J'aime les portes. Certains colportent la rumeur que je ne les supporterais pas, mais c'est faux. Grâce à elles on peut voir midi à sa porte, prendre la porte et entrer par la grande porte. Elles nous ouvrent plusieurs portes, se portent à notre secours et parfois même nous transportent. J'affirme sans hésiter que sans l'apport des portes, le monde se porterait bien mal.

En revanche, il est important de revoir notre rapport avec les portes. Comme ces gens emportés par je ne sais quelle opportunité enfoncent les portes ouvertes de l'ascenseur comme des buffles, avec l'aplomb d'un porte-avion japonais naviguant en pleine Deuxième. Se comportant comme s'ils étaient seuls, vous devez vous écartez pour ne pas être portés au sol par ces porteurs de mauvaise foi qui vous pourchassent comme des sportifs en plein sprint. Ne serait-il pas plus poli, chers opportunistes du portail inoxidable, de laisser filer quelques secondes avant de vous déporter, vitesse TGV, vers vos confrères humains?

Observez également le comportement des porteurs de sac à dos qui s'emportent vers le portail de l'autobus, s'arrachant à l'emporte-pièce les quelques places assises du transport métallique, vous laissant, vous, le premier arrivé, faire le porte-manteau accroché au poteau. On ne vous portera pas plus d'égard lorsque ces mêmes badauds à carrures de portiers, lecteurs de musique portable sur les oreilles, vous bousculeront pour regagner la porte. Vous garderez le port fier, vous disant qu'ils ne l'emporteront pas au paradis, mais il faut porter le chapeau: en termes de mauvaise conduite, nous apportons tous parfois de l'eau au moulin. Certains plus que d'autres, néanmoins. D'autant plus que les véhicules Réseau de Transport de la Capitale comportent des autocollants invitant au civisme! Portez-y donc un peu plus d'attention. Ou bien prenez la porte.

Je pourrais m'emporter pendant des heures, contre les malotrus qui vous menacent de vous mettre en porte-feuille chaque fois qu'ils vous coupent au détour du portique, du portail, du portillon. Contre les portières qui s'ouvrent sans crier gare en travers de votre vélo. Je pourrais hurler contre ces portes automatiques qui s'ouvrent et se referment quand le moment n'est pas opportun. Mais certaines portes ne méritent cependant pas tant d'égards. C'est le cas des portes tournantes, moulinets déchaînés qu'on serait bien en mal d'enfoncer. Au mieux, vous vous emportez contre elles. Au pire, vous y perdez votre porte-document. Avec elles, vous ne cognez jamais à la bonne porte.

On fait un marché: je cesse les abus de langage, et vous, agissez donc avec un peu plus de civisme. Quand vous prenez la porte, sortez par la porte, portez des sacs, regagnez la porte, en fait, n'importe quand, pensez un peu aux autres.