(Je ne suis pas un spécialiste de la chose, mais je crois le moment venu de prodiguer quelques conseils appropriés et bien sentis pour maintenir une bonne hygiène mentale :

Les gens qui disent que des amis Facebook ne sont pas des vrais «amis» ont raison, mais le fait qu’ils le disent ne change rien. Traiter les utilisateurs de Twitter de «twits», c’est peu original. Dire que Paris Hilton est insipide est encore plus insipide que Paris Hilton elle-même. Avoir une discussion «Mac contre PC», c’est très 1995. Dire «c’est très 1995», c’est tellement 2008.)

La question se pose de plus en plus, ces derniers temps, et le magazine Bloomberg BusinessWeek (que vous devriez lire une fois de temps en temps, même si vous n’êtes pas dans la business, parce que pas mal tout se décide maintenant dans une business, alors aussi bien savoir comment la business fonctionne) dressait récemment un portrait de l’avalanche de big idea books (vous savez, ces essais audacieux se proposant d’établir une théorie novatrice étayés par des exemples accrocheurs, comme Frakonomics, tout Malcolm Gladwell et autres bouquins, généralement passionants mais dont le débit peut être étourdissant) argumentant à savoir si la révolution technologique crée des humains plus intelligents, plus stupides, moins empathiques, moins individualistes, tout le tralala. Peut-on se fier aux commentaires idiots sur les blogues pour prendre le pouls intellectuel de notre génération branchée?

(Ceux qui posent la question ne passent visiblement pas souvent dans couloirs de l’Université, où on peut se rendre compte que ce fameux «âge d’or» déchu des débats politiques endiablés du passé universitaires n’empêchaient pas les génies de ponctuer leur passage par des graffitis douteux.)

Les commentaires sur YouTube, quant à eux, ont acquis une valeur d’étalon-or de la stupidité: un projet appelé StupidFilter a vu le jour en 2007 dans le but d’offrir un système de gestion des commentaires axé sur la qualité linguistique de ceux-ci. Afin d’avoir un corpus acceptable de commentaires syntaxiquement déficients, les instigateurs du filtre avaient choisi des commentaires du fameux site de partage de films et noté ceux-ci en fonction de critères comme la présence d’abbréviations «SMS», l’orthographe et la capitalisation des phrases.

Voilà le genre d’initiatives qui me donnent confiance en l’avenir: des gens qui collaborent sur un projet libre visant à améliorer la formulation des commentaires de leurs contemporains. Ils se décrivent ouvertement comme élitistes, en assumant leur attitude prescriptive par rapport au langage. Ils ne font pas que déplorer en se contentant de formules galvaudées comme «on le sait bien, les jeunes qui écrivent des textos ne savent pas parler», mais proposent une solution et s’engagent à rehausser le niveau de la communication. Des héros des temps modernes.

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Pensez-vous que les gens deviennent particulièrement stupides dès qu’ils ont des téléphones entre les mains? Vous aurez l’occasion de nous en parler en vous précipitant sur notre site web (dont la nouvelle version accueille maintenant vos commentaires). Jetez-vous aussi sur vos logiciels de courriel pour m’envoyer une preuve de votre intelligence sans égale à mailto:redaction@impact.ulaval.ca