On parlait de sentiment d’appartenance, l’autre jour. Stéphanie, étudiante modèle, m’écrivait juste après mon éditorial pour me dire qu’elle avait sa tasse et son coton ouaté de l’UL et que les t-shirts, les stylos et les bouteilles lui faisaient de l’oeil. Chacun son truc, mais je dois avouer que j’ai aussi à penser à mon allure quand je sors de la maison: une tuque UL avec un foulard UL et un coton ouaté UL, c’est un peu trop «kit».

Nous sommes habitués aux produits dérivés à Laval. Cependant, un article publié il y a un mois dans Montréal Campus, notre homologue de l’UQAM, rapporte l’opposition des étudiants à l’implantation d’une boutique de produits dérivés de l’Université du Peuple. Les étudiants ne prennent pas très bien qu’un local serve, dans cette université où l’espace est si rare, à vendre des produits sans consulter les étudiants. De plus, ceux-ci se plaignaient de l’indisponibilité des locaux pour un projet étudiant.

Je disais que nous y sommes habitués, mais la relation des étudiants par rapport à leurs universités est incroyablement variable. La question des produits dérivés est particulièrement révélatrice. Ici, même les non-sportifs ont du matériel identifié Rouge et Or, réflexe de fierté oblige. À l’UQAM, la direction dit que la demande étudiante pour ce genre de produits était forte, même si des étudiants déplorent l’accent mis sur l’université comme marque de commerce. Ajoutons à ces deux exemples celui de Trinity College de Toronto, où j’ai passé deux sessions: là-bas, la «marque de commerce» est plutôt bien vue des étudiants. Ceux-ci se chargent de la vente des produits dérivés et certains organisent même une commande spéciale de blazers rouges du style le plus classique.

Qu’est-ce que cela veut dire? Bonne question. Un autre que moi en tirerait des conclusions en invoquant les traditions et les idéologies, avec de belles et grandes généralisations sur Québec, Montréal, les Québécois et les Canadiens. À un moment donné, on parlerait d’être nés pour un petit pain et ça en finirait là.

Sauf que juste après, on en arrive à se demander quel rapport les universités devraient cultiver avec les étudiants passés, présents ou futurs. Même si on considère l’université comme un fournisseur de services, le sentiment d’appartenance vient faire la différence, surtout quand on évalue le financement qui vient des diplômés.

Il n’en reste pas moins qu’on sait vers où les universités veulent aller, ce monde où on choisit avec soin (et influencés par publicités, cadeaux, promotions et portes ouvertes) l’endroit où l’on va étudier plutôt que la succursale locale du ministère de l’Éducation. N’est-il donc pas normal que les établissements rivalisent de produits dérivés? Il faut bien agir comme ce qu’on veut être…

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Ce vendredi, au Caucus des associations de la CADEUL, une proposition appuyant une manifestation (à l’occasion du sommet des partenaires en éducation du 6 décembre prochain) a été rejetée car elle n’avait pas les deux tiers requis lors d’un vote dans cette instance. D’après ce qu’on m’en a dit (notre journaliste Alexandre Paré y était, voir p. 2), les débats se sont enflammés sur la position à prendre.

Faut-il manifester et risquer de se voir accoler l’étiquette d’éternels chiâleux (ce que le mouvement étudiant peut avoir parfois) ou négocier à la table officielle? Même si on négocie, propose-t-on une solution fiscale ou demande-t-on directement notre intérêt? Appelez ça le Catch-22 du mouvement étudiant: vous demandez la lune et on vous traite de fou, vous ne demandez rien et on parle de votre apathie. Ajoutons à ça «demandez quelque chose à entre 50 et 66% et le feu prend.»