, Cité-Joie a fait appel à des étudiants en échange avec le club Rotary (soutien financier de Cité-Joie depuis ses débuts). Les étudiants côtoient le camp durant l’année pour avoir des moniteurs supplémentaires. Pour la saison 2020, le camp (et moi-même) espère que l’équipe estivale sera suffisante pour les besoins de la clientèle.

« Dans les camps réguliers, le jeune participe aux camps pendant plusieurs années, il va vouloir devenir moniteur de ce camp-là lorsqu’il aura l’âge. Cependant, on a une clientèle à besoins particuliers, nos jeunes ne pourront pas devenir aspirantmoniteur. On mise beaucoup sur les cégeps et les universités, sur ceux qui sont dans les programmes d’éducation spécialisée, en travail social, en récréologie. Nous misons sur l’expérience des futurs aspirants à la porfession. » ‒ Hélène Gaucher
L’importance des camps pour les campeurs

Les campeurs suivent le programme de camp de vacances pour ce que ça leur apporte. Depuis la création du premier camp de vacances en 1894 à Montréal, les camps clament que l’expérience influence positivement le développement et l’épanouissement des jeunes. C’est maintenant scientifiquement prouvé par le Dr Troy Glover de l’Université de Waterloo. Sa recherche, de cinq années, avait pour objectif d’évaluer les bienfaits associés à la fréquentation des camps. Voici les cinq composantes du développement de la personne qui sont augmentées par les camps et les conclusions auxquelles arrive l’étude :

  • 1   L’intégration sociale et la citoyenneté 65 % des enfants sont mieux outillés pour créer de nouvelles amitiés avec des personnes qu’ils jugent différentes, régler des conflits et ressentent un sentiment d’appartenance.
  • 2 La conscience environnementale 52 % des campeurs savent mieux protéger leur environnement et ont une conscience environnementale plus élevée.
  • 3  L’intérêt pour l’activité physique 61 % des campeurs apprécient davantage la pratique d’activité sportive, c’est significatif alors que les problèmes de sédentarité et d’obésité infantile préoccupent.
  • 4 L’intelligence émotionnelle 69 % des campeurs reconnaissent mieux leurs émotions et celles de leur entourage.
  • 5  La confiance en soi 67 % des campeurs ressentent une augmentation de leur autonomie et de leur confiance en soi.
Un emploi en camp, un éventail de possibilité
« À Cité-Joie, nous recevons beaucoup de vacanciers qui sont en institutions, en résidence, en familles d’accueil ou qui n’ont pas beaucoup l’occasion de sortir ou de faire des activités variées. Souvent en ville, les occasions de sortir ne sont pas toujours présentes, alors offrir un accès à la nature et à du divertissement, c’est très important pour eux. Ils aiment Cité-Joie, ça fait partie de leur ADN. Chaque année, ils ont hâte de revenir. Je le redis, parce que je suis pour les avantages de la nature, ça leur fait du bien de se ressourcer. » ‒ Hélène Gaucher

Les camps offrent plusieurs types d’emploi pour combler plusieurs goûts que ce soit moniteur de groupe, spécialiste de plateau, moniteur de nuit ou des postes techniques. D’ailleurs, Hélène Gaucher présente une nouveauté pour attirer plus d’employés et de campeurs journaliers : « Suite à une forte demande de la clientèle, on a un nouveau programme expérimental, un camp de jour ! On met en place un camp de jour pour les enfants âgés de 4 à 16 ans. On reçoit de plus en plus de jeunes enfants TDAH ou TSA, c’est assez incroyable. On souhaitait avoir un programme plus adapté à la jeunesse que le camp de vacances où la clientèle est plus âgée. D’ailleurs, on a déjà l’expertise pour ces situations-là. » Ce nouveau programme va permettre d’engager les plus jeunes à des postes d’animation, une formation d’aspirant-moniteur pour ceux qui voudront travailler sur le camp de vacances.

Le milieu des camps est un endroit où les employés vivent des émotions fortes, oui, mais ils font aussi des rencontres inoubliables. Être moniteur permet d’aider les campeurs à développer leur autonomie et leur potentiel, mais c’est un effet miroir. Le moniteur apprend également des compétences qui lui serviront toute une vie : la gestion du stress et des imprévus, la polyvalence, la créativité et le travail d’équipe.

Le poste de moniteur ‒ et les autres ‒ sont intensifs. Ils permettent de développer des qualités précieuses que les employeurs recherchent. Selon l’ACQ, ses atouts sont le leadership, le travail d’équipe, la gestion des ressources, les communications et l’analyse des besoins. De plus, les connaissances déjà acquises sont récompensées dans certains emplois disponibles en camp, par exemple la certification de sauveteur, la formation en soins de santé ou en canot. Des emplois en lien avec ces domaines sont disponibles en camp.

Pour moi, l’expérience camp représente des défis qui paraissent insurmontables, mais qui apportent une grande satisfaction quand on les résout. Des passions, des rires, des pleurs aussi parfois ; tout ça en échange d’apprentissages qui transforment une vie.
Témoignages d’animateurs

Guizmo (une année d’expérience)

Spécialiste aux arts plastiques

Je reviens dans un camp de vacances cet été, parce que l’expérience humaine me donne l’impression de changer la vie des campeurs. En un an, j’ai amélioré mon organisation et ma confiance en moi.

C’est une expérience unique qui vaut la peine d’être vécue, car on en ressort grandi à coup sûr ! On croise des personnes en or. C’est aussi fantastique, car ça donne vraiment le goût de travailler. Pouvoir être là pour les autres et savoir compter sur eux c’est quelque chose qui compte énormément.

Peu d’endroits offrent ce genre de sentiments.

 

 

 

Abou (quatre années d’expérience)

Coordonnatrice

Je reviens pour ma cinquième année, car j’aime appliquer les concepts d’interventions et d’animations que je vois dans mes cours d’éducation spécialisée ! J’ai appris à gérer une équipe de travail et à faire preuve de jugement.

C’est une expérience enrichissante tant au niveau personnel que professionnel. Après tout, pourquoi pas essayer ? C’est pas juste une équipe de travail… C’est aussi une famille !

 

 

 

Bûcheron (cinq années d’expérience)

Chef de camp

Mon rêve, depuis mon premier été, c’était d’être chef de camp, je le réalise enfin pour ma sixième année ! C’est une trop belle atmosphère d’été. J’ai appris à être patient, à avoir des nerfs d’acier et à être altruiste. Je suis chef de camp, je n’ai rien de plus cool à dire que ça. Une job d’été normale, c’est juste trop plate. Offre-toi du fun rémunéré !

 

 

Simba (trois années d’expérience)

Monitrice camp de jour

Lorsque j’étais jeune, j’attendais toujours avec impatience le moment d’aller au camp l’été. Après plusieurs années, je me suis dit que cela pourrait être une belle expérience et surtout, je travaillerais avec mon amie. Avant de commencer à travailler au camp, j’étais une jeune adolescente de 15 ans. J’étais irresponsable et immature. Le camp m’a permis de me responsabiliser et d’acquérir des expériences de vie, et surtout de vivre des beaux moments avec les vacanciers.