Québec. Coin des rues Cartier et René-Lévesque, mardi 27 janvier 2009, 8h09. Par une journée d’hiver glaciale pléonastique, j’attends avec impatience qu’un véhicule du Réseau de transport de la capitale daigne pointer le bout de son pare-brise. Cinq ou six personnes m’entourent, faisant les cent pas pour combattre le froid. Au loin, après sept minutes d’attente, un bus s’en vient, suivi d’un deuxième. Un sourire timide et gelé apparaît sur mon visage rouge. Une joie de courte durée, puisque le premier est plein, et, oh surprise! le deuxième aussi. Ma frustration est accentuée par le passage furtif d’un troisième ne voyant pas l’intérêt de s’arrêter. Enfin, mon calvaire sibérien prend fin avec le passage, quelques minutes plus tard, d’un 800 heureux de nous accueillir, mes compagnons de galère et moi-même.

Cette histoire est classique dans le quotidien des usagers du RTC. Ces événements trop fréquents mettent du piquant dans nos vies d’étudiants, parce qu’il est vrai que les journées sur le campus sont parfois redondantes. De plus, de temps à autre, les chauffeurs sont cabotins et égayent nos mornes vies en faisant de l’humour. Par exemple, en nous regardant courir avec notre sac de 15 livres remplis de bouquins et transpirer pour rattraper ce bus que l’on voit finalement s’éloigner, sans un regard par-dessus l’épaule, sans même un air compatissant.

Et mesdemoiselles, mesdames et messieurs, tout ceci pour la modique somme de 48 $ par mois. Qu’est-ce que 48 $ par rapport à ces plaisirs simples de la vie que nous fait vivre le RTC? Ne vous plaignez surtout pas, puisque lorsque vous serez professionnels, vous allez profiter de ces blagues et autres calembours pour le prix dérisoire de 71,55 $. Surprenant de voir que seulement 10 % de la population de la ville de Québec prend le bus à l’heure de pointe du matin… À Montréal, les étudiants paient 37 $ et les professionnels, 68,50 $, pour le bus et le métro, mais j’imagine qu’ils doivent avoir beaucoup moins de fun que nous.

Le fait de prendre le bus nous apprend aussi à adopter des comportements bizarres. Par exemple, lorsque le bus est bondé et que nous paniquons, l’âme en peine, ne sachant plus à quel siège se vouer, un blocage psychologique nous empêche de dépasser les marches du fond. Mais je vous le dis, pour l’avoir expérimenté une journée où, animé par un instinct aventurier méconnu jusqu’alors, j’ai tenté de dépasser le gros monsieur bouchant la vision du fond du bus. Diantre, quelle découverte! Des sièges libres à foison! Pour moi-même et pour mon ami sac qui, frustré de ne pas pouvoir profiter habituellement des sièges bleus et douillets des Novabus, s’est permis de narguer les sardines debout dans le corridor.

Alors, je dis merci au RTC de nous permettre de nous esclaffer, de nous bidonner, de rire à grands éclats, finalement de mettre de la joie dans nos vies.