Le 11 mars 1960 se tient la dernière mise à mort par pendaison au Québec à la prison de Bordeaux à Montréal. Ernest Côté, le pendu, déclare à quelques pas de la potence : « La société canadienne doit se débarrasser de la peine capitale. La peine de mort ne peut pas sérieusement et en toute honnêteté exercer un effet préventif contre le meurtre. » L’opinion déjà partagée par la communauté, la potence est vite envoyée aux oubliettes avec le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau en 1976. Impact Campus s’est rendu au Morrin Center pour entendre des histoires sur la peine capitale et comprendre les conditions d’incarcération.

Par Léonie Faucher, Rédactrice en chef

Morrin Center : vestige d’une prison

Au coeur du Vieux-Québec se trouve le Morrin Center, centre culturel anglophone. Le bâtiment, de 1812 à 1867, abritait la prison commune de Québec. Plus de 200 évasions plus tard, la prison ferme ses portes pour être convertie, en 1868, en la première institution d’enseignement supérieur anglophone : le Morrin College. Aujourd’hui, le centre héberge une bibliothèque et une grande salle de bal, et offre des visites guidées de ce qui reste de l’ancienne prison, visite à laquelle Impact Campus s’est prêté.

Les châtiments des prisonniers au 19e siècle

Le châtiment public le plus fréquent était le pilori sur lequel le prisonnier était attaché au niveau des poignets et du cou sur la place publique pour que la foule vienne lui lancer des tomates et des objets. Le prisonnier pouvait rester ainsi pendant deux semaines, même l’hiver. C’était également possible, toutefois moins fréquent, que la pendaison publique soit pratiquée en cas de remise de peine de mort.

Vers 1830, les punitions publiques diminuent, car la communauté trouvait le spectacle trop barbare. Spectacle, car des milliers de personnes se réunissaient devant la prison de Québec où la pendaison avait lieu. Pour l’événement, même les enfants avaient congé d’école. Ces démonstrations cherchaient à dissuader la population de commettre des crimes. L’effet produit était plus de l’ordre du sensationnalisme, puisque les habitants ne se comparaient pas aux criminels.

La peine de mort : la corde au cou avant la majorité

La peine capitale au 19e siècle était pratiquée pour des raisons de meurtre, de trahison (par exemple, les rébellions des patriotes) et l’escroquerie. Par escroquerie, on entend, par exemple, le vol dans les églises afin de revendre les objets sacrés religieux ou le vol de thé pour la revente également. Également, les exécutés servaient à faire avancer la médecine, car les corps étaient remis aux étudiants pour dissection.

Avant d’arriver sur la potence, le prisonnier peut faire un appel pour demander pardon. Un pardon qui n’est jamais accordé entièrement, et quand il l’était partiellement, cela menait à la déportation du prisonnier vers l’Australie. Le voyage en bateau étant trop long, alors la prison Kingston en Ontario a été construite vers 1850 pour y envoyer les détenus plus rapidement.

La peine de mort pouvait être appliquée à partir de quatorze ans, mais dès sept ans, un enfant avait l’autonomie judiciaire et pouvait donc être arrêté. Il était également très rare qu’une femme soit exécutée, ça ne s’est d’ailleurs jamais produit à la prison commune de Québec. Sur les 300 pendaisons de la province, seules huit impliquaient des femmes. »

Bien que la peine de mort ne fut abolie qu’en 1976 par le gouvernement canadien, dès 1869, les exécutions avaient lieu à l’intérieur des prisons et non devant public, raconte le guide du Morrin Center.

La mise à mort la plus célèbre

Pourtant, la pendaison qui a le plus marquée l’histoire québécoise est bien celle 
d’une femme : Marie-Josephte Corriveau. Née à Saint-Vallier en 1733, La Corriveau 
est condamnée à mort pour le meurtre de ses deux époux. La cage de fer est pendue 
à Pointe-Lévy en avril 1763 et son corps y est exposé pendant 40 jours. De cet 
événement, et surtout depuis la redécouverte de la cage en 1851 dans le cimetière 
de l’église Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy, plusieurs légendes en sont découlées. 
La cage de fer a été exposée au Musée de la civilisation jusqu’en septembre 
dernier. J’ai moi-même observé la terrifiante ferraille, exosquelette de la frêle 
Marie-Josephte Corriveau, qui faisait la taille d’une enfant de 13-14 ans 
aujourd’hui.
Le personnage oublié : bourreau

Les exécutions étaient manœuvrées par un personnage secondaire : le bourreau. Il s’occupait entre autres des mises à mort, des châtiments corporels et des mises au pilori des prisonniers. Sous le régime britannique, il était engagé par le shérif, qui utilisait une partie de ses fonds personnels pour payer le bourreau afin de s’éviter de prodiguer lui-même les châtiments. Le bourreau restait à l’écart de la société, car il était doublement marginalisé. En effet, il était souvent noir ou anglophone dans une société majoritairement blanche et francophone. La justice corporelle, sujet de débat, était affligée par une personne elle-même discriminée par la population.