En 2002, spécialement au sein de patients hospitalisés, le Québec a fait face à une éclosion de diarrhées sévères causées par Clostridium difficile. «Cette bactérie est la principale cause de diarrhée infectieuse auprès du patient adulte hospitalisé, explique Marie Gourdeau, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier affilié universitaire de Québec. L’infection se transmet par contact avec d’autres individus contaminés, l’environnementou le personnel», poursuit-elle. L’épidémie avait alors causé la fermeture de quelques hôpitaux au Canada.

La prise de vancomycine, un antibiotique, est le traitement par excellence pour soigner une infection récurrente à cette bactérie. Dans son numéro du 3 février, The Medical Post rapporte un tout nouveau traitement: la transplantation de matières fécales provenant de personnes saines chez les patients. Malgré les nombreuses objections (pour des questions d’esthétisme!), le Dr Thomas Louie utilise cette «médication» depuis 1996. Il a ainsi traité 48 personnes, toutes à domicile, et ce, avec un taux de réussite de 96%. L’objectif de cette procédure est de remplacer la flore bactérienne du colon des individus infectés par une flore normale. Cette opération permet d’empêcher la croissance de C. difficile, car d’autres micro-organismes, ceux-ci tolérés par l’organisme, prennent toute la place et bloquent sa multiplication.

Pour être admissible à ce nouveau traitement, les patients doivent avoir subi au moins quatre épisodes de diarrhée au cours des six derniers mois, le traitement à la vancomycine et aux probiotiques doit avoir échoué et, finalement, la présence de C. difficile et de toxines associées doit avoir été démontrée dans leurs fèces.

Un traitement maison

Les donneurs sont habituellement un parent ou un ami. Cet individu sain ne doit pas avoir pris d’antibiotiques au cours des six derniers mois et doit être négatif pour les tests d’hépatite B et C de même que pour le VIH. L’âme charitable collecte ses fèces pendant trois jours dans un contenant de plastique gardé au frigo. Au laboratoire, on filtre la préparation pour enlever les débris plus solides et on ajoute un litre et demi d’une solution aqueuse, à laquelle on ajoute de la cystéine pour permettre la conservation de bactéries intolérantes à l’oxygène. L’antidote ainsi créé est apporté chez le patient et lui est transplanté dans le colon par un médecin. On laisse agir le traitement pendant 90 minutes, puis on retire environ la moitié du liquide. Les patients guérissent, en moyenne, en moins de six jours. Mais comme tout autre traitement, des effets secondaires peuvent survenir. Parmi les 48 individus traités par le Dr Louie, quatre ont subi des crampes intestinales pendant plusieurs mois suivant la transplantation. Cela serait causé par la réaction du patient quant au corps qui lui est étranger, un peu comme pour n’importe quelle transplantation. «Tout le monde est unique, donc chaque flore est différente», a expliqué Dr Louie au Medical Post.