Ici, rien qui ne relève du magique, du mystique ou de la science-fiction, mais bien de la science pure. Une équipe de chercheurs estonienne a mis au point un « test de la mort » qui permettrait d’évaluer nos risques de trépasser d’ici les cinq prochaines années. Grâce à l’étude d’une multitude d’échantillons de sang, ils ont identifié quatre biomarqueurs dont leur quantité constituerait la trace sous-jacente d’une maladie cardiovasculaire ou d’un cancer.

Elise Magnin

Un biomarqueur est une molécule biologique que l’on retrouve dans le sang, les fluides corporels, ou les tissus. Ils sont les signaux avant-coureurs d’une pathologie ou le risque que cette maladie apparaisse. Par exemple, le taux de cholestérol permet d’évaluer le risque de maladie cardiaque.

Les chercheurs ont étudié les échantillons de sang d’un large groupe d’individus en Estonie, à savoir 9 842 personnes âgées de 18 à 103 ans. Ces personnes, issues d’une cohorte d’individus non malades, ont été recrutées entre 2002 et 2011 et suivies durant cette période. Au cours de l’étude, les personnes décédées ont été recensées; les échantillons sanguins des défunts et des survivants ont donc été comparés.

Après analyse des prélèvements sanguins par la technique de la spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (RMN), méthode qui permet de mesurer d’un seul coup la concentration de 106 biomarqueurs, les chercheurs ont identifié quatre biomarqueurs susceptibles de prédire le risque de décès dans les cinq prochaines années. Évidemment, cette étude a été menée en tenant compte des facteurs de risques classiques tels que l’obésité, le tabagisme, la consommation d’alcool, l’âge et la pression sanguine.

Ces quatre biomarqueurs sont l’albumine, l’orosomucoïde (qui transporte des composés solubles dans les graisses), les lipoprotéines de basse densité (qui transportent le cholestérol) et l’acide citrique. Ils « semblent être des signes de fragilité générale du corps », explique Johannes Kettunen, chercheur de l’Institut finlandais de recherche moléculaire. Présents habituellement dans le sang, c’est la quantité anormale de ces composés qui devient alors un « indicateur de mortalité » à court terme.

Cependant, ces travaux présentent plusieurs limites. En tant qu’étude observationnelle, elle fournit seulement la preuve d’une corrélation entre un taux de biomarqueurs et un déclin physiologique imminent. Elle n’identifie aucunement des causes sous-jacentes. D’autres facteurs, non détectables par RNM, pourraient très bien être la cause réelle de sérieux problèmes de santé et fourniraient une évaluation plus précise du risque.

De plus, cette étude a été menée auprès de cohortes originaires du Nord de l’Europe; il serait donc intéressant de voir si les résultats sont reproductibles auprès de populations originaires de groupes ethniques différents avec des modes de vie distincts.

Ceci dit, l’intérêt de ces travaux réside dans le fait de montrer une « fragilité non décelée », de prédire un risque grave chez des personnes « apparemment en bonne santé ». En effet, l’identification de personnes à risque en utilisant ces biomarqueurs pourrait aider à cibler les traitements médicaux de prévention pour ceux qui en ont le plus besoin. Néanmoins, une fois le dépistage effectué, que faire si l’on ne sait pas identifier ce qui, précisément, sera dysfonctionnel? Comme le dit très simplement Markus Perola, responsable de l’étude, « [i]l y a une question éthique. Est-ce que quelqu’un voudrait savoir le risque qu’il a de mourir s’il n’est rien que l’on puisse faire? »