Je suis un être profondément nostalgique. Mardi soir passé, lorsque Barack Obama est grimpé sur scène afin de prononcer son discours victorieux, je n’ai pu m’empêcher de remonter dans le passé pendant quelques instants.

Mai 2007. J’étais en voyage étudiant à Washington. Barack Obama naviguait non sans mal vers une victoire aux primaires démocrates devant Hilary Clinton. Le peuple américain commençait lentement à réaliser le potentiel et, surtout, le grand charisme du futur 44e président des États-Unis. Emporté moi aussi par la vague, j’avais acheté à proximité de la Maison Blanche un t-shirt bon marché d’Obama. On y voyait son visage confiant, entouré d’étoiles. Un beau bout de tissu qui sentait le rêve américain à plein nez. Je l’avais porté dès le lendemain, comme pour partager mon espoir avec mes voisins du sud. Espoir que les choses changent pour eux. Espoir qu’oncle Sam se réveille et que le géant se relève.

À cette époque, plusieurs Américains partageaient mon point de vue. Ils étaient nombreux à vouloir faire confiance à cet homme politique, synonyme de changement après une ère Bush foncièrement décevante. Comme de fait, quelques mois plus tard, en novembre, ils en ont fait leur président. Celui-là même qui les sortirait du marasme financier dans lequel la nation s’était embourbée.

Y est-il arrivé ? Plus ou moins. Quatre ans plus tard, force est d’admettre que Barack Obama a déçu plusieurs électeurs américains qui voyaient en lui le messie. Loin de pouvoir marcher sur l’eau, l’homme politique n’a pu faire grand miracle devant une Amérique visiblement scindée en deux clans distincts.

D’un côté, les partisans démocrates l’ont trouvé trop mou et passif, de l’autre, les républicains ont vu en lui un socialiste inavoué, voulant secrètement entraîner le pays dans un virage serré à gauche. Pour faire court, monsieur le président n’a pas contenté grand monde en quatre années de règne.

Mardi passé, la question que des millions d’Américains se sont posée était fort simple. Barack Obama peut-il faire progresser les États-Unis pour de bon cette fois-ci ? À mon avis, la réponse est tout aussi simple.

Oui, il le peut. Mais à condition d’avoir le support de sa nation.

Ainsi, le peuple américain devra se ranger derrière lui définitivement. Il devra lui faire confiance, réellement confiance, et mettre de côté toute partisanerie aveugle. Il devra assumer le choix de la majorité. La Maison Blanche sera démocrate pour les quatre prochaines années, peut-être serait-il temps de l’accepter collectivement et de travailler tous ensemble une fois pour toutes.

« United we stand, divided we fall », telle est la devise de l’État du Kentucky. Et si on remplaçait le vétuste « In God We Trust » par celui-ci ? Ce serait peut-être bien un bon point de départ.

Raphaël Lavoie