La semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il donnerait plus d’argent que prévu au provincial pour compenser son programme de prêts et bourses. Comme Machiavel, qui conseillait d’être libéral avec l’argent des autres mais conservateur avec le sien, la tentation pourrait être grande de faire comme en 2005 et de clamer haut et fort un réinvestissement en Aide financière aux étudiants ( AFE ) en tenant mort le fait que le chèque est signé Canada. De toutes façons, comme le soulignaient les acteurs impliqués, même si le chèque est estampillé « éducation », l’argent pourrait se retrouver ailleurs.

( D’emblée, voici une bonne raison pour m’envoyer un courriel de remerciement où vous raconterez comment la lecture de cette page vous aura redonné une joie de vivre en béton : le mot du jour, celui que vous devrez placer dans vos conversations mondaines entre deux bouchées de tartare, est « fongible ». Pas comme dans « champignon », mais plutôt comme dans « l’argent est fongible, mon cher Édouard, ce qui fait que ce chèque pourra être déposé ailleurs ! ». )

D’accord, 70 millions, c’est une certaine somme, mais ça ne représente qu’un sixième de ce qui est dépensé en prêts et bourses chaque année. Ce n’est aussi probablement qu’un excédent ponctuel auquel il serait risqué de s’attendre dans le futur pour balancer le budget.

On est loin du compte en matière de possibilité de réinvestissement massif. En fait, c’est presqu’une situation où le gouvernement Charest ne peut pas gagner. S’il investit cet argent dans le système d’AFE, on l’accusera de s’en servir pour dorer la pillule d’une hausse des droits de scolarité. Sinon, il est perçu comme un brigand qui vole le pain de la bouche des étudiants.

Aussi bien dire que le gouvernement Charest ne peut pas plaire aux militants étudiants sans annoncer de généreuses mesures de financement du système. Mais ça, vous le saviez déjà, non ?

* * *

Je discutais cette semaine avec une amie au sujet de la commission parlementaire sur le conflit au Journal de Montréal. Cette commission a été fort révélatrice en cela qu’elle a confirmé ce dont bien des gens se doutaient : Amir Khadir, en plus d’être le plus populaire au Québec, est aussi un homme craint. Il avait besoin d’un consensus favorable pour avoir un droit de parole en commission, il s’est plutôt retrouvé avec un consensus inverse. Voilà qui prouve l’évident ( dès que Khadir ouvre la bouche, les libéraux tremblent ) et le pas si évident ( dès que Khadir ouvre la bouche, les péquistes tremblent ).

Comme si on avait eu besoin d’un autre exemple que les québécois n’ont pas grand chose à faire des partis politiques : René Lévesque en a enfilé quelques-uns, la cote de popularité d’Amir Khadir est incroyablement supérieure à celle du sien, François Legault n’en a pas besoin pour rayonner dans les sondages. Même Régis Labeaume et Mario Dumont l’avaient compris : Vous saviez que, jusqu’à 2009, le nom officiel de l’ADQ était Action démocratique du Québec/Équipe Mario Dumont ?

C’est la fin de ma parenthèse sur les partis politiques. La prochaine fois, je vous promets un retour sur le parti provincial nommé Action des hommes d’affaires du Québec, qui n’a pas eu la chance de durer plus de deux ans dans les années 1880. Quand même.

* * *

Pour les courriels de remerciements dont nous avons parlé plus haut, vous pouvez utiliser mon adresse au bureau, redaction@impact.ulaval.ca. Vous m’inviterez en passant à votre prochain cocktail ( je promets de ne pas vous voler tous les feux de la rampe ) et nous parlerons de comment vous pouvez faire publier vos écrits savants ( ou moins savants ) dans notre journal commun.