Pauline Marois vit dans un château. C’est bien connu. Une impressionnante réplique de celui de Moulinsart, résidence fictive du tout aussi fictif capitaine Haddock. Pourtant, ça ne l’a pas empêchée la semaine dernière de refiler aux soi- disant «riches» Québécois la facture de l’abolition de la taxe santé libérale, tel que promis durant la campagne électorale.

Ainsi, afin de pallier le manque à gagner de près de 900 millions qu’entrainera la révocation de la fameuse taxe, le gouvernement péquiste introduira deux nouveaux paliers d’imposition, un pour les revenus de 130 000$ et un autre pour ceux de 250 000 $ et plus. La cerise sur le sundæ ? Ces hausses d’impôt seront rétroactives à toute l’année 2012. De quoi faire avaler de travers la bouchée de caviar à plusieurs.

Je sais, j’exagère un brin. À 130 000 $, le champagne ne coule pas à flot. Les Porsche ne s’accumulent pas non plus dans le garage. Néanmoins, la social-démocratie étant ce qu’elle est, le principe de contribution individuelle au bien commun et par conséquent, aux structures sociales, est bien ancré au Québec. Pauline Marois ne fait que l’exercer une fois de plus, comme bien des gouvernements avant elle.

Injuste et simpliste, la taxe santé répondait à une logique contraire aux notions sociales-démocrates d’égalité. Caissier dans un dépanneur ? On vous demandait d’allonger 200 $ tout comme l’ingénieur d’en face. Par sa décision de l’abolir et d’en exiger plutôt davantage des mieux nantis, le gouvernement Marois rétablit la logique de solidarité sociale qui prévaut au Québec depuis la Révolution tranquille. Et donne par le fait même un peu de répit à la classe moyenne.

Évidemment, les tenants de la droite ainsi que les hauts sa- lariés se feront un devoir de monter aux barricades. Et, dans un sens, ça se comprend. Les Québécois sont parmi les plus taxés en Amérique du Nord et toute hausse supplémentaire d’impôt frappe effectivement là où ça fait mal. Déjà, la CAQ et le Conseil du patronat du Québec s’activent à dénoncer la mesure, la jugeant irrespectueuse à l’égard des contribuables.

Pourtant, ce que j’y vois, c’est un profond respect du modèle québécois et, par extension, de notre choix en tant que société de se doter d’un système économique solidaire. Ne nous faisons pas d’illusions, celui-ci n’est pas parfait. L’État est gros, les structures sont gourmandes et les nombreux programmes sociaux coûtent de plus en plus cher. Toutefois, l’essence de la social-démocratie demeure valable, tout comme son souci d’égalité.

En ce sens, les hausses d’impôt proposées par Pauline Marois, bien que salées, sont justes et légitimes. Après tout, contribuer aux structures sociales à la hauteur de son revenu, c’est peut-être bien ça, « faire sa juste part ».

Raphaël Lavoie