Après bientôt trois années, un baccalauréat (et deux grèves) à l’Université Laval, je commence à me demander quelle est la place réelle qu’on accorde aux étudiants lorsque vient le temps pour l’institution de gérer ses relations de travail…

En tant qu’étudiants, nous nous sommes retrouvés pris, les dernières semaines, au beau milieu d’une guerre entre un employeur et l’un de ses syndicats. Dans ce cas-ci, l’employeur s’est servi de son «droit de gérance» pour mettre de la pression sur les professeurs et leur faire lâcher prise. Dans le langage du gestionnaire, on appelle cela «faire appel à une approche autocratique pour forcer les employés à adhérer à la décision de la haute direction». Ce faisant, l’Université indiquait qu’elle le faisait afin d’agir dans le meilleur intérêt de l’étudiant, ce qui, dans notre jargon corporatif, correspond à l’approche client.

Or, s’est-on réellement questionné sur les besoins et intérêts réels du client avant d’entreprendre une telle démarche ? A-t-on vérifié si c’était la majorité des étudiants qui restait sur la cité universitaire, dans la Ville de Québec ou dans les environs pendant la semaine de lecture, ou, au contraire, n’a-t-on pas plutôt généralisé à l’ensemble le portrait de cet étudiant pour qui les plans sont encore flexibles ? Et même à cela, a-t-on tenu compte des étudiants qui planifient leurs occupations personnelles en fonction de cette interruption des cours à la mi-session ? Est-ce que le fait de reprendre trois jours de cours à la mi-session se faisait réellement pour «sauver la session d’automne», ou n’était-ce pas plutôt la manifestation d’une stratégie patronale pour obtenir gain de cause sur ses syndiqués, et dont les étudiants étaient à nouveau les instruments ?

N’allez pas croire que je prenne position pour l’une ou l’autre des parties.

En fait, je n’ai que faire des relations de travail entre l’Université et ses employés. Cependant, le fait est que nous nous sommes retrouvés dans une zone grise au beau milieu d’un échiquier politique. Fort heureusement, une entente de principe est survenue in extremis, grâce entre autres au leadership des étudiants qui se sont mobilisés pour dénoncer cette situation au bord de l’aberration. En effet, au-delà de quelques jours de congés perdus, c’était un bon nombre d’étudiants qui se voyaient pénalisés, qui devaient revoir leurs plans à la dernière minute ou, pire encore, subir le stress et l’incertitude de manquer des explications importantes parce qu’il leur était impossible ou trop onéreux de modifier leurs plans. Ils se sont questionnés à savoir s’ils devaient se présenter ou non à leurs cours, dans un contexte où les professeurs mentionnaient qu’ils ne donneraient pas leurs cours de toute façon.
 
Maintenant que cette entente de principe est survenue, je vais compléter les quelques cours qui me séparent de l’obtention de mon grade de bachelier, en conservant toutefois l’amère impression de m’être à nouveau retrouvé pris entre deux feux. J’espère enfin que l’administration universitaire et ses syndiqués retiendront de cet épisode que ce n’est pas en se servant de l’insatisfaction de la clientèle étudiante comme levier de négociation que l’on parvient à obtenir un terrain d’entente où tout le monde y trouve son compte. Il est plus que temps que la manipulation et les jeux de coulisses fassent place à la concertation et à la collaboration entre les deux parties. C’est à se demander si le fait de devoir subir les contrecoups d’au moins un conflit de travail est un pré-requis à l’obtention d’un diplôme de l’Université Laval…
 
Luc Racine
Étudiant au baccalauréat en administration des affaires