La semaine dernière, Maria De Koninck intervenait dans le débat sur les propos du pape et la lutte contre le sida. Malheureusement, il nous semble que la professeure au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval a manqué l’occasion de dépasser le stade de l’opinion et de s’appuyer sur les réelles connaissances scientifiques actuelles dans ce domaine. Il nous semble qu’elle n’a pas répondu aux trois questions les plus importantes.

Qu’est-ce que le pape a dit exactement?
Une fois de plus, on a fait dire le contraire de sa véritable pensée à une personne que l’on cite partiellement. Car ce que le pape a vraiment dit, c’est : «…Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec de l’argent, pourtant nécessaire. Si on n’y met pas l’âme, si les Africains n’aident pas [en engageant leur responsabilité personnelle], on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs: au contraire, ils augmentent le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement: le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un envers l’autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent…» Ce que dit réellement le pape, c’est que si l’on ne se préoccupe pas de l’éducation sexuelle des personnes, alors rien ne sert de leur donner un moyen qu’ils ne sauraient même pas utiliser adéquatement, ou pire, qu’ils risquent d’utiliser d’une manière qui aggraverait le problème.

Selon les scientifiques, le préservatif aggrave-t-il le problème du sida?
Là est tout l’enjeu du débat, les réels propos du pape sont-ils conformes aux connaissances scientifiques en matière de santé? La réponse est oui, c’est la science et l’expérience qui le confirment! Cela est entre autres confirmé par la célèbre étude parue dans SCIENCE en 2004 sur le cas de l’Ouganda, par l’article d’Helen Epstein, spécialiste de santé publique dans les pays en voie de développement, publié dans le BRITISH MEDICAL JOURNAL en 2008, par le commentaire de James D. Shelton publié dans THE LANCET en 2007 sur les dix mythes de l’épidémie du sida, dont le sixième est «les préservatifs sont la solution» et, dernièrement, par Edward C. Green, directeur de recherche sur la prévention du sida à l’université de Harvard, déclarant aux médias que «tous les indices dont nous disposons vont dans le même sens que ce qu’a dit le Pape.» Tous ces scientifiques en viennent à la même conclusion, que le moyen de prévention le plus efficace en Afrique demeure le «modèle ABC», basé sur une campagne qui promeut d’abord (A) l’abstinence sexuelle – en particulier pour les plus jeunes – ensuite (B pour Be faithfull) la fidélité dans le couple et uniquement en dernier ressort (C), la contraception. Le facteur principal du succès de la méthode «ABC» résulte de l’éducation et des changements de comportements. Bref, contre le sida, l’éducation est plus efficace que le préservatif, et le préservatif sans éducation aggrave le problème à cause du phénomène connu de compensation du risque qui amène celui qui se sent plus en sécurité à prendre plus de risque.

Quels propos sont les plus irresponsables?
Sans retenue, la professeure au Département de médecine sociale et préventive a qualifié la déclaration du pape de malheureuse, tragique, déconnectée de la réalité, obscurantiste et irresponsable. Or, ce qui nous apparaît le plus malheureux, c’est d’abord d’inventer une fausse polémique, puisque la position du magistère de l’Église catholique est depuis longtemps connue de tous. Ce qui est malhonnête, c’est de travestir les réels propos du pape. Et ce qui est le plus irresponsable, c’est que des supposés «experts» de cette question demeurent déconnectés de la réalité et ne connaissent pas, ou pire, cachent des études sérieuses qui pourraient, si elles étaient honnêtement considérées, aider à lutter plus efficacement contre le fléau du sida en Afrique. La position de Maria De Koninck ne nous apparaît pas cohérente avec celle d’une scientifique qui doit être capable de dépasser les idéologies afin de résoudre des problèmes concrets et urgents en se basant sur des faits réels. À l’inverse, la position du pape nous semble cohérente avec les valeurs de vie, de justice et d’équité que toute l’Église prône. Ce qui préoccupe le pape et toute l’Église, c’est la vérité et le bien intégral des personnes, et non seulement de se donner bonne conscience en saupoudrant l’Afrique de quelques capotes.

Simon Lessard
Candidat à la maîtrise en philosophie