Les gènes de la mort, ou si vous préférez, les gènes zombies, sont en voie de devenir le nouveau « dada » des scientifiques. Ils se réactivent jusqu’à quatre jours après la mort, détruisent les cellules malades et cancéreuses, entres autres, peuvent donner l’heure précise d’un décès ou encore réactiver les cellules d’un cerveau inerte après quatre heures. Voilà ce que l’avenir pourrait nous offrir si nous arrivons à en trouver la clef.

Par Jimmy Lajoie, journaliste collaborateur

Les « zombies », pour les nommer ainsi, ne sont pas un gène ou une paire de gènes. En fait, il y en a plusieurs. Ils sont ainsi nommés, car ils jouent tous un rôle plutôt morbide dans l’organisme de ceux qui les portent. Chacun possède sa spécificité, et qui en connaîtrait le secret pourrait soit les rendre inactifs pour en prévenir l’effet délétère, ou encore les activer pour contourner la mort.

Plus gros, plus malade

Il existe un principe connu depuis les années 1970 : plus une espèce est massive, plus elle a de risque d’être malade. Autrement dit, plus un corps possède de cellules, plus il a de chance de contracter une pathologie due à des cellules défaillantes. Seulement les mammifères eux font fi de cette règle. Cette exception se nomme le paradoxe de Peto. Un humain a autant de risque de développer un cancer qu’une souris, par exemple.

Là où ce paradoxe devient intéressant par contre, c’est lorsque l’on se penche sur le cas des éléphants. Ces géants terrestres possèdent vingt paires de gènes zombies et ils sont tous actifs. Cela fait en sorte que l’immense pachyderme ne développe pas ou pratiquement pas de cancer. En comparaison, l’être humain possède une seule paire de ces gènes. Découverte attribuée à une étude menée par Vincent Lynch de l’Université de Chicago et publiée dans le magazine eLife.

Nous n’y sommes pas encore, mais un avenir où nous pourrions contrôler ces « zombies » serait un avenir dépourvu d’une panoplie de maladies. Et vu les pas de géant faits en génétique dans les dernières décennies, il n’est pas irréaliste d’y croire.

Pas si mal, une « tête de cochon », finalement

Un autre secret de ces gentils « morts vivants » est qu’une de leurs paires s’active après la mort de l’être qui l’occupe. Encore plus étonnant, elles atteignent le maximum de leurs activités plusieurs heures après le trépas de leurs hôtes et ce phénomène perdure jusqu’à plusieurs jours après le décès.

L’humain dans son éternelle perspicacité a cherché évidemment à exploiter cette faculté pour voir où cela les mènerait. C’est ainsi que Nenad Sestan de l’Université de Yale et son équipe ont réussi à réactiver le processus cellulaire de cerveaux de cochons morts depuis plus de quatre heures. Le scientifique, dans une humilité très responsable, précise cependant qu’il n’a pas pu établir avec certitude que les cerveaux étaient dans un état de conscience, mais seulement qu’ils présentaient bien une vie cellulaire. Cela reste un très grand pas et ouvre
des perspectives pour les nombreux cas de morts cérébrales ou de traumatismes crâniens sévères, par exemple.

Un crime en tête ? Pensez-y par deux fois

Comme certains criminels des années 1970 l’ont fait dans le passé en laissant des traces d’ADN ne pensant jamais que celles-ci les trahiraient, les gènes de la mort pourraient eux aussi trahir leurs porteurs. Effectivement, certains d’entre eux pourraient à terme, et même déjà dans certains cas à titre encore expérimental, révéler l’heure de la mort d’une personne à dix minutes près, mais en établissant aussi la cause exacte du décès. Ce dernier point, étant seulement ce que l’on connaît de leurs facultés jusqu’à présent, mais à ce point, qui sait ce
qu’ils pourraient mettre à jour dans le futur. Surtout que ces gènes deviennent d’autant plus abondants après la mort.

Vers quel futur ?

Maladies éradiquées, cerveaux ressuscités et révélations sur la mort du porteur, ces gènes semblent être le prochain pas en avant, après l’ADN. La reine des preuves se verra-t-elle relayée au « lointain » passé des années 1980 ? Les maladies reliées à l’ADN feront-elles bientôt partie du passé ? Les crimes irrésolus seront-ils encore d’actualité ? Voilà les questions qui se posent sur ces fameux gènes et seul le futur pourra nous donner les réponses. Une chose est sûre, nous commençons seulement à les découvrir, ces gènes et leurs immenses secrets.