La côte d’Abraham après l’apocalypse. Samedi, 8h30 du matin. Quelques gardes de sécurité, un hélico qui fait claquer ses pales dans le ciel imperturbable. Un grand vide qui laisse place à l’asphalte froide. «Bonjour», me lance-t-on avec un air suspicieux. La scène est surréelle.

Québec post-apocalyptique? Non; Québec durant le Sommet de la Francophonie… Toujours bardée de son sacro-saint château Frontenac, rassurez-vous. C’est d’ailleurs, probablement, la seule vue de Québec qu’auront pu contempler les diplomates, à l’exception de la zone protégée autour du centre des congrès. Un château dominant un fleuve tranquille.

Ce sommet aura ressemblé à un rendez-vous manqué. D’abord, entre la Francophonie et la population de la ville hôte… Car avant dimanche –lorsque le soleil forçat d’aucuns à sortir–, bien aventureux était celui qui se promenait autour de ce mystérieux périmètre. Les commerces étaient désertés. L’autobus faisait un zigzag monstrueux pour permettre de sécuriser les rues entourant le centre des congrès.

Prenez un quidam dans la rue, à la suite de ces trois jours, je doute qu’il puisse vous donner une autre définition de ce Sommet que «le foutu truc qui a bloqué le centre-ville». La Francophonie n’est pas devenue plus limpide du fait qu’elle a tenu sa rencontre biannuelle chez nous.

La rencontre n’était pas aussi scandaleuse que le Sommet des Amériques, loin de là. La sécurité était aussi plus soft… mais encore démesurée. Pourquoi toutes ces précautions? Pour se protéger de la trentaine de manifestants vietnamiens (pour la liberté de religion dans leur pays) ou de la manifestation avortée et nébuleuse concernant le Djibouti, à laquelle une poignée maigrelette de militants se sont présentés? (Vrai qu’en l’absence des Méchants Américains, rien ne mérite d’être contesté…)

Disons que je suis entrée, malgré tout, dans ce foutu centre des congrès, ma carte de presse avec photo convainquant garde sur garde que l’air juvénile n’est pas nécessairement kamikaze. (Sauf du point de vue journalistique.)

Mais à l’intérieur, un autre rendez-vous manqué devait avoir lieu avec la presse. Les délégations des pays représentés étaient moins accessibles qu’à n’importe quel autre sommet, plusieurs s’en sont plaints. Les débats avaient lieu à huis clos. On nous divulguait l’information qu’on voulait bien divulguer, assez pour que le point soit soulevé par un journaliste en conférence de presse.

Pourtant, à entendre le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, des «miracles» (diplomatiques, imaginons-nous) avaient lieu derrière des portes closes. Bienheureux celui qui les connut, car la Bonne Nouvelle avait peu d’apôtres en ce Sommet. Les journalistes, ces nouvellovores boulimiques, ne demandent pourtant rien de mieux (ni de plus, trop souvent) que des messagers charismatiques…

À la r’voèyure, comme on dit en bon français. À Madagascar, en 2010.

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Le syndrome de la marmotte écrasée. Pourquoi diable faut-il toujours que nous nous penchions à la fenêtre de notre voiture lorsqu’un animal mort traîne sur le bord de la route? Pourquoi essaie-t-on toujours de voir si c’est une marmotte, ou un chat, ou un écureuil géant? Pourquoi faut-il que lorsque l’on écoute le hockey du samedi soir dans un bar louche de la 3e Avenue, notre regard glisse toujours sur cet écran où tourne un vieux film porno à l’image jaunie?

L’attrait pervers du dégoût. Le même qui vous fait lancer un coup d’œil à ces chefs d’États en berline, vous demandant quels mauvais coups ils peuvent bien fomenter derrière leurs vitres teintées.