Parmi tous les types de thérapie, un retient l’attention par sa forme interactive : l’art-thérapie. Celui-ci se base sur le processus artistique et de l’identité narrative vus selon la perspective de la psychologie. L’art-thérapeute et responsable des programmes en art-thérapie de L’UQAT (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue), Vera Heller, est une artiste en arts visuels qui a pris le temps de répondre aux questions d’Impact Campus sur sa discipline.

Par Léonie Faucher, rédactrice en chef

Selon l’Association des art-thérapeutes du Québec, l’art-thérapie est une discipline dans la catégorie des sciences humaines permettant d’englober l’expression et la réflexion tant picturale que verbale. Il est important de comprendre que l’art-thérapie permet d’aborder les mêmes types de problèmes que dans une thérapie conventionnelle, mais la personne s’engage dans la création d’une œuvre avec le matériel d’art plastique tout en discutant avec le thérapeute. L’individu et la situation qu’il vit vont influencer le processus de production artistique et de discussion ainsi que la fusion des deux modes de communication ensemble.

 

Impact Campus : Premièrement, pouvez-vous décrire ce qu’est l’art-thérapie ?

Vera Heller : L’art-thérapie se situe au point de rencontre entre l’art et la psychologie. Il s’agit d’une démarche thérapeutique à deux volets : le premier concerne l’expression du vécu concret de l’individu, de ses souffrances et ses problèmes, alors que le deuxième renvoie au processus créatif qui permet de leur donner une forme concrète et de les transformer. L’art-thérapie utilise la capacité de l’art de synthétiser des aspects de l’expérience humaine et de les rendre visibles de façon métaphorique et/ou symbolique. La parole vient compléter l’ensemble du processus et participe à la résolution des problèmes en rendant conscients les conflits inconscients.

 

I . C. : Habituellement, comment se déroule une séance d’art-thérapie et à quelle fréquence faut-il suivre le « programme » ?

V. H. : La fréquence des séances est en général hebdomadaire, mais elle peut varier en fonction de plusieurs facteurs. Chaque séance dure une heure. Voici un exemple de déroulement possible, tout en gardant à l’esprit que le contenu de chaque séance peut varier d’un client à l’autre, en fonction de la personnalité et des besoins exprimés : Pour faire le lien avec la session précédente, l’art-thérapeute peut commencer par s’enquérir sur les événements concrets survenus durant la semaine ainsi que sur le vécu du client (émotions, réactions à la session précédente, à l’image créée, etc.). En un deuxième temps, le client est invité à produire une image en rapport avec son vécu « ici et maintenant ». Il a alors l’opportunité de dessiner, peindre ou modeler librement une image à partir de son ressenti du moment. Tout dépendant des objectifs de la démarche thérapeutique, l’art-thérapeute peut aussi donner des consignes plus précises (thématique, médium spécifique, etc.).

Une fois l’image terminée, le client est invité à en parler en faisant des associations libres, en explorant les symboles ou les émotions éprouvées lors la réalisation. Le thérapeute n’interprète pas l’image à la place du client ; il guide plutôt celui-ci à travers sa propre exploration et l’aide à en dégager un sens et à faire le lien entre l’image et sa vie concrète.

L’art-thérapie est un processus transformateur. Au fil des séances, il permet au client d’effectuer des changements concrets dans sa vie. Un retour sur la série des images produites au cours de sa démarche thérapeutique aide le client à clore un processus qui s’est étalé sur plusieurs semaines, mois ou années. Cela permet au client de se remémorer les moments importants de son parcours et de les intégrer. Une série d’images nous permet d’avoir une vision concrète du travail accompli : on peut y observer autant les similarités que les changements qui se sont produits à travers le temps.

 

I. C. : Comment l’art peut-il amener à comprendre et à résoudre des troubles qui hantent une personne ?

V. H. : L’avantage de la création est de pouvoir contourner les défenses de l’individu qui sont beaucoup plus présentes lorsqu’il utilise le langage. Lorsqu’on parle, on peut facilement choisir ce que l’on veut dire et ce que l’on ne veut pas dire. Par contre, en dessinant, surtout lorsqu’on est dans un état de relaxation, on a accès à des aspects inconscients de notre psyché qui demeureraient cachés autrement. Les problématiques demandant une résolution dans la vie de la personne « apparaissent » sur la feuille sous forme métaphorique ou symbolique, nonobstant notre volonté de les révéler ou pas. Des prises de conscience s’ensuivent, permettant au client de trouver des solutions concrètes et de faire les changements désirés dans sa vie.

 

I. C. : Quels sont les résultats auxquels on peut s’attendre quand on entreprend une démarche en art-thérapie ?

V. H.  : Des changements profonds – ou plus concrets – dans sa vie, tout dépendant des objectifs et de la durée de la démarche. Il faut ajouter que la créativité de la personne se met en mouvement, et que cela est une condition primordiale quant à l’amélioration de la santé mentale.

 

I. C. : Quel type d’art visuel est utilisé ? Y en a-t-il des « meilleurs » pour certains troubles ? Par exemple, si la dépression se guérit mieux avec la sculpture, etc.

V. H. : Non, il s’agit d’explorer avec le client les différents médiums, chacun d’entre eux ayant des effets différents. Par exemple, l’aquarelle et l’encre sont des médiums liquides qui permettent d’explorer des états émotionnels plus fluides, alors que le pastel gras, sec, ou l’acrylique offrent plus de résistance lors de leur manipulation. Les pastels gras par exemple, ont un effet plus précis sur papier. Ils peuvent être utilisés dans la résolution de problèmes plus concrets ou dans l’expression plus affirmée de certaines émotions, telle la colère. L’aspect tactile du pastel sec peut nous mettre en contact avec nos sens, comme la terre glaise d’ailleurs. Bien sûr, il s’agit d’une simplification, tous les médiums pouvant être utilisés pour atteindre une variété d’objectifs et s’adapter aux préférences des clients. La manière de tracer une ligne, le type d’énergie que la personne investit dans la création d’une forme, peut différer également en fonction du médium utilisé.

 

I. C. : Finalement, pourquoi recommanderiez-vous la pratique de l’art-thérapie ?

V. H. : L’art-thérapie est une approche créative qui permet à la personne de rentrer en contact avec sa créativité et de retrouver le sens du jeu, une qualité souvent oubliée par plusieurs depuis l’enfance. Elle touche le corps, les sens, les émotions, mais utilise les capacités du néocortex. Le processus artistique est transformateur en soi. Il permet de faire le lien entre le corps et l’esprit et nous aide à nous sentir plus entiers. Il aide à revisiter nos histoires de vie et à les reconstruire.

 

Accessible à tous

Aucun talent artistique ou habileté particulière n’est nécessaire pour bénéficier des rencontres. Ainsi, toute personne peut participer à des séances d’art-thérapie selon Vera Heller. La création des œuvres est davantage intéressante dans la démarche selon sa valeur thérapeutique et non esthétique. L’art-thérapeute est donc un témoin, un guide et un catalyseur qui assiste la personne dans l’expression de sa créativité tout en « traduisant » le langage visuel dans l’exploration de possibles prises de conscience personnelle. L’art-thérapie est souvent connue dans les milieux cliniques reliés à la santé mentale et dans les hôpitaux, elle contribue aussi au-delà des services de santé et s’étend également dans le domaine des services sociaux, de l’éducation et de la communauté par exemple.