L’année 2012 s’est terminée sur une note fort inquiétante pour l’ensemble de la communauté scientique québécoise en sciences et en génie. C’est au début décembre que la rumeur annonçant des coupures sévères dans le Fond de recherche du Québec Nature et technologies (FRQNT) s’est confirmée, avec une réduction de 50,1 millions à 35,2 millions, soit une coupure de 30% (en comparaison, les autres fonds de recherche, Santé, Société et Culture ont vu leur budget diminuer de l’ordre de 13-14%, budgets déjà supérieurs à celui du FRQNT) .

Lorsque l’on sait que le rôle premier de ce fond est de soutenir financièrement les étudiants aux études graduées, ainsi que l’ensemble de la recherche universitaire organisée en «réseaux stratégiques », il est difficile de ne pas y voir un coup de poignard dans la relève scientifique québécoise, sa compétitivité et son rayonnement à l’international.

Pierre Duchesne, le ministre de l’Enseignement supérieur de la recherche, de la science et de la technologie, avait déjà confirmé des coupures dans les subventions aux universités du Québec totalisant les 140 millions de dollars (5,2 %). Considérant que les économies doivent être réalisées d’ici avril 2013 (donc les deux tiers de l’année financière étant déjà passés) la principale et vice-chancelière Heather Munroe-Blum de l’Université McGill estime que les coupures représentent davantage 15%.

Dans un message à la communauté mcgilloise le lendemain de l’annonce du ministre, Mme Munroe-Blum souligne que c’est une première au Québec que l’on renverse les décisions budgétaires dans une même année financière, avec les conséquences que l’on peut imaginer au niveau de la gestion des salaires, de la recherche, des infrastructures, des services à la communauté universitaire, etc.

En réponse à la colère des recteurs, le ministre Duchesne a assuré une compensation de 32,4 millions pour pallier au maintien du gel des frais de scolarité promis lors de la précédente campagne électorale de Mme Marois, mais sans préciser de quelle manière et à quel moment ce dédommagement prendrait forme.

Coupures incompréhensibles et inquiétantes pour la communauté scientifique

Ajoutée à cette pression financière le coup de hache dans le financement du FRQNT, il est difficile de mesurer les conséquences concrètes sur l’avenir de la recherche et de la formation d’élites québécoises en sciences et technologies. Plusieurs chercheurs estiment que ces coupures causeront un tort irrémédiable.

Le professeur Thierry Ollevier de la Faculté de Sciences et de Génie de l’Université Laval y voit un affront, une mésestime et un désintérêt des sciences de la part du parti québécois remplacer par gouvernement en place. Il note l’étrange parallèle avec les coupures drastiques imposées par Mme Marois dans les années 90, à ce moment ministre de l’Éducation: «J’ai l’impression d’assister à nouveau au même mauvais film. La recherche est un milieu où la compétition est rude, et où les résultats sont le produits de plusieurs années de travail acharné.

Même en rétablissant le budget dans le futur, les dommages seront faits, il est difficile de rattraper des années de retard et de torpeur en sciences». Il termine en soulignant que la communauté scientifique est consciente de l’endettement intenable du Québec, mais que le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche doit être abordé sous toutes ses formes et que des voies alternatives de financement sont possibles. Il soutient qu’il faudrait un débat public sur le rôle et la place des sciences dans notre culture. Il souligne surtout la nécessité d’un re-financement de la recherche universitaire québécoise.

Dans ce cadre, poursuit-il, le processus doit avoir lieu via un dialogue entre politiques et responsables universitaires, plutôt que via des mesures imposées brutalement.

Pour le moment, une pétition pour le maintien intégral du budget du FRQNT, dont plusieurs signataires sont des membres des regroupements stratégiquesdu Québec, est en court.