Si on a dit de la crise financière qu’elle éclipserait la crise alimentaire, il existe une autre crise planétaire (de notre monde en état d’urgence permanent) qui risque d’écoper : celle de l’environnement. Parce que les mesures vertes demandent souvent des ressources financières, actuellement mobilisées à sauver les économies. (À moins que nous nous mettions tous à la décroissance pour cause de récession, ce qui ne serait pas une mauvaise solution.)

L’Université Laval en sait quelque chose. Les deux plus grands projets environnementaux qui lui seraient bénéfiques au plan des transports demandent, pour leur lancement, des sommes faramineuses : ce sont la piste cyclable reliant le centre-ville à l’Université par le boulevard René-Lévesque et le fameux laissez-passer universel, qui permettrait à tous les étudiants lavallois de prendre le bus gratuitement. Alors que les coûts du premier explosent pour atteindre les 5 M$, le second se perd dans les chiffres et dans les nuages.

L’Université n’a jamais voulu investir autre chose dans la U-Pass que de la bonne volonté, bien qu’elle soit théoriquement en faveur du projet. Le paradoxe qui émane de la bouche d’Éric Bauce, le vice-recteur exécutif et au développement, est éloquent : le développement durable est selon lui un «investissement», mais le laissez-passer universel reste «hypothétique» car il exige de trop grandes ressources financières. Cherchez l’erreur.

Il semble pourtant que cette entreprise écologique aurait aussi des bienfaits financiers, puisqu’il s’agit d’une arme de recrutement massif. Ne connaît-on pas l’Université de Sherbrooke d’abord pour son laissez-passer universel? Mais, en environnement comme en culture, il faut dépasser les arguments à la mode : toute chose n’est pas bonne économiquement, certaines ont des valeurs en elles-mêmes. Dans le bilan du carbone produit par l’Université qui est actuellement en cours d’élaboration, les allers-retours des 38 000 étudiants sur le campus doivent avoir un poids considérable. La U-Pass serait donc un moyen efficace de réduire notre empreinte écologique.

D’un autre côté, il est clair que le danger de rouler à vélo sur René-Lévesque rebute actuellement nombre d’étudiants qui deviendraient cyclistes en ayant à leur disposition les structures appropriées. Si l’Université est sur le coup, elle doit s’assurer que les dépassements de coûts et les pressions des commerçants du quartier Montcalm n’empêcheront pas le projet de se faire alors que la Ville y travaille activement. Si le recteur peut se mobiliser pour un train Québec-Windsor, il est certainement capable de mettre tout son poids politique dans une piste cyclable centre-ville-Université!

À l’heure où l’Université Laval vient d’adopter une politique institutionnelle de développement durable qui doit guider son action, entre autres à l’échelle environnementale, il faut se demander si les contraintes financières ne briseront pas le leadership de l’institution en cette matière (politiquement recyclable). En temps de sous-financement des universités et de crise financière, même les «premières priorités» tel que les étudiants étrangers subissent des coups durs (comme une hausse des frais de scolarité de 10%, dont la moitié seulement sera redistribuée en services). En sera-t-il de même de l’environnement?

Car la politique environnementale adoptée, si elle pose un cadre pour guider les actions de l’Université, n’est pas un gage d’actions concrètes. Elle devra être suivie par des objectifs clairs et mesurables, ainsi que par des mesures grandes et petites pour verdir l’université : interdiction du styromousse, obligation de présenter des travaux imprimés recto-verso, embauche de personnel supplémentaire affecté à l’environnement, mais aussi… investissement dans les transports collectifs. Actuellement, 2 M$ étalés sur cinq ans sont consacrés à un Fonds du développement durable auquel peuvent aspirer des membres de la communauté pour réaliser leurs projets environnementaux.

À quand l’université sans ma voiture?