Une conférence portant sur les impacts de l’ouverture du passage Nord-Ouest s’est tenue à l’Université Laval mercredi dernier. Il s’agissait d’une initiative de l’émission La semaine verte de Radio-Canada. Le conférencier Frédéric Lasserre, directeur de l’Observatoire des recherches internationales sur l’eau, chercheur au sein de l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société (EDS) et professeur de géographie à l’UL, y présentait les derniers résultats de ses recherches.

Des perspectives économiques
Les changements climatiques se traduisent, entre autres, par la prolongation de la période de fonte des glaces arctiques en été. Les prévisions les plus pessimistes estiment la fonte totale de la banquise vers 2015. Cette période de dégel de plus en plus longue permet la prolongation de l’ouverture du passage Nord-Ouest nordique, ce qui facilite la navigation vers l’Arctique et en raccourcit la durée. Le développement de la navigation dans la région permettrait aux explorateurs d’accéder à différentes ressources minières. Il s’agit de gisements de gaz, de pétrole (nord de l’Alaska), de métaux, de diamants et d’autres minerais. «Ces ressources étaient auparavant ignorées à cause de la difficulté d’exploitation, affirme Dr Lasserre. Il y a aussi la restriction de la période d’accès et le manque d’installations portuaires sur place.» On parle de projets de construction de ports en mer profonde, mais ces projets démarrent lentement à cause des coûts énormes. «S’il y a plus de ports, il y a plus de navigation, plus d’exploitation minière et plus de retombées économiques», ajoute Dr Lasserre.

On ne verra cependant pas le passage Nord-Ouest établi comme une route maritime de transit vers l’océan Arctique de sitôt. L’incertitude de l’ouverture du passage, la menace de glaces navigantes, pour les navires, ainsi que la taille de plus en plus grande des bateaux, font que le passage Nord-Ouest est peu développé. Aussi, à l’heure actuelle, peu de compagnies maritimes manifestent de l’intérêt pour le transit arctique par le passage Nord-Ouest.

L’opinion publique n’est pas non plus favorable à la circulation de navires dans l’océan Arctique, puisque celui-ci est un système écologique fragile, qui change rapidement. Le Dr Lasserre explique que la navigation de navires dans la zone n’accélère pas la débâcle de la banquise. D’autres phénomènes plus puissants entrent en jeu. Cependant, il est d’accord avec le fait qu’une marée noire en Arctique aurait des conséquences très graves, notamment sur la santé et la survie d’espèces déjà menacées.

Une question de souveraineté
Qu’en est-il de la souveraineté du Canada sur le passage Nord-Ouest? Une controverse existe sur le statut de ce passage. En effet, le Canada le considère comme faisant partie des eaux intérieures, alors que les États-Unis veulent un statut de détroit international. Le fait est que, si les scénarios de changements climatiques se révèlent vrais et si l’océan Arctique connaît une fonte totale en été aux alentours des années 2030-2050, on ne parlera plus du passage Nord-Ouest, car il sera alors préférable de passer par l’océan.