Cette lettre ouverte a été rédigée par Camille Garon, étudiante en science politique.

En peu de jours, j’ai vu deux tristes nouvelles qui montrent une flagrante injustice envers les hommes de couleur : Pierre Coriolan et Colten Boushie.

Une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux montrant plusieurs policiers du Service de la police la ville de Montréal (SPVM) abattre Pierre Coriolan, un homme noir de 58 ans qui était dans une détresse psychologique en juillet dernier. Une vidéo de 4 minutes qui me donne froid dans le dos, selon laquelle la SPVM a utilisé 4 outils pour maîtriser un homme en détresse et qui était déjà au sol, en 1 :30 minutes : taser, arme tirant des balles de plastique, arme de service, bâton télescopique. Je ne suis pas experte en matière d’intervention policière, mais comment se fait-il qu’il y ait eu autant de violence dans une intervention de crise psychologique et d’une plainte de bruit? Nous ne savons pas quelle était la réaction de M. Coriolan en voyant les policiers, cependant « trois choses jouaient contre lui : sa couleur de peau, son statut social et ses problèmes de santé mentale ». (Elkouri, La Presse 2008)

Le 9 février est aussi une journée triste pour le Canada, alors que Gerald Stanley, un fermier saskatchewanais âgé de 56 ans, a été reconnu non coupable du meurtre au deuxième degré de Colten Boushie, un jeune autochtone de 22 ans, originaire de la Première Nation Red Pheasant. L’oncle de Boushie a déclaré qu’il n’y avait aucun autochtone dans le jury de 12 membres. Ces deux tragiques situations sont différentes, certes, mais la couleur de peau a été un obstacle qui n’a pas permis à ces hommes d’être traité également comme n’importe quel autre Québécois-Canadien blanc. Cela ne date pas d’hier que les hommes noirs et autochtones subissent une injustice de la part du système et des services de police. (Radio-Canada, 2018)

Nous avons vu plusieurs injustices envers les Afro-Américains, pour en nommer que quelques un: Travon Martin, Mike Brown, Eric Gardner, Philando Castillo… Par contre, les enjeux des hommes de couleur sont peu parlés dans notre société. Un article de la Presse, sorti en 2010, démontrait qu’entre 2001 à 2007, «les contrôles d’identité des personnes noires, principalement des hommes ont augmenté de 126% à Montréal-Nord et de 91% à Saint-Michel», selon un rapport interne de la police de Montréal. Pourtant, deux noirs sur trois ne sont aucunement liés aux gangs de rue (Catherine Handfield, La Presse, 2010). En 2007, un rapport interne montre qu’à Montréal Nord, 40% de jeunes noirs avaient subi au moins un contrôle d’identité contre 6% de jeunes hommes blancs (Sophie Langlois, Ragio-Canada,2017). La relation entre les autochtones, la police et les canadiens ne sont pas meilleures; ceux-ci sont encore surreprésentés dans les prisons canadiennes. On parle aussi de profilage racial et d’abus de pouvoir. Ce qui m’attriste particulièrement est la réaction de notre société qui parfois, tente de justifier ces actions inacceptables. Dans le cas de Boushie Colten, à la suite de son décès, j’ai vu des commentaires particulièrement dérangeants qui tentaient de justifier sa mort : « Many local attendees of the Colten Boushie event in Edmonton cited passersby laughing disrespectfully and pushing through the crowds while making comments about “lazy natives.” »   (Hamilton, 2018, web).

Dans le reportage concernant le profilage racial de Sophie Langlois que j’ai écouté à Radio-Canada, les policiers interviewés continuent malheureusement de fermer les yeux sur cette problématique. Ces derniers nous parlent de « Profil vestimentaire ». Il est selon moi aberrant de fermer les yeux sur une problématique qui touche l’ensemble de la population et qui est universelle. Nous demeurons encore dans les stéréotypes bien ancrés que les hommes de couleurs sont thugs, violents, gangsters et tristement déshumanisés, au lieu d’être reconnus comme citoyens canadiens. La justice doit être faite devant ces hommes qui tristement, ne méritaient pas de mourir dans de telles circonstances. Malheureusement, ces stéréotypes affectent les communautés et sont universels. Pour avoir une meilleure richesse dans notre société, il faut reconnaître la valeur humaine des personnes de couleur : leur vie compte.

Cependant, j’ai eu de l’espoir en voyant un reportage montrant la police qui tente de tisser des liens avec les communautés culturelles de Québec. Ces derniers voulaient montrer leur passion et offrir un autre regard sur la police, au PEPS de l’Université Laval (Ici Québec, 2018). De plus, des agents de police participent de plus en plus à des activités de sensibilisation et de prévention afin d’établir de meilleurs liens entre les communautés racisées.

Mes pensées vont à la famille de Pierre Coriolan et à la famille de Colten Boushie qui étaient des citoyens, des membres d’une famille, des frères… en espérant qu’un jour nous puisons considérer ces hommes noirs et autochtones et de couleur comme humains et égaux.