Pour les étudiants, cette pratique représente une opportunité inégalée d’aller au-delà des manuels théoriques. Cinq institutions universitaires québécoises reçoivent chacune une soixantaine de corps chaque année à des fins pédagogiques. À l’Université Laval, les dépouilles servent à l’enseignement de l’anatomie du corps humain aux étudiants de la Faculté de médecine. Ces corps peuvent aussi servir de modèles afin de perfectionner de nouvelles méthodes de chirurgie.

Selon le Dr Denis Desaulniers, directeur de la division d’anatomie du Département de chirurgie de l’Université Laval, «il y a une conscience sociale qui se dessine avec les dons de corps et d’organes après la mort». Cette conscience provient «des donneurs qui ont l’impression d’accomplir quelque chose de plus après leur mort».

Pour faire part de sa volonté de donner son corps à la Faculté, le donneur doit signer une carte de consentement devant également comporter les signatures de deux proches,  et qu’il peut se procurer auprès de l’Agence  de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale.

Les corps sont par la suite traités au formaldéhyde, un composé organique. «On entrepose plusieurs corps au laboratoire et nous les utilisons au besoin, c’est pourquoi il peut nous arriver de les garder jusqu’à trois ans», rapporte Stéphanie Bussières, thanatopraticienne au laboratoire d’anatomie. «C’est le temps maximal pour lequel on peut faire attendre les familles avant qu’elles puissent recueillir les cendres de leur proche», justifie le Dr Denis Desaulniers.

Une fois les manipulations et les dissections terminées, tous les corps sont incinérés. Les familles ont le choix de récupérer les cendres ou d’assister à la cérémonie commémorative qui a lieu tous les mois de septembre au mausolée François-de-Laval.

Au-delà des manuels
Les corps servent à la formation pratique des étudiants, une méthode qui porte ses fruits. «Cela m’a permis de mieux comprendre l’aspect réel des structures du corps humain», témoigne Alexandre Brind’Amour, étudiant en médecine et moniteur au laboratoire d’anatomie. «En étudiant seulement dans les manuels, on ne pourrait pas tenir compte des différences de structures qu’on peut rencontrer d’un corps à l’autre», explique-t-il.

Plusieurs programmes prennent part aux activités du laboratoire d’anatomie. «Des étudiants en physiothérapie, en ergothérapie et en médecine dentaire viennent entre autres assister à ces cours», rapporte Stéphanie Bussières.

Les critères pour les dons
Lorsqu’un corps est livré, il est important qu’il soit mis en conservation le plus tôt possible. À l’Université Laval, «les plaies ouvertes ne sont pas les bienvenues. On vérifie aussi qu’aucune chirurgie récente n’a été pratiquée sur le corps, au risque qu’elle ne soit pas complètement cicatrisée», déclare Stéphanie Bussières. De plus, certaines conditions médicales ne sont pas tolérées par les institutions et les enseignants en anatomie. Le laboratoire de l’Université Laval exige entre autres qu’aucun des donneurs ne soit atteint du VIH ou de l’hépatite B.

Finalement, pratiquer sur un véritable corps inculque aux étudiants et aux techniciens  le respect à porter aux donneurs. Mathieu Angers-Goulet, étudiant en médecine, assure que «quand on voit le visage du défunt, on se rend compte qu’il faut faire preuve de beaucoup de respect». C’est d’ailleurs ce respect qui donne une véritable perspective humaine à cette pratique.