Nation-qui-se-bat-pour-le-fait-francophone. Pratiquement un synonyme de «Québec» quand vous voyagez en France. De la loi 101 à la conservation de la terminologie antique de «soulier», tous les arguments sont bons pour faire de notre province la grande défenderesse de la langue de Ducharme. À l’approche du Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Québec, au cours duquel nous tenterons de faire honneur à cette réputation, nous nous disons plus que jamais fiers d’être «francophones». Sans oublier que nous nous définissons premièrement en tant que Québécois…

Travaillons-nous réellement, au Québec, pour le fait francophone? Parlons plutôt de «notre» identité, de «notre» langue, au sens le plus exclusif. (Oui, nous sommes inclusifs lorsque nous classons les livres de Gabrielle Roy et d’Antonine Maillet dans nos rayons «littérature québécoise».) Le Québec, en défendant ses propres intérêts politiques, se désolidarise du fait francophone canadien qui, du Manitoba à l’Acadie en passant par l’Ontario, lutte d’autant plus difficilement pour sa reconnaissance et sa survie. Je ne vous ferai pas de portrait de la situation : par sa seule démographie, on voit bien que la francophonie canadienne doit avoir des difficultés.

Pourtant, nous avons beaucoup en commun avec ces communautés, dont l’identité se construit également autour d’une langue commune. On dit que le Québec s’est soulevé comme pas un au Canada contre les coupes en culture; mais l’Acadie n’était pas en reste, elle qui sait que les institutions culturelles sont l’indicateur d’une communauté linguistique et culturelle en bonne santé. Nos revendications avaient drôlement les mêmes accents : «Si on veut qu’il continue à y avoir des artistes dans les communautés majoritaires et minoritaires, il va falloir qu’il y ait de l’argent qui vienne avec» (Louise Lemieux, présidente de l’association acadienne des artistes du Nouveau-Brunswick). Nous avons beau ne pas avoir la même histoire, les mêmes mythes, nous avons en commun avec les Franco-Manitobains ou les Acadiens de former ce que les penseurs culturels appellent une «petite culture», non en termes de valeurs, mais de contraintes. Tout ce que nous décrions, comme la menace de l’anglais, est encore plus aigu hors Québec.

Ainsi, ces communautés doivent non seulement se distinguer dans un pays anglophone, mais aussi se poser devant le Québec qui prend tout la place en termes de revendications culturelles au pays. Le Nouveau-Brunswick a son siège particulier à l’Organisation internationale de la Francophonie – n’est-ce pas parce que le Québec l’avait obtenu six ans avant lui, en 1971? Il me semble injuste de voir combien nous restons sans écoute à l’appel de ces communautés qui veulent que nous jouions un rôle rassembleur au sein du Canada. Ne pourrions-nous pas être aux communautés francophones ce que nous voulons que la France soit pour nous? Ne pourrions-nous pas mettre notre poids dans la balance pour les appuyer d’une façon concrète et non seulement spirituelle, en attendant Godot et l’indépendance du Québec? Actuellement, nous avons l’oubli facile.

J’ai songé à un nouveau concept qui satisfera ceux qui veulent voter pour Gilles Duceppe hors Québec (l’écrivaine Margaret Atwood, par exemple) et ceux qui cherchent une nouvelle mission au Bloc Québécois : le Bloc Francophone, à la défense des intérêts francophones au Canada. À méditer pendant le prochain mandat.