Dans nos sociétés occidentales où le consumérisme est encouragé dans tous les aspects de nos vies sociales nous avons tous notre idée de ce qu’est la réussite. L’expression du rêve américain devrait plutôt être remplacée par le rêve occidental. Pourtant, les antidépresseurs demeurent dans les médicaments les plus vendus au monde. Le bien-être serait-il un standard de réussite ou simplement un état psychologique que chaque personne a le pouvoir d’atteindre? L’Impact Campus étudie la question pour vous.

Par Jimmy Lajoie-Boucher, journaliste collaborateur

Dans un quartier de Lévis, que l’on ne situera pas par souci de confidentialité, je regarde une maison. Belle grosse maison, cossue, plusieurs étages, piscine, grande cours, terrasse avec pergola, etc. Vous voyez le genre. Un couple, deux beaux enfants très bien élevés, il y a même la belle petite haie. Tout le kit. Et il y a moi. Retour à la maison familiale pour cause d’études universitaire dans le début de la trentaine. Je vis dans une belle maison, le fait n’est pas là, mais après 12 ans d’autonomie, je redeviens le p’tit gars qui a besoin de ses parents pour ses études. Ma situation est particulière, ma mère travaille dans le nord alors je suis seul les trois-quarts du temps. Mais on s’entend que ce n’est pas l’idéal de la « réussite » pour un jeune trentenaire. J’aimerais bien mieux procéder à l’achat de mon premier condo, commencer une relation voire même peut-être une famille, à tout le moins avoir un chien, mais non!

Et pourtant…

Je regarde souvent le couple dans la belle maison, et oui, ils sont dans mon entourage, c’est la seule précision que vous aurez. Ils ont l’air exténué, mais comprenez-moi bien là, EXTÉNUÉ! Leurs enfants semblent très bien traités, ils les envoient souvent jouer dehors sous un ton « militaire », bien que l’on sente un certain flegmatisme, un certain contrôle dans leurs émotions. Des fois, lorsqu’il y a chicane d’enfants on entend la porte patio ouvrir, et un »c’est fini la chicane là! Sinon c’est fini tout le monde dans la maison et pas de jeux ». Il me semble que ce que cette famille dégage, n’est pas le confort douillet que leur décor nous renvoi. Et pourtant, moi de mon côté qui recommence tout, bien que je sois plus en fin de baccalauréat qu’au début, je ne me suis jamais senti aussi épanoui. Je me sens de plus en plus sur mon « X », j’ai l’impression de m’accomplir, de me diriger vers une réussite personnelle. En bref, je suis bien. Je crois avoir atteint un certain bien-être. Qu’est-ce que moi j’ai et pas eux, ce devrait pourtant être l’inverse, et ne me dites pas que je n’ai pas de dettes, je n’ai peut-être pas d’hypothèque, mais des dettes,
j’en ai !!!

Le but atteint

Le cas de cette famille n’est pas unique, loin de là. Les Québécois sont de ceux qui consomment le plus d’antidépresseurs au Canada! La peur que ça engendre chez moi c’est lorsque j’aurai atteint l’idéal occidentale moi aussi, que j’aurai ma carrière dans mon domaine avec ma maison et ainsi de suite, estce que moi aussi je vais me lasser? Vais-je descendre de mon nuage et m’habituer à ma situation? Prendre pour acquis mes réussites au point de ne plus les apprécier?

Alors on l’atteint comment ce fameux bien-être perpétuel

Selon la plupart des psychologues, le bien-être ou le bonheur pour le dire plus simplement, est un équilibre entre le corps l’esprit et ce qui l’entoure. Bref un équilibre holistique de l’humain et ses « composantes». Je veux bien, mais il semble manquer un aspect. Loin de moi l’idée de m’improviser psychologue, mais qu’en est-il du besoin de se surpasser? De relever des défis, d’avoir des buts, des rêves? Parce que la seule chose qu’il me semble avoir de plus que ma fameuse « famille modèle », c’est ça! Non je n’ai pas de grosse maison, de gros pick-up ou de famille pour l’instant. Cependant, des buts, des objectifs, des projets et surtout des rêves j’en déborde et c’est eux qui font naître en moi un élément qui me semble non négligeable… l’espoir! L’espoir c’est elle qui me pousse à me lever le matin, qui m’encourage à continuer lorsque j’ai une passe plus moche disons, c’est elle qui me relève lorsque je tombe.

L’espoir et c’est tout ??

Mais non !! Je crois aussi que le bonheur s’atteint par un ensemble d’éléments de notre être. Sans réussite de temps en temps et sans but atteint, sans récompense pour un effort donné, l’espoir s’amenuise. Seulement personnellement, je crois que le bonheur c’est plus qu’un thé vert le matin, une séance de méditation, une grosse maison et une famille! Quand ce magnifique but est atteint, magnifique pour la plupart disons, il me semble qu’il est important de continuer à avancer. Pourquoi se restreindre à un stéréotype! Visons notre stéréotype et quand il est atteint sortons de notre zone de confort et fonçons vers de nouveaux horizons! N’est-ce pas excitant d’envisager la chose ainsi. Pour moi du moins, juste d’y penser je me sens déjà plus libre et moins enfermé dans un modèle!

 

Quelques statistiques

Pour étayer un peu ce qui a été dit plus haut, un sondage pan canadien de statistiques Canada sur la satisfaction à l’égard de la vie a été fait dans les régions métropolitaines de recensement (RMR), et les 58 régions économiques (RE). La première sans considérer le niveau de vie ou situation sociale et le second en prenant compte la situation sociale. Dans les 33 RMR du Canada, la satisfaction à l’égard de la vie se situe entre 7,8 et 8,2. Dans les RE, elle est comparable et se situe entre 7,8 et 8,0. 0 étant très insatisfait et 10, le maximum, étant très satisfait. Lorsque l’étude s’est penchée sur les personnes mariées, divorcées ou séparées, 59% des répondant dans les RMR et dans les RE confondues avaient la même cote de satisfaction de la vie peu importe leur situation matrimoniale. Ce qui a d’ailleurs soulevé la question sur les causes qui amène les gens à être satisfait de leur vie.