Les pictogrammes entourent le quotidien. Des bonhommes aux feux de circulation pour les piétons.nes en passant par les programmes météorologiques, les illustrations facilitent la compréhension. Ainsi, l’information illustrée s’assure une meilleure réception par le public québécois qui possède des niveaux de littératie différents. D’ailleurs, l’enquête du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) a révélé en 2015 que 53% des Québécois.es étaient analphabètes fonctionnel.les.

Par Léonie Faucher, rédactrice en chef

La littératie est mesurée sur une échelle de un à cinq. Elle permet d’indiquer le niveau de compréhension de l’information d’un individu (les aptitudes à lire, à comprendre et à utiliser des informations dans la vie quotidienne).

Par exemple, chez les enfants en bas âge, un bon niveau de littératie se manifeste par un enfant qui sourit ou pleure pour communiquer ses besoins à ses parents. Selon Alberta Education, « dès la naissance d’un enfant, son expérience dans le monde de la littératie débute. Les habiletés de l’enfant en littératie sont cultivées grâce à sa famille et à sa communauté. En voici quelques exemples : le tout-petit qui forme ses premiers mots; un jeune enfant qui interprète les symboles qu’il voit autour de lui; un enfant d’âge préscolaire qui chante une chanson; un parent et un enfant qui rient en lisant une histoire. »

Communiquer

Photo par Léonie Faucher. Les instructions sont illustrées sur l’étiquette des extincteurs d’incendies pour en expliquer l’utilisation.

L’utilisation de pictogrammes assure que tous les acteurs.trices comprendront l’information sans avoir à analyser au-delà de leurs compétences en littératie. Par exemple, un enfant de cinq ans saura identifier la toilette adaptée pour son sexe autant qu’un adulte grâce aux silhouettes sur les portes.

C’est aussi pour faciliter la communication en mettant en valeur l’information importante au premier coup d’œil. Ainsi, sur nos toilettes publiques, nous pouvons remarquer un personnage au lieu d’une inscription disant « Mesdames, ici se trouve votre salle de bain en cas de besoins ». Le repère visuel permet une accélération dans le filtrage des informations essentielles ou non. Par exemple, sur une barre de chocolat, le pictogramme indiquant la présence d’arachides permet d’avertir clairement les allergiques de s’en tenir loin au lieu de chercher des avertissements écrits. Dans les cas de littératie plus faible, il est recommandé d’utiliser beaucoup d’images dans nos communications. Bref, je ne m’attarde pas sur ce point qui semble évident, car une image vaut mille mots et se démarque des informations écrites.

Un bon exemple, c’est les instructions à suivre en cas d’urgence sur les extincteurs d’incendies. En cas de feu, l’intervenant.e n’a pas le temps de lire un manuel d’instructions. Ainsi, les illustrations des trois étapes (a, b et c) à suivre permettent une utilisation universelle et efficace de l’équipement d’urgence.

Insuffler

Photo par Léonie Faucher. Affiche concernant la procédure de lavage des mains visible dans la plupart des toilettes publiques.

Laurie Demers, travailleuse sociale, précise que les pictogrammes sont aussi utilisés dans le but de suggérer une façon adéquate d’agir en société. Elle explique cette notion de psychologie sociale : « Le fait d’utiliser des images et des symboles, y’a quelque chose de très culturel là-dedans. Le fait d’avoir accès à des images et des symboles (exemple, un panneau d’arrêt dans la rue), c’est un bel exemple de présence implicite de l’autre dans la société. Qu’on est influencé par la présence de l’autre sans la présence réelle d’une personne. Par exemple, les pictogrammes pour se laver les mains : on cherche à influencer un comportement que l’on juge acceptable pour prévenir les infections. C’est une façon d’exercer une influence sur les autres pour qu’ils adoptent le comportement souhaité sans que quelqu’un soit à côté et dise lave-toi les mains. »

« Même chose pour les images qui représentent la météo, on cherche à influencer le comportement des gens en leur disant qu’il va pleuvoir. Donc la personne va penser à s’habiller différemment et trainer un parapluie. Par les images, on cherche à influencer le comportement humain. C’est un principe de base en psychologie sociale qui se caractérise par la présence implicite des autres. »

Photo par Léonie Faucher. Cette affiche rappelle les mesures à suivre dans cet établissement en lien avec la pandémie de COVID-19.

D’ailleurs, depuis le début de la pandémie, l’utilisation des pictogrammes pour influencer le comportement des gens en société a monté en flèche et sont visibles sur les panneaux de sensibilisation à la COVID-19. Les flèches au sol indiquant des sens de circulation dans les magasins, les rappels de distanciation physique, les comportements de l’hygiène personnelle (tousser dans son coude, laver ses mains, etc.) sont des exemples de l’influence de la pandémie jusque dans nos façons de se déplacer.

Les pictogrammes dans nos gènes

Ici, j’ai un extrait du film d’animation Les Croods en tête, lorsque le père dessine tous les interdits sur le mur de la caverne. L’utilisation de dessins pour raconter, expliquer et faciliter la commu-nication existe depuis le temps des grottes. À une époque où le langage était naissant et en élaboration, les illustrations permettaient de communiquer par des dessins mimétiques des actions quotidiennes (chasse, cueillette, etc.).

Circulation

Indication en Ukraine avant un passage piéton qui rappelle de ne pas regarder son téléphone lors de la traversée pour augmenter la sécurité.

Les réseaux routiers utilisent les pictogrammes pour identifier des comportements sécuritaires ou pour transmettre des informations sur les dangers aux conducteurs.trices. Chaque automobiliste décide d’obéir aux panneaux ou de les ignorer en risquant qu’un accident survienne. Par exemple, Tom Vanderbilt, auteur du livre Traffic: Why We Drive the Way We Do (and What It Says About Us) , mentionne ceci :

« Les conducteurs voient régulièrement des panneaux de signalisation de passages de chevreuils (aux États-Unis) ou d’éléphants (au Sri Lanka) ou de chameaux (en Tunisie). Il est difficile de déterminer ce qui passe par la tête d’un conducteur lorsqu’il voit le panneau de signalisation d’un passage de chevreuils, d’éléphants ou de chameaux. Toutefois, des études ont démontré que la plupart des conducteurs ne modifient pas du tout leur vitesse de conduite. »

Cependant, les panneaux de signalisations routières ne fonctionnent pas toujours comme prévu. Marc Green explique pourquoi dans son article The psychology og Warnings (La psychologie des panneaux d’avertissement) selon l’analyse coûts-avantages du conducteur.trice devant un tel panneau.

Premièrement, le coût de la conformité implique que le conducteur.trice considérera l’inconvénient d’être en retard s’iel se conforme en ralentissant par exemple. Green explique que c’est un problème similaire aux étiquettes de mise en garde sur les produits. Le temps de lecture peut être interprété comme le coût de la conformité.

Deuxièmement, la perception du danger implique que l’automobiliste s’immobilise aux panneaux d’arrêt pour éviter d’être heurté, car iel comprend qu’un danger est possible. Cependant, un automobiliste qui emprunte la même route depuis des années et qui n’a jamais vu aucun chevreuil comprend que même si les conséquences de frapper un chevreuil sont élevées, le risque quant à lui est faible.

Green souligne « l’une des ironies liées aux avertissements est que plus le visionneur est expérimenté et compétent, plus l’effet de familiarisation est élevé et plus grand est le risque que la mise en garde soit ignorée. Par exemple, les membres d’une équipe de plongée sont les plus susceptibles d’ignorer les panneaux « Plongée interdite ».