Comme plusieurs d’entre vous l’ont constaté, la position des étudiants sur la hausse des frais de scolarité ainsi que sur le moyen de pression de prédilection, la grève, adoptée par les différentes associations étudiantes vis-à-vis du gouvernement ne fait pas l’unanimité. Si à Montréal, l’heure est à la mobilisation, il semble qu’à Québec, l’engouement général pour l’indifférence fasse loi.

Il apparaît complètement illogique qu’un acteur social soit à ce point divisé, et cela dans son désintérêt le plus total. Devant ce constat une question s’impose. Quels facteurs motivent les étudiants à avoir une attitude favorable envers la hausse ? La réponse peut paraître bien simple, mais encore faut-il l’énoncer en tenant compte d’un élément explicatif, qui curieusement, est intrinsèquement relié aux maux qui affectent les valeurs sociales de notre époque. Comme je le disais, le discours ambiant est plutôt simpliste : « je n’ai pas de temps à perdre », « on va perdre nos cours », « la session sera repoussée et je vais devoir retarder mon emploi d’été », etc. — vous voyez le genre. Inutile de mentionner que les personnes tenant ces propos sont de fervents antigrévistes. Il est absolument déplorable d’observer la désolidarisation du mouvement étudiant pour cause de nombrilisme flagrant. Comment ne pas voir l’appauvrissement de chaque individu issu du collectif étudiant par l’appauvrissement généralisé de ce même collectif en regard d’une hausse aberrante de 75% sur cinq ans ? La mentalité du chacun pour soi fait les choux gras du néolibéralisme et est désormais de plus en plus légitime. La conjoncture sociale actuelle, exacerbant la réussite personnelle sur le plan financier comme finalité en soi, contribue excessivement à un phénomène nuisible aux revendications des petites gens. L’individualisme accable ce nouveau siècle comme la gangrène accable la jambe d’un blessé auquel aucun soin n’a été prodigué. Il faut donc conclure que les étudiants prenant position de manière individualiste considèrent qu’agir ainsi leur demande moins d’abnégation qu’agir selon une logique collectiviste. Ces personnes ont-elles oublié que le Québec d’aujourd’hui, si imparfait puisse-il être, est le fruit de luttes sociales acharnées pour lesquelles nos prédécesseurs n’ont pas hésité à user leurs semelles sur les pavés ? Prétendre à l’égalité des chances des individus est une intention louable ! Encore faut-il être conscient du pouvoir du nombre et ne pas se laisser faire par le cynisme, par le pessimisme ou par l’individualisme. J’étudie en communication et je suis affligé de voir l’opposition à la grève des étudiants de ce département. Je conclus donc en leur posant cette question : quelle est la souffrance d’une seule personne en comparaison de celle d’un peuple ?

Julien Garon-Carrier