Il y a des fois où la vie te donne un petit coup de pouce, au moment où tu en avais vraiment besoin. Alors que je m’impliquais au sein de l’association des étudiant(e)s en sciences sociales (AÉSS) en mars 2015, des camarades se faisaient prendre en souricière à quelques centaines de mètres de l’Assemblée nationale pendant que je jouais une partie de Risk dans la tristement célèbre « zone de grève » du pavillon De-Koninck.

Pourquoi étais-je là, à jouer, plutôt que dans la rue, à manifester ? Parce que j’animais une assemblée de grève de l’association de science politique, qui avait lieu le soir même. Quelques minutes après le début de notre partie, on reçoit des messages de nos ami(e)s maintenant arrêté(e)s. On n’en revient juste pas et on se sent soudainement mal, déjà qu’on se trouvait un peu ridicule.

Des personnes formidables se mobilisent pour organiser du transport, s’assurer de la sécurité de tout le monde, préparer des grilled-cheese. Une vraie solidarité organisée avec les moyens du bord – au sous-sol du mythique DKN, le « guet-appens de communistes » de Jeff Fillion.

La paix et le bon ordre

Pourquoi est-ce que je vous raconte cette anecdote un peu bizarre tout droit sortie d’une chanson des Cowboys Fringants ? Parce que l’assemblée générale de l’AÉSS a pris la semaine dernière la décision de faire un don de 10 000 dollars aux 274 arrêté-e-s ayant reçu une amende de 220 $ pour avoir « troublé la paix et le bon ordre » (le fameux règlement 19.2 à Québec). Alors que 160 d’entre eux et elles avaient entrepris une démarche de contestation qui s’est soldée par le recours à l’arrêt Jordan il y a quelques mois, le montant prévoit couvrir une partie des frais d’avocats, qui s’élèvent à 40 000 $

Cette manifestation était spéciale, car il s’agissait d’un premier rassemblement étudiant d’envergure à Québec depuis un bon moment. Déclaré illégal avant même de se mettre en mouvement, le rassemblement de personnes – avec une expérience très variable dans ce genre de contexte – a résulté en la plus grosse arrestation dans un seul évènement à Québec.

La manifestation n’avait rien de violente, mais la réaction policière a parfaitement eu l’effet escompté : casser le mouvement de grève à son début, en radicalisant les un(e)s et en effrayant les autres.

Le rôle des assos

Regroupant les étudiant(e)s des neuf départements ou écoles de la Faculté des sciences sociales en tant que membres, mais aussi en tant qu’associations départementales au sein du conseil des associations (CDA), l’AÉSS est une association avec une dynamique très particulière. En résulte une séparation des pouvoirs floutées entre le CDA et l’assemblée générale, qui était jusqu’à tout récemment, souveraine.

Je me confesse, ces tensions autour du rôle et du mode de fonctionnement des associations étaient vives au moment où je m’y impliquais, ce qui rappellera de bons et mauvais souvenirs à certain(e)s. Représentation contre participation. Service contre défense de droits.

L’AÉSS était à cette époque une association de défense de droits de ses membres, un syndicat étudiant, avec des personnes impliqué(e)s qui avaient à cœur des causes sociales. Il faut aussi considérer que la manifestation portait des positions adoptées par l’association.

Bien que le montant de 10 000 $ puisse paraitre énorme à première vue, il s’agit d’excédants budgétaires « normaux » pour une association qui récolte des cotisations (6$ au maximum par membres) en vue de faire des actions politiques alors que les mobilisations nationales et locales sont au neutre. Ce l’est encore plus considérant qu’elle se transforme progressivement – d’une modification de charte à l’autre – en association qui offre des services.

Au moins aussi important que le montant, il est question ici du rôle qu’on doit collectivement donner à nos instances politiques. C’est aux membres de résoudre cette tension, et ce sera vraisemblablement par référendum, alors qu’une pétition devrait bientôt être déposée à cet effet.