Devant l’interdiction de se réunir et la fermeture des lieux de diffusions, les artistes et les organismes culturels n’ont d’autre choix que de réorienter leurs activités, de les faire passer du présentiel au virtuel. Au même titre que les cours à l’Université Laval, qui sont maintenant à distance, les spectacles, les lectures publiques, les galas, bref tous les événements passent au mode numérique.

Par Jessica Dufour, journaliste collaboratrice

Migration des contenus
Depuis le début du confinement, plusieurs initiatives en ligne sont nées et leur nombre ne fait qu’augmenter. Les musiciens, les artistes visuels et les écrivains se lancent dans les projets les plus divers. Soudainement inspirés ou restreints par le confinement, ils se tournent vers ce qu’ils savent faire de mieux : la création. Dans l’incapacité de diffuser leur contenu de façon traditionnelle, ils adoptent alors des méthodes alternatives qui changent petit à petit notre façon de consommer l’art.

La situation d’urgence sanitaire a définitivement accéléré le processus de migration des contenus en ligne. L’art numérique était déjà d’actualité depuis un moment, même si plusieurs diffuseurs appréhendaient le défi de rejoindre leur public dans la marée du contenu disponible. Des bibliothèques et des musées offrent maintenant l’accès gratuit à leurs banques d’œuvres numérique, des artistes de tous les horizons partagent leur création – encore plus que d’habitude – via leurs comptes personnels ou professionnels sur les réseaux sociaux et les organismes culturels rivalisent d’imagination afin de relever les défis de logistique.

Plus que jamais, Facebook, Twitter et Instagram sont au cœur des interactions sociales. Ces réseaux sont devenus, s’ils ne l’étaient pas déjà, la plaque tournante de l’activité humaine. C’est le moyen le plus simple et le plus efficace de rejoindre un maximum de personnes. Les organisateurs d’événements se tournent donc vers des outils comme la captation en direct, les mots-clics, le tweet, la page ou l’événement Facebook et le compte Instagram pour relayer l’information et offrir des performances dont l’accès est gratuit, ou financé par contribution volontaire, via PayPal par exemple.

Certes, avec ses contraintes, le web n’équivaut pas tout à fait aux spectacles en présentiel. La qualité du son et de l’image s’en trouve magistralement réduite et l’ambiance n’est pas des plus extraordinaires : il faut arriver à oublier qu’on est en robe de chambre sur son divan. Ce nouveau mode de diffusion présente toutefois un avantage : l’abattement des frontières, de la distance et l’élargissement du public. En effet, si l’événement avait lieu à un endroit spécifique, beaucoup moins de gens pourraient y assister. Maintenant, nul besoin de se rendre présentable, ni de sortir de chez soi. Pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour laisser la poésie – au sens large – nous rejoindre dans le confort de notre salon ?

Initiatives culturelles
La poésie partout continue de recenser les événements. Littérature québécoise mobile s’y est mise aussi. Parmi les événements qui ont déjà eu lieu, notons le gala de l’Académie de la vie littéraire, organisé et animé par Catherine Cormier- Larose et Mathieu Arsenault, diffusé en direct sur YouTube le 18 mars. Le collectif RAMEN n’a pas non plus renoncé à sa soirée mensuelle, qui normalement, se déroule à la librairie Saint-Jean Baptiste. Puisque le Mois de la poésie fait lui aussi face à cet obstacle majeur qu’est le confinement, il s’est offert pour héberger l’événement sur sa page Facebook. Plus de vingt personnes ont participé au micro ouvert, proposant des textes, des collages et des vidéos dans les commentaires sous l’onglet « discussion » de l’événement Facebook qui avait été créé pour l’occasion. Le Mois de la poésie présentait le lendemain son propre événement : Hygiène, un montage de vidéos réunissant tous les auteur.es qui devaient participer à la programmation normale. Au sommet de son achalandage, plus de deux cents personnes ont visionné, réagi et interagi avec le contenu grâce au clavardage et aux émoticônes. Michael Gagnon, dj et membre fondateur du groupe Spacemak3r est aussi très actif le soir en direct de sa page. Les 20 et 21 mars, il a offert à ses fans et amis deux dj set. Le deuxième présentait exclusivement les chansons de son groupe de métal clownesque.

De plus, de nombreux phénomènes littéraires sont récemment apparus et auront cours pendant les semaines à venir, notamment les #30joursdecourtes organisés par le Festival Tout’ tout court, le #CovidPoème sur tous les réseaux sociaux ainsi que Corona culture sur Instagram. Les p’tites nuits de la poésie sont tenues par l’inébranlable Mois de la poésie, En fin de conte par Francis Ouellet et Poésie pour gens pressés sont des haikus mis en musique par Renaud Paradis.

L’art est un lieu communautaire
Un véritable élan de solidarité est en train de naître, toutes disciplines confondues. L’art devient un moyen de briser la solitude, de combattre l’ennui. Les réseaux sociaux permettent de contourner la distanciation sociale en toute sécurité. Des messages d’encouragement, des incitations à l’amour et au partage défilent un peu partout sur la toile. Des organismes comme la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) prennent des mesures spéciales. Elle propose, entre autres, sur son site internet de « devancer les versements des subventions dans certains de ses programmes ». Les artistes se soutiennent aussi entre eux et font appel au public afin d’obtenir un peu d’aide financière pour amortir les coûts de tous les spectacles et ateliers qui n’auront pas lieu et qui leur servaient de gagne-pain.

Plusieurs autres événements sont en train de se préparer. Restez à l’affût et faites le plein de culture en ces jours d’incertitude. C’est peut-être le moment de prendre une pause du train-train quotidien pour se faire du bien et remettre de l’ordre dans nos priorités.