Désapprobation, manifestation, opposition, autant de synonymes pour imager le besoin de protestation. Cependant, avant d’être exprimé au niveau social, ce besoin est d’abord intrinsèque chez l’être humain. S’agit-il d’un comportement inné ou d’une construction sociale ?

Par Jimmy Lajoie-Boucher, journaliste collaborateur

Qui n’a jamais vu un enfant exprimer sa colère pour obtenir quelque chose au magasin, et même qui ne se rappelle pas soi-même s’être opposé à ses parents lors de l’adolescence ? Seulement quand et comment le lien se fait-il entre exprimer ses doléances, et l’obtention du but souhaité ? On pourrait croire lorsque l’on s’y arrête, que ce comportement va de soi avec l’humain que nous sommes. Lorsqu’un bébé de quelques mois hurle pour obtenir quelque chose, on pourrait être porté à dire qu’il s’agit d’un comportement inné, mais comme l’humain n’est pas fait en deux morceaux, son esprit est tout aussi complexe.

En s’informant sur le développement de l’humain, on comprend d’abord que la protestation n’est qu’un
moyen pour un bébé de se faire comprendre. Pour obtenir son but ou pour faire comprendre des éléments
aussi simples que « j’ai faim » ou « je n’ai pas faim », l’enfant se doit d’adopter une attitude d’acceptation
ou de protestation. La raison est fort simple : il n’a pas les mots pour exprimer ses désirs ou ses réprobations.

Lorsque l’inné se mêle à la construction sociale

En vieillissant, chacun développe ses valeurs et ses attentes face au monde dans lequel il vit. Il y a toutefois certaines constantes observées. Dans l’œuvre référentiel « Psychologie du développement humain », les docteures Papalia, Olds et Felman parlent d’expériences normatives liées à une génération. Pour simplifier, elles expliquent que pour des individus nés à une même époque, à peu près aux mêmes endroits ayant eu approximativement les mêmes expériences, le développement des attentes sociales sera semblable. Par exemple, les générations nées durant la grande dépression de 1929 ou durant la Seconde Guerre mondiale, ont été grandement marquées par ces événements, et ont développé une grande interdépendance sociale. Le même phénomène peut s’expliquer pour les générations suivantes qui ont chacunes leurs expériences normatives liées à leurs générations.

En somme, les courants protestataires sont donc grandement influencés par l’environnement social dans lequel chaque personne évolue. Seulement si chaque génération développe les mêmes attentes sociales, il n’y aurait pour ainsi dire aucune protestation, car tous œuvreraient dans un même sens. Si tel n’est pas le cas, c’est que plusieurs autres facteurs viennent s’y greffer. Entre autres la culture, mais les différences de valeurs se démarquent d’autant plus dans les expériences personnelles de chaque individu. Par exemple, toujours d’après l’œuvre de Papalia, Olds et Felman, un événement marquant à un âge inhabituel va forger chez un individu un caractère et des attentes sociales différentes que chez les autres individus de sa génération. Un enfant évoluant dans un milieu monoparental ouvrier n’aura certes pas les mêmes valeurs et attentes sociales qu’un autre ayant grandi dans une famille unie de la bourgeoisie.

Ce qui mène à l’engagement

Ainsi, la protestation est d’abord un comportement inné pour répondre à un besoin, et au fil du temps les
diverses influences sociales qui entourent une personne vont forger son caractère. Ce n’est qu’une fois que tous ces éléments sont réunis qu’un individu se mêle à un groupe, participe à diverses manifestations, ou va simplement protester face à ce qui lui apparaît comme une injustice. La protestation est donc la jonction entre un comportement inné et la construction sociale auquel un être humain fait face au cours de sa vie.