Décidemment les libéraux sont les champions de la production de patentes à gosse. L’entente de principe convenue avec les quatre associations étudiantes nationales n’augure rien de bon pour qu’une sortie de crise ait lieu à court terme.

David Rémillard

Après une commission d’enquête sur l’industrie de la construction, qui après moult critiques est devenue une véritable commission digne de la loi sur les commissions d’enquête, voici maintenant le Conseil provisoire des universités (CPU), dont la mission sera d’analyser la gestion des universités pour y trouver des économies. La création de ce conseil fait partie des modalités de l’entente de principe signée entre le gouvernement et les associations nationales étudiantes samedi, après 23h de négociations.

L’entente de principe prévoit également une réduction des frais afférents…quand c’est possible. Parce qu’en effet, les étudiants universitaires paient en moyenne 800$ de ces frais par année. Mais on ne peut pas tout couper et la hausse de 1778$ sur 7 ans est  maintenue.

Alors n’allons pas se leurrer, les étudiants perdront au change et verront leur facture augmenter quoiqu’il en soit, le montant potentiel de la réduction étant inférieur à l’effort demandé. Les étudiants demandaient l’annulation complète de la hausse. Ils n’ont rien obtenu en ce sens. Ils sont les grands perdants de cette patente à gosse qui n’est ni un moratoire, ni un gel, mais plutôt un moyen  pour les libéraux de gagner du temps et continuer de marquer des points dans l’opinion public.

Plusieurs observateurs et chroniqueurs politiques ont déjà vu juste sur les réelles intentions du gouvernement de Jean Charest dans le dossier des frais de scolarité. On s’en sert de levier pour mousser une campagne électorale, question de cacher un bilan moche, sans saveur, parsemé de scandales et d’apparence de conflits d’intérêts. Et ne croyez pas que les élections vont se faire attendre encore longtemps. Il n’y a qu’à analyser les stratégies de communication de tous les partis politiques actuellement et on devine que ça ne saurait tarder.  À l’automne au plus tard.

Tout comme avec la commission Charbonneau, le CPU est un moyen de pelleter les problèmes en avant pour les libéraux. Leur objectif est de se faire du capital politique et de gagner les prochaines élections. Rien de plus. Le gouvernement a une dette envers la population et a simplement opté pour le paiement sur 72 mois. Pas surprenant avec une telle philosophie qu’ils proposent une hausse sur 7 ans au lieu de 5. On dilue le problème, on donne l’impression à tout le monde que les choses avancent, tout ça pour créer son propre agenda. Ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler de la grande politique. Les commissions et les conseils de toute sortes formés par le gouvernement sont devenus des espaces fourre-tout, des éponges à problèmes. Mais quand ce l’éponge sera pleine, soyez sûr que le gouvernement sera éclaboussé. Sa stratégie actuelle est bonne, en ce sens qu’elle pourrait lui obtenir un autre mandat.

Finalement, quand on regarde la composition du CPU, on peut se questionner sur ce qui se retrouvera dans le rapport. Seuls quatre représentants étudiants seront membres du conseil formé de 18 personnes. Parmi les autres, six seront des membres de la CRÉPUQ, favorable à la hausse des droits de scolarité, deux du milieu des affaires désignés par la ministre, un président désigné par la ministre, un représentant du ministère, un représentant des cégeps. Seuls les quatre membres des centrales syndicales sont susceptibles d’appuyer les étudiants. Mais quoi qu’il en soit, les étudiants seront minoritaires et rien n’indique qu’ils feront des gains avec ce conseil.

Cette entente de principe laisse donc tout le monde dans l’incertitude, sauf pour les libéraux, qui ne se sont engagés à rien, à part quelques mesures qui ne répondent en rien aux demandes étudiantes, comme le remboursement proportionnel au revenu.

Le conflit étudiant a atteint un point de non retour. Mais d’en prédire l’issue est de plus en plus difficile. Les étudiants et le gouvernement entrent dans une phase très stratégique. Et elle pourrait être longue, très longue, cette partie d’échecs.