Par Sarah Khilaji

mon amour si on avait su danser dans la fontaine du salon funéraire est-ce qu’on aurait réussi à s’aimer plus longtemps?

t’étais mille tornades à toi tout seul mais tu savais tellement pas comment tournoyer qu’le vent te filait entre les lèvres en même temps que t’échappais un mutisme beaucoup trop lourd pour mes épaules

la nuit dans ton sommeil j’tenais toute la noirceur du monde dans mes mains pis j’la faisais valser entre mes doigts en espérant y faire pousser des mélodies j’aurais aimé me perdre dans ton vide pour y trouver du sens mais tout c’que j’ai fait c’est me heurter aux pierres tombales de tes amours mortes

ton silence comme épitaphe sur chacune d’entre elles.

j’t’ai fait aucune promesse mais dans ma tête elles déferlaient comme des fuck you à l’univers j’aurais voulu défier les lois de la fatalité pis des fins malheureuses j’aurais voulu savoir comment t’aimer tranquille et tout doucement mais moi tu vois je ne siffle pas non moi je crie pour mille – et avec toi j’ai tenté de crier assez fort pour faire tomber tes murs

j’me suis faite louve pour te couver dans mon ventre, lionne pour te nourrir de mon amour, rossignol pour chanter dans ton jardin d’empereur, sirène pour goûter à la saveur de tes silences

puis je me suis faite fantôme pour te libérer de nos errances

j’me suis acharnée à chercher les brèches dans lesquelles me faufiler pour avoir accès à tes non-dits j’ai cru bien faire j’ai tenté mon amour tu sais j’ai tenté de nous libérer de ton aphasie pour en venir à me demander si tes lèvres soudées avaient tout simplement rien à dire

mais je l’sais au fond. Je l’sais qu’un jour t’apprendras à engloutir ton bonheur pour mieux le recracher sur tous les toits dans toutes les rues villes et villages je sais oui je sais que t’es mille tornades à toi tout seul et qu’un jour, mon amour, un jour, tu la trouveras, la belle qui saura savourer tes silences tumultueux sans rien d’mander de plus

j’aurais aimé être celle-là, capable de tant de patience mais moi tu vois je ris fort je les hurle mes amours je les crie mes détresses pis je les chante mes bonheurs moi tu vois j’ai appris d’une mère qui parlait toujours trop fort au téléphone j’ai appris à accepter que ça s’peut que j’me pisse dessus en public parce que je ris trop intensément j’ai appris à danser quand c’est ma toune qui joue pis à la chanter fort fort fort

aussi fort que je suis capable d’aimer

c’est ça… c’est ça! tu comprends? Je suis… je suis aussi loud que mes sentiments… j’en ai pas de demie mesure

je sais à peine chuchoter des je t’aime…

non moi quand ça me prenait j’avais envie de vous prendre dans mes bras toi pis tes six pieds deux pis d’vous faire tournoyer avec le vent j’avais envie que tu te sentes aussi léger que moi quand que j’t’aimais j’avais envie que tu comprennes que ma douceur je te l’offrais par des caresses sur ton beau grand dos mais aussi par des éclats de rire trop bruyant dans une allée de bottes de cowboys au village des valeurs

mon amour avec toi j’ai crié pour deux à en perdre la voix.

maintenant je comprends que les au revoir les plus difficiles sont ceux qui arrivent dans un murmure que même les cris camouflent avec peine mais ce sont surtout ceux qui hurlent la culpabilité de s’être aimés avec des trémolos dans la voix et sur des mélodies différentes

mon amour j’me d’mande encore

si on avait su danser dans la fontaine d’un salon funéraire

est-ce qu’on aurait pu accorder nos violons?