Novembre, c’est décembre sans les bénéfices marginaux. À ce temps-ci de l’année, plusieurs étudiants, cherchant à fuir la déprime pré-Noël du capitalisme de centre d’achat, commencent à préparer un stage de coopération internationale pour le lointain été. C’est un rêve de longue date pour certains, un passage obligé des études pour d’autres, qui veulent se lancer dans les relations internationales. Quoi qu’il en soit, ce sera pour plusieurs une expérience marquante qui redirigera leur choix de carrière.

Le gouvernement du Québec nous encourage à faire de telles expériences grâce au programme Québec sans frontières (QSF), avec lequel 400 jeunes de 18 à 35 ans s’initient à la coopération chaque année. Ils travaillent pendant trois mois avec des organismes de solidarité internationale québécois qui poursuivent des projets avec des partenaires locaux dans les pays en voie de développement (PVD).

En mai prochain, les 400 stagiaires apprivoiseront une autre culture, parfois une autre langue; ils découvriront la vitalité de l’action communautaire dans le Sud; ils vivront dans des conditions qui chambouleront leur conception du monde. Mais aussi, ils se rendront compte qu’il ne suffit pas de bonne volonté pour faire de l’aide internationale. Ils vivront un échange interculturel, ne nous leurrons pas. Vous ne vous leurriez pas? Moi, un peu, quand j’avais 18 ans dans l’avion qui me menait en République Dominicaine, où j’ai pu collaborer avec un organisme qui appuie des jeunes de façon particulièrement efficace – et qui avait surtout besoin de l’argent que le gouvernement postait avec moi, pas tant de ma présence…

Alors si quelqu’un se ferme les yeux dans cette histoire, c’est le gouvernement du Québec. Les 3 M $ qu’il consacre annuellement à QSF sont considérés comme de l’aide internationale. Trois millions qui ne servent pas à de l’aide directe, mais à la formation des jeunes Québécois à la réalité mondiale. Bien sûr, il est primordial pour les pays du Sud que nous soyons sensibilisés à leur réalité. Mais il ne faut pas confondre cette éducation avec de la coopération directe sur le terrain. Le Québec a consacré presque autant d’argent à QSF qu’à des projets d’aide internationale depuis 1995!

Parallèlement, le gouvernement canadien a récemment décidé de mettre fin à «l’aide liée», l’aide qui lie l’argent donné aux PVD à une condition : l’achat de biens et services au Canada. Cette pratique représente 40 % des 1,5 G $ octroyés en aide bilatérale. Félicitons-nous de son abolition. Pratiquer l’aide liée, c’est comme offrir un cadeau de Noël dont on sait qu’il va nous revenir. Sauf que la coopération n’est pas un cadeau, c’est une responsabilité.

Quand le Québec avouera-t-il que lui aussi propage une forme d’aide liée? On finance des initiatives locales… à la condition que les organismes du Sud acceptent des stagiaires. Les deux volets sont importants, mais ne sauraient être conditionnels l’un à l’autre. Dire qu’on n’a pas atteint le 0,7% du PIB à l’aide internationale que devrait donner le Canada selon l’ONU, malgré nos tricheries.