À quelques jours du triste anniversaire de l’attentat de la mosquée de Québec, nous sommes tous et toutes confronté(e)s au pire de l’humanité et la nécessité d’engager un dialogue autour du vivre-ensemble. Je vais vous épargner le récit de ma vie, mais mes différentes expériences m’ont permis de comprendre qu’il suffit souvent d’un minimum d’ouverture et de recul pour venir à bout des plus virulents conflits… de la chicane de couple à la question référendaire.

Tous et toutes ensemble là-dedans

Il y avait une image frappante dans les rues de Québec en novembre dernier. Pendant que l’inteligentsia – bien que je me garderai de les qualifier d’intellectuels – du parti libéral du Québec s’esclaffait des blagues de leur ancien gourou en dégustant bon vin et petites bouchées, le boulevard René-Lévesque était le théâtre d’une guerre civile.

D’un côté, les « meutons » et leur milice armée. De l’autre, les antifas, armé(e)s de bouts de bois, de balles de neige et de foulard noir et rouge. Au centre – ou plutôt à droite – la police, tentant tant bien que mal de faire son travail sans trop laisser son jupon dépasser.

Mettons les choses au clair, il m’est impossible de mettre sur un même pied un groupe qui appelle ouvertement (ou sur son groupe Facebook secret) à la violence et à la division et l’un qui tente de protéger les franges vulnérabilisées de la société. Les actions illégales doivent être réprimées, et c’est sur cette base que la Meute me semble un bien plus grand mal que ce que les médias ont construit comme « les antifas ». Incendier une poubelle est une chose ; inviter des gens à venir se battre lorsqu’on est équipés d’un chandail pare-balle et de bâtons télescopiques en est un autre.

Drôlement, je dis souvent qu’un(e) membre de la Meute est à une conversation avec Manon Massé de voter orange. Une chose lie les deux « extrêmes », et je ne parle pas de tactiques ni de la radicalité du discours. Il s’agit de l’impression que quelque chose ne va pas bien – ce quelque chose est de l’ordre existentiel – et que le système tel qu’il fonctionne actuellement ne pourra le surmonter.

Vaincre la peur et la division

Comme je le disais d’entrée de jeu, j’ai un immense malaise à « nous » voir « nous » taper dessus au nom de la peur et de l’incompréhension. J’ai toutefois un malaise encore plus grand à réduire et ridiculiser ces peurs et incompréhensions. Comprendre l’Autre, comme nous exigeons de cet Autre, me parait primordial.

D’un côté, l’angoisse existentielle à une époque de grand bouleversement doit être respectée et comprise comme une réponse à cette reconfiguration du social. Il peut y avoir quelque chose de déstabilisant dans le fait de vivre dans un monde qui ne correspond plus à celui qui nous a permis de nous épanouir. Il y a aussi quelque chose de déstabilisant dans le fait de perdre des privilèges.

De l’autre, votre combat est légitime. Aucun épouvantail ne doit justifier pareilles atrocités. Vous ne gagnerez peut-être jamais la bataille de « l’opinion publique », mais il est faux de penser qu’une telle chose existe, et surtout, qu’elle agit.

Par contre, pour rallier les « meutons », – à moins de penser pouvoir créer un monde parallèle au leur – il faudra mieux que des balles de neige au visage…ou bien il faudra les lancer à l’intérieur du Palais des Congrès.