Difficile de cerner le sentiment exact qui envahit le Québec en ce début de printemps qui, on peut bien se le dire, ne prend pas sa place devant cet hiver qui n’en finit plus. S’il est dur de dire exactement comment on voit cette marée de grève qui monte tranquillement, c’est peut-être qu’on ne sait toujours pas jusqu’où les vagues vont finir par se rendre. Pas moyen de savoir si les poches de sable vont arrêter l’inondation ou si les sous-sols du Parlement vont être submergés, coulant un autre gouvernement avec eux.

Non, on ne le sait pas. Mais on s’en doute.

La grève de 2012, c’est le 11 septembre de bien des étudiants. C’est un point de repère. Tous ceux qui font du piquetage depuis lundi se souviennent où ils étaient lors du printemps 2012. Certains étaient déjà sur les lignes de piquetage et se pâmaient devant Léo B.B. et d’autres déchiraient leurs chemises en assemblée pour bannir GND.

Beaucoup étaient probablement à leur dernière année du secondaire avec l’envie de sécher leur cours pour faire comme leur grande sœur revenue avec des bleus de matraque ou les yeux rougis par le poivre de Cayenne.

À la rédaction d’Impact Campus aussi, on s’en souvient. Si on a couvert cette saison agitée en tant que journaliste, on se sentait privilégié de le faire, convaincus de vivre un moment historique. Si ce n’était pas le cas, on savait ce qu’on manquait…

Un sentiment qui semble persister en ce mois de mars est celui de la peur de manquer quelque chose (Fear of Missing Out). De la petite sœur qui est enfin à l’université au journaliste étudiant qui a enfin une tribune pour écrire sur l’Actualité avec un grand A, ou encore au Che Guevara qui a passé 3 ans à aiguiser ses pancartes et au journaliste qui se souvient des buzz de salle de rédaction du Printemps érable, on espère tous pour une raison ou l’autre que le beau temps va revenir.

On espère tous ouvrir nos fenêtres (enfin !) pour entendre le bruit des casseroles.

Mais, à la lumière de tout ça, que ressort-il? La grève de 2015, en ce moment, semble on ne peut plus provoquée. Comme si on boostait un char qui s’obstine à ne pas démarrer.

Ce n’est pas qu’il n’y ait pas de bonne raison de faire la grève. On se questionne simplement : est-ce que l’hiver a été trop froid? Est-ce qu’il reste du jus – du vrai – ou si la sève est simplement trop gelée?

Le printemps et l’hiver nous le diront.