(En réaction à l’article «Cuba : La vie après Fidel», de Christiane Vadnais, publié dans notre édition du 9 janvier)

Madame Vadnais,
 
[…] Depuis le 24 février 2008, date où Raul Castro a hérité du titre officiel de président de la république cubaine, les médias occidentaux ont enchéri leur discours du terme «changements», comme si la survie des idéaux socialistes de 12 millions de Cubains dépendait de la famille Castro. Les riches Cubano-Américains de l’extrême droite à Miami, qui espèrent un jour remettre la main sur leurs anciennes propriétés, seront bien déçus! 
 
En ce qui concerne la possibilité pour un Cubain de posséder un téléphone portable et d’accéder à Internet, il est faux d’affirmer qu’avant février 2008, cela était interdit. Aucune loi n’a jamais existé qui empêche un Cubain d’acheter un ordinateur, ni quelque possession que ce soit. […]
 
D’où vient donc cette manie de vouloir démoniser le communisme et la famille Castro? Pourquoi ne pas chercher à voir plus loin que ces dogmes ressassés et dépourvus d’argumentation que nous servent les médias?
 
Vous atteignez dans votre article le comble de l’absurdité, en qualifiant de «grande influence sur l’île» le blocus économique étasunien imposé sur Cuba, tout en stipulant dans la même phrase que «les États-Unis n’ont probablement pas de plan pour déstabiliser le régime castriste».
 
Sachez tout d’abord que l’embargo étasunien sur Cuba, dès son élaboration en 1960, a eu pour but premier de déstabiliser la nation. […] Cet embargo est maintenu à rebours de la volonté formelle de la communauté internationale, puisqu’une résolution des Nations unies sur la nécessité de le lever a été votée à la quasi-unanimité en octobre 2007, et cela pour la 16e année consécutive. Ramsey Clark, l’ex-secrétaire à la justice des États-Unis, pour ne citer qu’un des nombreux intellectuels et personnalités qui s’élèvent contre l’embargo, a déclaré : «Le gouvernement des États-Unis est seul, défiant la volonté des nations du monde, dans la mise en œuvre de ce crime contre l’humanité. Il agit dans l’intérêt d’une poignée de groupes économiques qui veulent s’approprier les richesses de Cuba et appauvrir le peuple cubain dont la révolution apporta la santé, les libéra de la misère et apporta aussi une éducation universelle partagée avec les pauvres de la planète. Cessez cette honte.»
 
[…] En ce qui concerne Reporters sans frontières [cité dans l’article] et en l’occurrence son ancien secrétaire général Robert Ménard, ignorez-vous donc qu’il participe à une guerre de propagande destinée à briser l’image de la Révolution et à en nier les acquis? Ménard est arrivé au cours des années à s’ériger en référence universelle, avec comme noble but déclaré la défense de la liberté de la presse, alors qu’il est en fait une marionnette grassement payée des intérêts étasuniens.  L’associée de Ménard à Miami, Nancy Pérez Crespo, avait d’ailleurs développé un véritable réseau d’agences d’information cubaines dont la prétendue «indépendance» est garantie par les subventions millionnaires de la United States Agency for International Develop-
ment et de la National Endowment for Democracy, organismes obéissant aux orientations de la CIA.  Remarquez que je parle ici au passé, puisque tout récemment, Robert Ménard a abandonné son poste de secrétaire général alors que son organisation se trouve sous la loupe du Government Accountability Office à Washington pour être un des principaux bénéficiaires du Center for a Free Cuba, impliqué dans une fraude gigantesque. Je ne me lancerai pas ici dans l’édifiante preuve qui saurait discréditer les dires de RSF, car un livre entier y serait nécessaire. Justement, un journaliste et auteur québécois ami de Cuba, Jean-Guy Allard, a su le faire à merveille avec son ouvrage intitulé Pourquoi Reporters sans frontières s’acharne sur Cuba? […]

À Cuba, le taux de mortalité infantile est comparable à celui du Canada, soit 5,93 décès par 1000 naissances (5,08/1000 au Canada).   Le taux d’analphabétisme est de 0,2% à Cuba, contre 1% au Canada et aux États-Unis.  À titre de comparaison, prenons la République Dominicaine, pays caribéen qui compte 9,5 M d’habitants.  Le taux de mortalité infantile y est de 26,9 décès par 1000 naissances, soit 5 fois plus que Cuba, et le taux d’analphabétisme est de 13%.
 
Sur ce, au lieu de spéculer sur la mort de Fidel et sur les changements que sa disparition ou celle de son frère pourrait entraîner à Cuba, je vous invite à enlever vos œillères et à admettre la réalité des acquis de la Révolution cubaine, qui font de ce pays une démonstration indéniable des vertus du socialisme et un exemple pour les autres pays qui refusent de se plier aux dictats de l’impérialisme. 
 
Karine Walsh
Association québécoise
des ami(E)s de Cuba