Depuis un peu plus de deux semaines, le monde vit au rythme de la propagation du virus de la grippe A (H1N1), ou grippe porcine, ou grippe mexicaine. Partie du Mexique, l’influenza s’est installée dans une trentaine de pays pour contaminer plus de 4000 personnes et en tuer 53. Ainsi, les médias se déchaînent littéralement en criant à l’état d’urgence et en poussant la population à un catastrophisme calculé et malvenu. Serions-nous encore manipulés ?

Comme souvent lors de ce genre de crise, dont l’origine est difficilement explicable, certains adeptes de la théorie du complot s’en donnent à cœur joie pour exprimer leur pire crainte face à notre société gangrénée par les élites. Et Impact Campus n’y a pas échappé, puisqu’au cours de l’année scolaire 2008-2009, notre journal aura été un support médiatique de choix pour les défenseurs des conspirations les plus folles. L’invasion de l’administration américaine par les Illuminati et les doutes quant à l’identité des initiateurs des attentats du 11-Septembre sont deux exemples de manigances sur lesquelles nos lecteurs ont le plus disserté et qui prouvent la résurgence du mouvement «conspirationniste». Très pratiquée lors de la Guerre froide, que ce soit dans l’Ouest ou dans l’Est, la théorie du complot a permis aux États de conserver leurs concitoyens dans une certaine ignorance des réelles velléités de chacun des protagonistes. Malgré la fin de cette guerre des nerfs, et avec l’avènement d’Internet, la pratique s’est totalement démocratisée et les rumeurs les plus tordues circulent à la vitesse de l’éclair d’un bout à l’autre de la planète.

Dans le cas de la pandémie de grippe A, on assiste à un déchainement d’accusations de coups montés assez étonnants et même très peu croyables. Tout d’abord, selon des sources très peu sûres, la grippe aurait été créée de toutes pièces en laboratoire sur ordre des gouvernements occidentaux pour permettre à ces derniers de focaliser l’attention de l’opinion publique sur autre chose que la crise financière, mais aussi afin de limiter l’accroissement de la population mondiale. D’autres affirment que ce virus était en fait une arme bactériologique visant à éliminer Barack Obama lors de sa visite au Mexique à la mi-avril. L’argument économique est aussi avancé, puisqu’il paraîtrait que ce sont les compagnies pharmaceutiques qui seraient à l’origine de la pandémie, avec comme objectifs sous-jacents l’écoulement des stocks de vaccins anti-viraux et la vente de nouveaux sérums développés depuis peu.

Les médias à la source
L’une des origines de cette folie conspiratrice est sans nul doute les médias. En effet, ils se sont littéralement jetés sur la nouvelle de la pandémie, créant un climat de panique dans les pays où des cas de grippe étaient découverts. De titres sensationnalistes en intervention catastrophiste, les pires craintes ont été véhiculées par une presse en délire, trop heureuse de traiter d’autre chose que de la crise financière. Chaque point de presse de l’Organisation mondiale de la santé est une raison supplémentaire pour maintenir un climat de peur dans la population. Aux États-Unis, le virus A tombe à point nommé pour les firmes télévisuelles, puisque depuis le 23 avril et jusqu’au 20 mai, la célèbre firme Nielsen Media Research procède à l’une de ses mesures annuelles de cotes d’écoute. Ainsi, on imagine bien que les chaînes américaines en ont un peu rajouté pour gonfler leur audimat.

La théorie du complot permet aux citoyens de tenter de comprendre une société complexe dans laquelle il est difficile de délier le vrai du faux. Face à cet insurmontable démêlage, certains préfèrent inventer un fonctionnement onirique, simpliste et plus intelligible à notre monde. Ces rumeurs sont du pain béni pour les médias, profitant de l’aubaine pour exagérer l’information et, par conséquent, attirer l’attention du public. Mais en fait, nous disent-ils vraiment la vérité?