Alain Vigneault est un psychologue sportif œuvrant dans la région de Québec depuis plus de 20 ans. M. Vigneault et son équipe se spécialisent dans deux champs d’expertise particuliers : la préparation mentale et la réinsertion sociale. Impact Campus s’intéresse à un domaine relativement méconnu et tente d’en apprendre plus sur le fonctionnement de cette science qui prend de plus en plus d’ampleur.

Impact Campus : En quoi consiste le travail d’un psychologue sportif ?

Alain Vigneault : L’intervenant en psychologie du sport peut intervenir en entretien individuel. Travailler sur des thèmes précis relatifs à la performance de l’athlète ou de tout autre problème personnel. L’entretien individuel, évidemment, peut être successif, dans une continuation. Cependant, l’intervenant doit aussi s’adapter avec le train de vie de l’athlète qui n’est pas toujours dans le même état d’esprit.

Il y a aussi des rencontres d’équipe. Soit sur des thèmes particuliers sous forme d’atelier, ou soit sur le terrain directement. Comme hier au soir, j’étais avec une équipe de volleyball durant leur pratique et j’intervenais. Durant les pratiques et les entrainements, il m’arrive de prescrire des habiletés mentales à entrainer, ou je peux réagir à ce que je vois.

Ensuite, il y a des conférences sur mesure. Par exemple, ce matin, j’ai reçu une demande de la part d’une équipe de ski qui veut que je discute avec les skieurs, les parents et les entraineurs sur un thème relatif à la préparation mentale.

Il arrive que certains préparateurs mentaux soient engagés à temps plein et rejoigne les rangs d’une équipe lors de grands évènements que ce soit les Jeux olympiques (comme ce fut mon cas), la coupe du monde, la Coupe Grey, le Superbowl, etc.

I.C. : Est-ce que les méthodes d’accompagnement sont différentes selon le sport ?

A.V. : Oui, tu abordes un point quand même complexe que l’on appelle les sous-cultures sportives. Chaque sport possède ses propres sous-cultures. Il y a deux écoles de pensée qui se distinguent chez les psychologues sportifs. Il y en a qui pensent que chaque préparateur mental doit absolument connaitre la sous-culture du sport – je ne partage pas cette opinion-là. Selon ma vision, étant donné que l’intervention en préparation mentale se fait entre deux experts, moi qui suis l’expert de mes trucs et l’athlète qui est l’expert de sa vie, de son sport.

Je m’en remets beaucoup à l’athlète pour qu’il m’apprenne au fur et à mesure la sous-culture de son sport et surtout ses parties à lui. Tous les joueurs de football ne sont pas pareils, un quart-arrière ne pense pas de la même façon qu’un demi-inséré ou qu’un bloqueur. J’essaie de ne pas tomber dans les généralisations.

Donc oui, il y a des choses à connaitre, car travailler avec un joueur de volleyball, c’est pas la même chose qu’avec quelqu’un qui fait de l’escrime. Je dois connaitre un peu le sport, mais c’est à travers l’athlète que j’en apprends le plus sur lui et sur sa passion.

I.C. : Comment se déroule le processus lors d’une intervention ? Est-ce un processus scientifique ou un peu plus psychologique ?

A.V. : Les trucs un peu plus scientifiques comme leBioneurofeedback et le programme d’entraînement perceptivo-cognitif Neurotracker ne sont pas nécessaires. Ce ne sont pas tous les psychologues sportifs qui s’en servent. Moi, je les utilise, parce que j’ai décidé de m’équiper. Ce qui est scientifique dans l’approche, c’est la façon dont tu vas tenir l’entretien et toutes les approches qui seront utilisées. Chaque préparateur mental a sa façon de faire et a sa formation. Il y a des préparateurs mentaux qui ont un parcours atypique et qui sont très intuitifs.

Je dirais que je suis un hybride, j’ai un baccalauréat et une maitrise, j’ai des formations en psychologie clinique et psycho énergétique. La manière dont je vais aborder mon approche avec l’athlète dépend d’une multitude de facteurs. Est-ce que je vais privilégier l’hypnose ? Est-ce que je travaille en reflet ? En langage hypnotique ? Mon coffre à outils me permet de tenter plusieurs approches différentes.

I.C. : Pensez-vous que la psychologie sportive est une alternative beaucoup plus envisagée qu’auparavant ?

A.V. : Oui, définitivement. Je te dirais que l’on voit apparaitre de plus en plus d’intervenants et d’équipes qui s’intéressent au positionnement des psychologues ou des préparateurs mentaux dans l’équipe intégrée autour de l’athlète.

Je ne pourrais pas avancer avec certitude que le rythme est rapide, mais on voit au fil des années qu’il y a de plus en plus de gens qui s’intéressent à cette science du sport. Moi, mon bureau il est plein. Dans mon bureau, il y a 16 préparateurs qui roulent eux aussi à temps plein.

I.C. : Pour terminer, est-ce qu’il y a un point que nous n’avons pas abordé et que vous trouvez pertinent de faire parvenir à nos lecteurs ?

A.V. : La préparation mentale, ce n’est pas une baguette magique. Il faut que les gens comprennent que ce n’est qu’un des quatre piliers de la performance (l’entrainement tactique, technique, physique et psychologique). On ne veut pas que les gens qui viennent nous voir viennent seulement pour des trucs. Notre travail, c’est d’aider la personne à faire ses propres recherches et de trouver ses propres ressources. Par la suite, le psychologue sportif peut enseigner des stratégies au besoin. Mais les deux conditions de succès en préparation mentale, c’est de, un, s’entrainer mentalement de façon consciente et structurée, deux, de ne pas avoir d’attentes. On ne dit pas de ne pas avoir d’objectifs, mais de n’avoir aucune attente de miracle. La préparation mentale doit être traitée au même titre que la préparation physique, tactique et technique.

