On m’a parlé cette semaine du «rapport de force» que des groupes étudiants veulent développer envers le gouvernement de Jean Charest, afin que celui-ci recule dans sa volonté d’augmenter les frais de scolarité universitaires. De son côté, mon collègue Mathieu Massé (dans sa chronique à la page 6) croit qu’il est utopique de se concentrer sur un tel rapport de force, car faire reculer le gouvernement Charest est une tâche sur laquelle bien des gens se sont cassé les dents.

Quelle est la priorité, donc? Tenter de faire d’un gel des frais de scolarité ou de la gratuité scolaire une exception extraordinaire dans le programme politique des libéraux?

Il ne s’agit pas de convaincre quiconque, chez ceux qui prônent l’obtention de la gratuité scolaire par les manifestations, qu’il est plutôt temps de donner à cette idée une légitimité politique. Cependant, il y a une parenté philosophique relativement claire entre la volonté de faire plier le gouvernement en sortant dans la rue et celle de faire démissionner Jean Charest en signant une pétition électronique promue par un groupe pour le moins broche-à-foin.

Si Jean Charest écoutait la pétition et démissionnait, notre système politique actuel prévoit qu’un nouveau premier ministre serait nommé, sur recommandation très forte du chef du parti majoritaire en chambre, par le lieutenant-gouverneur. Un autre libéral donc, et fort probablement quelqu’un qui aura été responsable d’un des dossiers qui est donné comme raison pour demander la démission de Jean Charest.

Si Jean Charest écoutait les étudiants qui manifesteront, il gèlerait (ou annulerait) les frais de scolarité, il se placerait dans une situation où son gouvernement se mettrait à dos son électorat encore plus que présentement: le gel des frais serait cité dans le bilan du gouvernement Charest et des critiques diraient encore que tout le monde paie tout le temps et que les impôts montent.

J’ai horreur de parler de façon si conservatrice, mais j’ai l’impression que l’avenir passe, tant dans le cas de Jean Charest que dans celui des frais de scolarité, par l’élaboration d’un programme politique cohérent à présenter aux prochaines élections, histoire de remplacer le gouvernement libéral. De plus, faire passer le gel des frais de scolarité dans la vague (probablement triomphante, euphorique et tout ça) du gouvernement qui «libérera» le Québec des libéraux serait sûrement une façon facile de donner à cette politique une connotation favorable auprès de la population.

Faire démissionner Jean Charest ne serait que symbolique et ne s’attaquerait absolument pas à ce qui est déploré dans la pétition. Lui demander de geler nos frais relève du même symbolisme: ce qu’il nous faut, c’est un changement profond de notre perception de l’éducation post-secondaire. Il faut établir cette vision comme la base des politiques : si l’éducation est un droit, il faut la financer comme il se doit. Si on la considère plutôt comme un service, il faut que le gouvernement agisse en accord avec le fait que l’investissement dans celle-ci est plus que rentable et plus que bénéfique. Il faudra ensuite établir un système complet et cohérent (en se posant tout de suite la question «qui paie?») pour en assurer le financement plutôt que de voguer de rafistolage en rafistolage.

Présentement, la politique est faite de décisions à tâtons qui entraînent bien des contradictions. Si, cependant, vous savez ce qu’il faut faire et qui devra payer, écrivez-moi à redaction@impact.ulaval.ca et nous enverrons la facture.