Mme Beauchamp,

J’ai beaucoup réfléchi à vos propos concernant la juste part des étudiants. En effet, je pense que, dans une société, chaque individu doit faire sa part. En ce sens, j’ai eu une idée qui me semble très cohérente avec votre système de pensée sur l’équité intergénérationnelle. C’est pourquoi je vous écris aujourd’hui avec l’espoir d’être entendue.

Comme les étudiants des années précédentes depuis 1968 n’ont pas fait leur juste part pour subvenir aux besoins financiers des universités québécoises, il est juste et bon que les étudiants, dès 2016, fassent leur juste part en matière d’éducation selon le prix ajusté correspondant aux frais de scolarité de 1968 indexés à l’inflation (voir le graphique dans votre budget, p. 21).

Cependant, il ne faudrait pas se priver d’une autre possibilité de financement qui consisterait à aller chercher le manque à combler des années précédentes. En effet, il serait juste et bon que chaque individu ayant étudié dans une université québécoise depuis 1968 paye une compensation ou plutôt un ajustement rétroactif de ses frais de scolarité alors trop bas. Ainsi, à titre indicatif, les étudiants ayant fait un baccalauréat de 3 ans en 1975 devraient rembourser environ 1 500$ au Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, ceux de 1980 payeraient un ajustement de près de 3 000$ et ceux de 90, environ 3 500$. Bien sûr, n’étant pas une expert-comptable, je ne puis imaginer le prix en dollars courants (dollars d’aujourd’hui), mais ce serait plus élevé. Et encore plus élevé pour les bacheliers qui ont fait 4 années d’université. Bref, une belle source de revenus, bien plus importante que la hausse annoncée par votre gouvernement, et donc, bien plus efficace pour régler le problème du financement des universités québécoises ! Une solution qui s’avérerait être réellement équitable envers chacun ! Mieux encore, cela ferait en sorte que toutes les personnes éduquées du Québec se sentiraient concernées par la problématique du financement des universités québécoises et la question de l’éducation en général. Mon idée n’est-elle pas géniale ? Rassembleuse ? Équitable ?

Je suis une éternelle optimiste, alors je vous propose (gratuitement) mon idée. Je sais bien que, bureaucratiquement parlant, un ajustement rétroactif des frais de scolarité de tous les étudiants depuis 1968 serait une mesure lourde et coûteuse à mettre en place, d’autant plus qu’elle soulèverait quantité de problèmes administratifs, mais elle présenterait tout de même l’avantage, par rapport à votre solution, d’être vraiment juste et de résoudre le problème du financement des universités, non pas simplement de séduire une classe importante d’électeurs en âge de s’intéresser à la santé et à la retraite bien plus qu’à l’éducation.

Logiquement, en terme d’équité (salariale et intergénérationnelle), il serait probablement plus facile et moins coûteux d’instaurer la gratuité scolaire du primaire jusqu’à l’université ainsi que de nouveaux paliers d’imposition pour mieux redistribuer les richesses. Cela permettrait à chacun individuellement, singulièrement, séparément, intimement, de faire sa part personnelle à la société (pléonasmes, je sais, mais je tente de vous séduire avec des termes faisant référence à l’individualisme qui vous est si cher), si c’est bien le but recherché.

Je suis certaine que, comme moi, vous cherchez les meilleures solutions au problème de financement des universités québécoises et que vous serez à l’écoute de toutes celles que l’on vous proposera en autant qu’elles soient raisonnables. En ce sens, j’attends de vous une réponse.

Je vous prie d’agréer, Madame Beauchamp, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Annie-Pierre Bélanger

Baccalauréat en études littéraires