Toute la différence entre les élections aux États-Unis et les prochaines élections fédérales tient dans cette image : Barack Obama entouré de chicks dans un vidéoclip politique versus Stephen Harper faisant le bilan de son mandat devant un verre de jus d’orange (si vous n’avez pas vu la pub, vous avez manqué l’équipe conservatrice parlant politique au déjeuner. Palpitant.)

À chacun sa pub télé. À chaque pays sa façon de faire de la politique.

Il n’est pas tellement étonnant que nous préférions et de loin entendre parler de politique américaine plutôt que des élections fédérales. Nos voisins sont beaucoup plus théâtraux.

Analysons ce synopsis gagnant. États-Unis, 2008. Le héros Barack Obama, premier candidat d’ascendance noire à la présidence, avec l’assistance de la «figure du père» Joe Biden, affrontera le vieux conservateur McCain, dont le bras droit n’est rien de moins que cette sexy jeune tigresse de Sarah Palin qui, malgré son physique séduisant, est d’une droiture tout américaine, mère de cinq enfants et farouche opposante à l’avortement.

Ainsi va le blockbuster de l’été, sur toutes les télés près de chez vous. Ne manque que la finale où Sarah se casse avec Barack et où leur amour impossible est avoué sous une pluie de missiles extra-terrestres. Certains se sont d’ailleurs inspirés de la série Beautés désespérées pour laisser entendre que Palin n’était pas la mère de son dernier fils, mais bien sa grand-mère…

Avouons qu’en comparaison, le potin le plus excitant à Ottawa, c’est que le chien de Stéphane Dion s’appelle Kyoto.

Et si nous étions plus américains que nous le croyons? Le rêve américain qu’Obama vend aux foules, il nous le vend aussi. Yes, we can. On se prend à imaginer un premier ministre d’origine autochtone. Ou Noir. Le self-made-man qui nous fera rêver d’un océan à l’autre, par le symbole qu’il incarne – peu importent ses idées. À quand ces discours grisants dans un aréna?

Milan Kundera a écrit, dans L’insoutenable légèreté de l’être : «Les mouvements politiques ne reposent pas sur des attitudes rationnelles mais sur des représentations, des images, des mots, des archétypes dont l’ensemble constitue tel ou tel kitsch politique.»

Barack Obama : kitsch démocrate. Sarah Palin : kitsch républicain. Et chez nous?

La politique canadienne est bien moins manichéenne, quoique Stephen Harper soit sur la bonne voie pour former le modèle du «kitsch conservateur». Après les coupes en culture, le projet de loi C-484, le refus des sites d’injection supervisés, et pléthore d’autres actions de la même teneur, que nous sortira-t-il pour se conformer à l’image du parfait conservateur?

Mais on l’imagine bien mal – ainsi qu’aucun de ses adversaires –, capable de rallier le pays autour du personnage qu’il incarne, ou encore d’un «rêve canadien». (À quand cette vente de portraits de Jack Layton? On l’a fait pour Obama…) Le dernier à l’avoir fait, c’était Pierre Elliot Trudeau.

Qu’on s’entende bien : ce n’est pas nécessairement une bonne chose que d’avoir une icône comme premier ministre ou président, ou d’avoir des élections qui coûtent la peau des fesses dans un pays gangrené par l’inégalité sociale pour avoir le plaisir de se laisser porter par l’émotion électorale.

N’empêche, le kitsch politique nous séduit tous.

***

La politique étudiante a aussi son kitsch, incarné dans ces grandes grèves pour l’accès aux études post-secondaires. Sa plus récente apothéose date de 2005. Depuis, plus grand-chose. Pourtant, il reste encore bien des conditions à améliorer et des dossiers à faire avancer en éducation. Mais quand on n’est pas séduit par l’archétype militant, on s’attarde à autre chose.