Il était une fois une petite grenouille qui rêvait de devenir journaliste. Pour y parvenir, elle décida de s’inscrire au baccalauréat en communication publique de l’Université Laval, même si elle avait ouï-dire que la formation dans ce domaine n’était pas des plus réputées. Qu’à cela ne tienne! La petite grenouille avait la ferme intention de réussir: «Ce n’est pas vrai que je vais présenter la météo!»

Mais la déception, rapidement, l’emporta sur elle. Les cours qu’elle imaginait captivants et enrichissants s’avérèrent théoriques, investissant à peine son domaine de prédilection. Aucun enseignement ne prôna le perfectionnement de la langue française: pas de grammaire, pas de cours de syntaxe ou de vocabulaire, comme l’offraient plusieurs autres institutions qui enseignent les communications. À la place de ces matières qui semblaient primordiales aux yeux de la petite grenouille, des cours trop nombreux et souvent peu utiles de méthodologie, de psychosociologie de la communication, etc., lui furent enseignés.

Ses professeurs la laissèrent parfois perplexe, assoiffée de savoir. Si une mince poignée d’entre eux réussirent à la convaincre, l’espace d’un cours ou deux, que le baccalauréat en communication publique était utile pour former de nouveaux journalistes, la totalité des autres la découragèrent. Alors que certains s’amusaient à imposer seulement ce qu’ils avaient découvert et publié lors de leur doctorat, se fermant ainsi aux idées extérieures, d’autres affichaient ouvertement que ce qu’ils enseignaient ne serait en aucun cas utile aux futurs communicateurs. Bon.
Elle ne dramatisa pas la situation. Il fallait dire tout de même que certains de ces cours étaient relativement axés sur la pratique. Elle toucha ainsi un peu au journalisme télévisé, radiophonique et écrit, mais ne put toutefois approfondir qu’une seule de ces options. Pas question de faire les trois! Non, non, non, non, non! Il fallait privilégier les cours de troncs communs, ceux de communication publique, qui étaient théoriques et où elle pelletait des nuages.

Rapidement, la petite grenouille commença à en avoir assez. Elle décida d’aller chercher une expérience pratique ailleurs, tout en poursuivant ses études. Il y avait une radio, un journal et une tonne d’activités à l’Université Laval où elle pourrait approfondir son savoir. Elle découvrit alors un monde de connaissances bien au-delà de ce que lui avaient enseigné ses cours. Pour la première fois, elle écrivit régulièrement des articles, programma une émission quotidienne de radio, participa au journal des étudiants et y débusqua même un poste! Étonnamment, à peine trois crédits lui furent accordés pour ces heures d’apprentissage sur le terrain. «On ne remplace pas une expérience théorique pas une expérience pratique!», lui avait-on dit, en se moquant d’elle.

La petite grenouille n’y comprenait rien. À quelques mois d’avoir en poche son diplôme, elle se disait déçue de l’éducation qu’elle avait reçue, mais chanceuse et privilégiée d’avoir pu être recueillie par une panoplie de groupes extra universitaires qui lui permettraient de devenir, elle espérait, journaliste.

La petite grenouille, c’est moi. Mais je ne suis pas seule. Nous sommes des tonnes à manifester en silence contre les piliers syndiqués et la stagnation du baccalauréat. Et le résultat final reste le même : si les étudiants, qui paient plus de 200 $ par cours universitaire, n’affichent pas d’expérience pratique autre que celle offerte par la formation à la fin de leur éducation, alors leur diplôme en communication publique ne vaut pas un emploi. Leur baccalauréat ne vaut rien de plus que ce qu’ils ont payé pour l’obtenir. Il ne vaut surtout pas la présentation de la météo.