De nombreuses découvertes scientifiques sur l’irrigation et le drainage de la canneberge ont été faites au cours des dix dernières années à l’Université Laval. Ainsi, près d’une centaine d’étudiants et chercheurs ont défini, à travers leurs travaux, une nouvelle technologie ayant un impact important sur le rendement de la culture et sur l’utilisation de l’eau.

Cela fait plus de dix ans que le professeur du Département des sols et de génie agroalimentaire Jean Caron s’intéresse à l’utilisation de l’eau dans la production de la canneberge. Les premiers travaux dirigés menés par son équipe répondaient à la demande de producteurs de la région qui souhaitaient mieux contrôler l’irrigation de leur champ.

« Au début, on pensait que la canneberge poussait dans l’eau. Dans les faits, ce n’est pas vrai du tout, ce n’est que récolté dans l’eau. Ce qu’on a constaté en étudiant tout ça plus en détail, c’est que le fruit est très sensible à l’excès d’eau comme au manque d’eau. Ça demandait une gestion de l’humidité très serrée », explique-t-il.

C’est à la suite de ces constats, qui suggéraient qu’on pouvait retirer bien plus des productions, que Jean Caron a mis sur pied, il y a maintenant six ans, la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Hortau en irrigation de précision.

« De 2007 à 2009, on a travaillé sur le drainage pour découvrir que la canneberge est très affectée par cela. Donc, à partir de 2010, on a travaillé avec un plus grand nombre de producteurs, un plus grand nombre de parcelles pour vérifier certaines des conclusions précédemment atteintes et vérifier, s’il est possible, de les généraliser. On souhaitait affiner la gestion d’irrigation », synthétise le professeur-chercheur.

Des résultats inestimables

Des normes ont été établies à la suite des résultats obtenus par les travaux de recherche dirigés par Jean Caron. On définit, entre autres, après combien de temps l’eau doit être éliminée d’un champ de canneberges et à quel niveau on devrait maintenir l’eau dans les fossés. Des découvertes qui ont transformé la rentabilité de la pratique, au grand bonheur des producteurs de canneberges qui sont nombreux au Québec.

Les retombés sont considérables, on parle d’une augmentation variant entre 21 % et 30 % dans certains cas. Un impact financier en découle. Ce dernier serait de l’ordre d’une trentaine de millions de dollars, voire une quarantaine. Une avancée majeure pour l’industrie.

« Ce qu’on voit, c’est que les gains attendus par ce qu’on appelle l’irrigation de précision ont été possibles parce que des nouvelles technologies permettent de mesurer l’humidité en temps réel à différents endroits dans les champs. On dispose maintenant d’informations qui étaient très difficiles à collecter pour le producteur. Cela permet de raffiner les modes de gestion », décortique le professeur du Département des sols et de génie agroalimentaire.

Rentabilité rapide

Bien que cette nouvelle technologie engendre des coûts importants, Jean Caron estime les retours encore plus grands. Dans ses sommaires de recherches, on présente une étude de récupération d’investissements qui évalue à un an le temps nécessaire à l’entreprise pour rentabiliser les fonds injectés dans ce système qui a une vie utile de cinq ans.

« En dedans d’un an, vous payez votre investissement, vous récupérez ce que vous avez investi et, les quatre autres années, vous faites du profit net. Autrement dit, la technologie se paie d’elle-même », soutient-il.

Utilisation minime de l’eau

En plus d’augmenter la production moyenne, ce nouveau système permet l’économie de l’eau, une préoccupation grandissante chez les cultivateurs. La technologie développée conjointement par la chaire de recherche et l’entreprise Hortau permet de rentabiliser son emploi.

La portion prise pour effectuer la récolte sera entreposée jusqu’à sa prochaine utilisation. La seule partie qui sera « perdue » est celle qui a pour fonction l’irrigation des canneberges. Les nouvelles normes permettent de réduire cette perte de six fois. Un gain énergétique énorme, selon Jean Caron.

Une expertise sur la canneberge

Les recherches les plus importantes en Amérique du Nord sur la canneberge se font à l’Université Laval, ce qui en fait un chef de file en la matière. D’ailleurs, un tout nouveau projet de recherche vient d’être initié par le professeur Silvio José Gumiere. C’est un réinvestissement de 3.2 M$ des producteurs de canneberges afin de raffiner le drainage et la subirrigation.