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Martin Laperrière est entraineur adjoint dans la ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) chez les Remparts de Québec. M. Laperrière est de retour avec la formation de la capitale nationale pour une 12e saison. Ancien joueur de la Ligue centrale de hockey junior A et du RSEQ il a dû accrocher ses patins très tôt en raison de blessures persistantes. Il s’est donc tourné vers le coaching graduant les échelons rapidement. Ce dernier fut témoin de nombreux changements survenus dans les techniques d’entrainement et l’évolution de l’aspect psychologique au sein d’une équipe sportive. Impact Campus plonge dans l’univers fascinant du hockey junior québécois.

Impact Campus : Selon vous, au fil du temps, qu’est-ce qui a le plus changé dans votre méthode d’enseignement ?

Martin Lapierre : Beaucoup de choses ont changé, surtout au niveau technologique. On est loin des casettes vhs floues qui marchaient plus ou moins bien. De nos jours, avec les salles vidéo et les médias sociaux on peut communiquer en permanence avec nos joueurs et de façon beaucoup plus efficace.

Aussi, on enseigne différemment selon le type de joueur que l’on a, chaque joueur est traité de façon individuelle. Comparativement à il y a 20 ans, les échanges avec les jeunes doivent être constructifs, surtout lorsque l’on donne des conseils. Avant, on mettait l’emphase sur go go go et ce que le jeune pensait, c’était pas vraiment important en autant que l’effort y était – désormais, il faut prendre une approche humaine et diplomate avec les joueurs pour les faire fonctionner. Les besoins du jeune doivent être répondus.

Il faut considérer plusieurs facteurs qui influencent les jeunes d’aujourd’hui. Ils sont plus aptes à décrocher, ils sont moins rêveurs qu’il y a 20 ans. Les jeunes ont plus de distractions autres que le hockey. C’est un défi constant de les garder motivés et à un niveau d’intensité élevé. L’entraineur doit donc bien gérer les distractions.

Finalement, la plus grande évolution qu’il y a eu au niveau des méthodes d’entrainements, c’est définitivement l’encadrement hors glace et hors- saison des joueurs.

I.C. : Est-ce que vous sentez que les besoins psychologiques des joueurs sont une priorité pour l’équipe ?

M.L : Pour notre équipe, oui. On a à notre disposition des spécialistes qui peuvent aider les athlètes. La ligue de hockey junior majeur du Québec fait de gros efforts pour soutenir ses joueurs. Il y a une ligne téléphonique confidentielle pour répondre à toutes sortes de problèmes ; alcool, drogues, jeux.

Les Remparts ont accès à une panoplie de professionnels qui peuvent aider les jeunes tant au niveau des blessures qu’au niveau des problèmes psychologiques.

Nous aussi, en tant qu’entraîneur, il nous arrive de consulter [les ressources] question d’ajuster notre façon de coacher.

I.C. : Avez-vous déjà fait affaire avec un psychologue sportif ? Si oui quelle a été votre expérience ?

M.L : Oui, absolument. Pour aider des joueurs et de la façon de leur parler. Il y a différents colocs mis à notre disposition que j’essaie de participer le plus souvent possible sur comment approcher les jeunes et commentdealer avec leur problème. Justement, on vient d’avoir une formation sur la prévention du suicide et les signes à reconnaitre. Je fais affaire avec les professionnels aussi pour mieux encadrer mes joueurs.

I.C. : Selon votre expérience, est-ce que les jeunes sont à l’aise de parler de leurs problèmes personnels avec leur entraineur ou ils préfèrent trouver d’autres personnes-ressources ?

M.L : C’est un mix des deux. Il y’a beaucoup de joueur qui lorsqu’ils ne vont pas bien (ça parait), ne nous laissent aucun autre choix que d’aller leur parler. On va faire une approche directe et individuelle. On le met à l’écart et on lui parle. Si on voit que l’on ne possède pas l’expertise ou la connaissance pour régler son problème, on va le référer à un professionnel. Ça arrive quand même souvent que les jeunes viennent nous voir pour nous parler de ce qui ne va pas. Ça peut être aussi banal qu’une peine d’amour ou le décès de son chien. En tant qu’entraîneur, on veut être en contact constant avec nos joueurs et leur faire comprendre que notre porte est toujours ouverte, peu importe la gravité du problème.

I.C. : Comment gérez-vous les problèmes des joueurs au cas par cas ? Est-ce que la confidentialité est primordiale pour le bon fonctionnement de l’équipe ?

M.L : Il y a certaines situations où le problème du jeune peut servir de motivation au reste de l’équipe. Exemple : un élève en voie d’échec qui se reprend en main et qui réussit sa session peut motiver les autres joueurs. Cependant, il y a des cas plus délicats et plus personnels qu’on va garder confidentiels. Si un jeune vient me parler d’un problème, j’ai pas le choix d’en parler à mon supérieur [Patrick Roy]. L’organisation prend ensuite la décision de la direction qu’on prend en tant qu’équipe. Est-ce qu’on garde ça mort ? Qui a le droit de savoir ? À qui réfère-t-on le jeune ?