Comme la COVID-19 est omniprésente depuis le début de la pandémie, les différents acteurs de la place publique n’ont eu d’autres choix que d’user de stratégies de communication pour qu’une partie de la population adhère à leurs messages et demandes liés au virus. Pénélope Daignault, professeure agrégée au Département d’information et de communication à l’Université Laval répond aux questions d’Impact Campus afin d’y voir plus clair.

Par Andréi Audet, chef de pupitre société

Impact Campus : Les gouvernements semblent accorder beaucoup d’importance à la publicité lorsque vient le temps de sensibiliser la population aux dangers et mesures relatives à la COVID-19.

Pénélope Daigneault : Il y a plein de stratégies publicitaires qui ont été élaborées depuis le début de la pandémie. Par exemple, l’humour pour aller rejoindre généralement les plus jeunes et des publicités plus choquantes.

I.C. : Pourquoi certaines publicités visant un changement de comportements n’arrivent pas à atteindre son objectif?

P. D. : Le contexte est particulier pour faire de la publicité sociale en ce moment parce que nous sommes tous confrontés à la même menace, et elle est grande. Il faut essayer de trouver des stratégies pour chaque tranche de la population. Le problème est que nous n’avons pas le temps de faire des études, car tout va tellement vite. Donc, les publicités sociales par rapport à la pandémie découlent de stratégies très intuitives.

I.C. : Il n’est donc pas simple à travers différents moyens communicationnels de faire changer d’avis ou de manière d’agir une personne?

P.D. : « La pandémie fait en sorte que des comportements initiaux doivent être vite changés, alors qu’un changement de comportements, c’est un processus de longue haleine. Raison pour laquelle on utilise la contrainte et la coercition, mais une tranche de la population se sent brimée dans leurs libertés, d’où la raison du pourquoi nous les voyons réagir »

I.C. : Parlons de la façon dont les politiciens.nes. tentent de communiquer leurs messages à propos de tout ce qui est relatif à la COVID. Y arrivent-ils bien?

P.D. : Il y a beaucoup d’importance qui est rattaché à la performance communicationnelle des politiciens.nes. Iels ont une lourde responsabilité sur plein de plans. Iels sont soumis à une évaluation impeccable, et l’erreur n’est pas tolérée, car il n’y jamais eu autant de gérants.es d’estrades qui donnent leur avis pour miner leur performance peu importe la façon dont ils ont communiqué. C’est donc très difficile d’être efficace sur le plan communicationnel.

I. C. : Il ne semble donc pas y avoir de méthode parfaite pour un.e politicien.ne de bien communiquer pour ce qui à trait à la pandémie?

P. D. : Non, ni de principe universel. On ne peut s’adresser avec un même message à l’ensemble de la population. Il faut toutefois tenir compte des contextes particuliers, très difficiles que vivent certains individus. Je trouve qu’on ne parle peutêtre pas assez des conséquences psychosociales dans les stratégies de communication qui s’adressent à ces gens-là qui vivent des situations très vulnérables »

I. C. : Certaines personnes ont l’impression que la COVID a occulté la crise climatique de l’espace publique communicationnelle. Est-ce vrai?

P.D. : Je réalise présentement avec une co-chercheuse, un baromètre sur l’action climatique, et je n’ai pas eu le choix d’inclure une question à savoir si ce qu’on vit en ce moment avec la COVID, ça occulte l’importance que prennent les changements climatiques. Tout l’agenda médiatique est monopolisé par la COVID, c’est de cela qu’on parle. Donc, ce que les gens trouvent important ou préoccupant, c’est beaucoup selon ce qu’on présente dans les médias. Toutefois, je constate selon des résultats que j’ai obtenu du baromètre que ça n’empêche les gens de continuer à trouver l’enjeu préoccupant et d’occuper la même importance dans leur esprit

I.C. : Pour ce qui est de l’analyse des processus communicationnels en temps de COVID, nous pouvons imaginer qu’il y aura un travail énorme de fait par les chercheur.se.s dans les prochaines années?

P.D. : Depuis le début de la pandémie, il y a un paquet d’articles scientifiques qui sont publiés. D’un point de vue scientifique, le fait de voir sortir des données scientifiques au fur et à mesure qu’un développement arrive par rapport à la pandémie, c’est fascinant du point de vue des sciences sociales. Du point de vue des communications,c’est certain que ce qui se passe en ce moment, la gestion de la crise par l’ensemble des dirigeants.es mondiaux, ça va générer des mémoires et des thèses de doctorat pendant plusieurs dizaines d’années.

Photo par Matt Smart