Cette semaine, j’ai entendu une floppée entrevue au sujet de la canonisation du frère André et j’ai vu des articles sur l’ordination d’une femme au sein de la hiérarchie catholique romaine.

N’y a-t-il pas une limite au traitement médiatique que l’on peut accorder à ce genre de sornettes?

Une femme veut occuper un poste qui lui est refusé par une organisation qui, globalement, n’a d’ailleurs pas un bilan incroyable en matière de droits humains et de progrès. Une organisation qui a aussi instauré le dogme de l’infaillibilité pontificale: le patron ne peut même pas se tromper. Les ahuris qui essaient de faire bouger ce mastodonte ne se rendent-ils pas compte que cela signifierait que le patron a tort et que cela effriterait la «grande» crédibilité dont jouit (sans jeu de mots) l’Église catholique romaine.

(D’ailleurs, qu’un ufologue se présente à l’émission Tout le monde en parle est une chose: le type parle de documentation et d’hypothèses. Peut-être fait-il un amalgame maladroit de théories de la physique pour y arriver, mais il tente de procéder de façon scientifique et accepte le caractère incomplet de ses recherches. Encore que la façon dont ses théories ont été reçues par les autres invités et les animateurs me fascine: maintenant, tout le monde a sa petite histoire d’observation de lumières bizarres dans le ciel.)

Pour la canonisation, c’est une autre paire de manches. On parle, dans les médias, le plus sérieusement du monde, de «miracles» et de «saints» comme si on faisait nôtre le dogme catholique.

Autant le fait d’espérer notre équipe de hockey nous fait-il oublier notre situation fiscale, autant le petit frisson que nous donne le fait d’avoir un vrai «saint» pour nous seuls embrouille notre rapport avec la superstition catholique: on en fait oublier que ce qui est puissant, dans la méthode scientifique, c’est le doute et l’humilité. Dire que les «miracles» sont «prouvés scientifiquement», c’est faire un saut logique presque impardonnable qui pervertit ces mots afin de récupérer une guérison inexpliquée.

Le premier «miracle» du frère André est un cancer guéri de façon inexplicable en 1958. Gardons en tête que l’imagerie par résonance magnétique date des années 1970 et que la chimiothérapie était encore à un stade embryonnaire en 1958. C’est dire que ce qui était «inexpliqué» en 1958 était fort vaste. La science a progressé pour réduire cette zone, mais l’identifier comme étant le fruit d’un miracle est contraire aux principes qui sous-tendent la recherche.

L’Église catholique romaine est une organisation anti-scientifique qui pervertit l’humilité de la science (la capacité de laisser des questions en suspens et de dire «je ne sais pas») en se drapant dans celle-ci pour expliquer son soi-disant pouvoir «magique». C’est une honte.

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Ce qui n’est pas une honte, c’est que nous en sommes maintenant à la sacro-sainte semaine de lecture. Lisez tout de suite notre page spéciale Art de vivre (page 12) et profitez-en pour nous revenir en superbe santé. Nous vous reviendrons nous aussi revigorés le 2 novembre.

Cela pourrait aussi être le temps de se découvrir une petite vocation médiatique? Pensez à un sujet de reportage que vous pourriez publier en nos pages et envoyez-moi votre proposition à redaction@impact.ulaval.ca.