Preuve qu’il n’y a pas que les auteurs du Bye Bye qui aient occulté de grands dossiers politiques de l’année 2008, nous avons allègrement, que dis-je! porcinement mangé lors des vacances de Noël. Alors que la surconsommation du temps des fêtes est de plus en plus dénoncée et qu’il est de bon ton d’offrir des cadeaux écologiques, Noël reste un moment où l’on jette notre bonne conscience sociale à la poubelle avec les croûtes des sandwiches.

Étourdis par l’odeur envahissante des tourtières, nous avons oublié que 2008 a été l’année où la précarité de la sécurité alimentaire mondiale s’est révélée au grand public, par le biais d’une crise alimentaire qui ne peut que s’aggraver avec les sursauts actuels de la bourse. Mais, au-delà de cette période d’urgence, l’accroissement de la population et le développement dans certains pays en émergence, qui en sont l’une des multiples causes, continueront de mettre de la pression sur la production agricole mondiale.

L’Inde et la Chine sont deux pays où la hausse du niveau de vie fait non seulement craindre pour l’effet de serre, mais aussi en ce qui a trait à la demande de blé. L’histoire montre que l’élévation du niveau de vie va de pair avec une augmentation de la consommation de produits laitiers, de fruits et légumes mais aussi, de viande, ce qui implique une demande accrue de céréales pour nourrir les animaux.

Cette idée, que d’aucuns considèrent ethnocentrique, découle en fait de l’impérialisme culturel nord-américain : on n’exporte pas des McDos sans bœuf… De ce fait, la demande pour les ressources alimentaires est toujours plus grande et l’offre ne peut pas suivre indéfiniment. On a beau tabler sur la technologie pour améliorer le rendement, la vérité est que si notre époque pouvait se caractériser en un mot, ce serait : accumulation (ou excès?), et qu’en matière de bouffe, ça ne peut plus continuer.

Les Nord-Américains sont des champions en surconsommation de nourriture. Pas seulement à Noël, mais aussi à longueur d’année, dans les restaurants, qui jettent assez de restes pour nourrir des armées, ou encore engraissent les hommes fortunés (comme le montre une récente étude), qui mettent un poids supplémentaire sur le réseau de santé. Mais il s’agit d’une autre question – certes, manger concerne notre santé, mais de plus en plus, nous devons prendre conscience qu’il s’agit aussi d’un geste politique. Des sushis, c’est plein d’oméga-3, mais ça vide les mers du thon rouge.

En ce début d’année, il n’en tient qu’à nous de résister à la suralimentation; et pas seulement pour perdre les kilos pris à Noël… Les consommateurs sont une force indiscutable dans ce domaine, ayant la capacité d’être beaucoup plus efficaces que les gouvernements des pays occidentaux, dont l’appui aux pays en voie de développement pour lutter contre la faim n’a jamais été suffisant. Actuellement, 923 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde, selon l’ONU.

Certaines actions sont à notre portée pour changer les choses. Le végétarisme –total ou partiel– peut être considéré comme une initiative individuelle efficace pour favoriser une meilleure distribution des ressources alimentaires mondiales, car il permet de tirer les calories de leur source initiale, les végétaux, sans perte d’énergie entre les différents niveaux de la chaîne alimentaire. Également, faire son propre jardin est une manière d’accroître son autosuffisance et de consommer moins d’exportation. Les oranges à Noël, c’est out!

Enfin, l’horoscope chinois aura beau dire, je vous souhaite une joyeuse année 2009, sans bœuf!